11 juillet 2026
TPS | Permis de travail prolongés au 24 juillet : en « aidant » Caracas, Fils-Aimé offre-t-il à Washington un argument contre les Haïtiens ?
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TPS | Permis de travail prolongés au 24 juillet : en « aidant » Caracas, Fils-Aimé offre-t-il à Washington un argument contre les Haïtiens ?

Selon le Dr Josué Renaud, l’envoi de médecins haïtiens au Venezuela pourrait offrir à Washington un argument politiquement exploitable pour prétendre que la situation s’est améliorée en Haïti, au moment où les permis de travail liés au TPS ne sont prolongés que jusqu’au 24 juillet.

Port-au-Prince, 11 juillet 2026 — L’administration américaine a reporté au 24 juillet l’expiration des permis de travail de bénéficiaires haïtiens du Temporary Protected Status — TPS. Ce répit de deux semaines intervient au moment où le gouvernement de doublure dirigé par Alix Didier Fils-Aimé mobilise des professionnels de la santé pour une mission dite « humanitaire » au Venezuela, au risque, selon le Dr Josué Renaud, de transmettre à Washington « l’image politiquement exploitable d’un État haïtien disposant désormais de capacités médicales excédentaires ».

Les services américains de l’immigration ont annoncé, vendredi 10 juillet, que les Employment Authorization Documents — EAD — concernés demeureraient valides jusqu’au 24 juillet 2026. Cette prorogation administrative constitue une mesure limitée : elle ne rétablit pas durablement le TPS et ne garantit pas, au-delà de cette échéance, le maintien de la protection contre l’éloignement.

La mesure intervient après l’arrêt rendu le 25 juin par la Cour suprême des États-Unis, qui a validé l’impossibilité, hors contestations constitutionnelles, de soumettre les décisions de désignation, de prolongation ou de suppression du TPS à un contrôle judiciaire ordinaire. Cette décision concerne environ 350 000 Haïtiens et 6 100 Syriens.

Le TPS accorde provisoirement une protection contre la déportation et une autorisation de travail aux ressortissants de pays affectés par un conflit armé, une catastrophe naturelle ou d’autres circonstances extraordinaires compromettant un retour dans des conditions sûres.

Presque simultanément, le gouvernement haïtien a annoncé, le 7 juillet, l’envoi au Venezuela d’une mission médicale de solidarité. Arrivée à Caracas le lendemain, la délégation, conduite par le ministre de facto de la Santé publique, le Dr Sinal Bertrand, comprend 31 médecins chargés, selon la Primature, d’assister les victimes des séismes enregistrés le 24 juin.

La Primature inscrit cette opération dans la tradition des relations historiques entre Haïti et le Venezuela. Celle-ci renvoie notamment à l’escale de Francisco de Miranda à Jacmel en 1806, où fut hissé le futur drapeau vénézuélien, puis au soutien militaire, financier et logistique accordé par le président Alexandre Pétion à Simón Bolívar à partir de 1815-1816, en contrepartie d’un engagement en faveur de l’émancipation des personnes réduites en esclavage dans les territoires libérés.

Le Dr Josué Renaud ne conteste pas le principe d’une assistance aux victimes vénézuéliennes. Il estime néanmoins que « son calendrier et sa mise en scène institutionnelle peuvent produire un effet diplomatique contraire aux intérêts des Haïtiens établis aux États-Unis ».

« En exportant des ressources médicales au moment précis où Washington examine la possibilité de renvoyer plusieurs centaines de milliers de personnes, l’exécutif haïtien expose le pays à une interprétation simplificatrice : Haïti serait suffisamment stable et fonctionnel pour intervenir au-delà de ses frontières », prévient le directeur exécutif du New England Human Rights Organization.

Pour Josué Renaud, une telle conclusion serait « archi fausse ». L’envoi de médecins au Venezuela pourrait, selon lui, permettre aux responsables américains de prétendre que « tout va bien maintenant en Haïti », malgré l’affaiblissement persistant des services publics, la désorganisation du système hospitalier et la généralisation de l’insécurité.

Les propres évaluations américaines contredisent pourtant toute représentation d’un retour à la normale. Le département d’État maintient Haïti au niveau 4 — « Ne pas voyager » — en raison de la criminalité, des enlèvements, du terrorisme, des troubles civils et de l’accès limité aux soins médicaux. L’avis actualisé le 10 juillet précise également que l’état d’urgence national, instauré en mars 2024, demeure en vigueur et que les États-Unis disposent de capacités extrêmement restreintes pour porter assistance à leurs ressortissants en Haïti.

Les données humanitaires ne permettent pas davantage d’accréditer la thèse d’une amélioration générale. Les Nations unies estiment que 6,4 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, auront besoin d’une assistance humanitaire en 2026. L’Organisation internationale pour les migrations évaluait, en juin, à près de 1,5 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Le secteur sanitaire demeure, lui aussi, gravement affecté. Selon l’Organisation panaméricaine de la santé, seulement 26 % des établissements hospitaliers du pays fonctionnent pleinement. Le taux atteint 37 % dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, où 40 % des structures sont hors service et 10 % ont été détruites. Les pénuries de médicaments et de matériels persistent en raison de l’insécurité et des pillages.

Sur le plan juridique, l’envoi d’une mission médicale ponctuelle ne constitue pas, à lui seul, une preuve d’amélioration durable des conditions ayant fondé la désignation d’Haïti au TPS. L’évaluation devrait porter sur l’ensemble de la situation sécuritaire, humanitaire, sanitaire et institutionnelle, ainsi que sur les possibilités concrètes de réinstallation des personnes renvoyées.

La communication du gouvernement Fils-Aimé pourrait néanmoins être exploitée dans le débat politique américain comme l’indice d’une administration capable de mobiliser des médecins, des spécialistes, du matériel et des ressources financières au profit d’un autre pays.

L’incompatibilité entre les deux démarches devient difficilement défendable.: comment défendre le caractère dangereux d’un retour massif vers Haïti tout en présentant le pays comme un fournisseur d’assistance médicale internationale ? Pourquoi le gouvernement ne publie-t-il pas une évaluation transparente de ses capacités hospitalières, du coût de cette opération et des conséquences du départ de ces médecins sur les institutions sanitaires auxquelles ils étaient affectés ?

La solidarité envers le peuple vénézuélien appartient aux prérogatives diplomatiques de l’État. Elle ne devrait cependant pas devenir une vitrine politique susceptible de fragiliser la cause de milliers de familles haïtiennes dont le droit au travail ne bénéficie désormais que d’une prorogation jusqu’au 24 juillet.

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