Lettre ouverte relative aux négociations à démarrer pour résoudre la crise éducative actuelle
Monsieur Nesmy Manigat
Ministre de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP)
Monsieur le Ministre,
Le Bureau Exécutif de l’Union Nationale des Normaliens/nes d’Haïti (UNNOH) accuse réception de votre lettre en date du 18 avril 2023 invitant l’organisation à participer à une rencontre le 20 avril portant sur les revendications du monde enseignant en vue de poursuivre ‘’le dialogue constructif entamé entre le MENFP et les syndicats d’enseignants’’.
Tout en estimant correcte une telle démarche, nous tenons à produire un ensemble de remarques et de recommandations susceptibles de la rendre plus viable, plus constructive et fructueuse. Monsieur le Ministre Vous avez fait mention de ‘’la poursuite du dialogue constructif entamé entre le MENFP et les syndicats d’enseignants’’. Nous voulons vous faire remarquer que ce ‘’dialogue constructif ‘’ a été, notre grande surprise, interrompu depuis plus de neuf mois sans aucune explication. Ce qui dénote un irrespect inqualifiable manifesté par le premier responsable du MENFP l’endroit des syndicats d’enseignants/tes.
De plus, les quelques rares rencontres tenues dans le cadre de ce ‘’dialogue constructif’’, n’ont pas eu de résultats concluants. Certaines d’entre elles peuvent être même assimilées une sorte de perte de temps. Cela est dû, entre autres, la présence recommandée d’une multitude de syndicats créés soudainement sur mesure en vue de combattre la position critique d’autres syndicats qui osent remettre en question certaines décisions discutables du MENFP. Certains s’érigent parfois, sans aucune forme de gêne, en avocat du ministre, question de s’attirer des faveurs ou des postes. Peut-on honnêtement accepter de poursuivre, dans de telles conditions, ce dialogue dit constructif n’ayant abouti rien de constructif réellement, dans le cas qui nous concerne aujourd’hui ? Ne faudrait-il pas adopter plutôt un autre schéma de discussion afin d’aboutir à quelque chose de positif ?
En outre, il convient de souligner une grave erreur commise dans vos dernières prises de position publiques. Cette erreur consiste dans le fait de choisir de réduire l’ensemble des revendications des enseignants/tes à une seule : la remise des chèques le 25 au plus tard de chaque mois, ce qui ne représente, à notre sens, qu’une simple formalité à respecter. Vous faites ainsi abstraction de toutes les autres revendications fondamentales telles : l’ajustement salarial, le paiement des arriérés de salaire, l’insécurité planifiée, la reprise des activités scolaires à l’échelle nationale et en particulier au niveau de tous les territoires déclarés perdus, la disponibilité de l’essence dans les stations d’essence etc, revendications qui sont encore plus essentielles. Une telle attitude crée de fait chez les enseignants/tes une très grande méfiance mettant en doute votre volonté réelle à satisfaire leurs revendications légitimes.
Vous avez, par ailleurs, décidé, dans ce contexte d’insécurité, de placer la rencontre à deux heures et demie de l’après-midi. Probablement, elle va démarrer vers les trois heures ou plus. Et à partir de quatre heures ou cinq heures au plus tard les participants/tes vont devoir rentrer à la maison en raison de la situation d’insécurité, de kidnapping au quotidien. La rencontre durera donc une heure et demie ou deux heures au plus. L’on se demande 2 dans ce cas : s’il s’agit d’une simple rencontre de reprise de contact ou d’une rencontre de négociation sur les multiples revendications légitimes des enseignants/tes ?
Monsieur le Ministre,
Il est aujourd’hui question d’un mouvement de mobilisation nationale des enseignants/tes à l’échelle du pays réclamant la satisfaction de leurs justes et légitimes revendications trop souvent foulées aux pieds par le Ministère que vous dirigez. Révoltés/es, indignés/es face au mépris manifeste du gouvernement en général et du MENFP en particulier, les enseignants/tes se sont levés/es et exigent, sans détour, la satisfaction pleine de leurs revendications. Ils/elles n’entendent pas reculer en dépit des pressions et menaces voilées.
D’où la nécessité, si vous voulez de fait modifier positivement la situation, d’organiser un cadre sérieux de négociation et de ne pas vous enfoncer dans une logique de dilatoire et de show médiatique risquant d’aggraver encore plus la situation actuelle. Avez-vous intérêt à l’empirer ou à vous engager à résoudre la crise qui secoue le monde de l’éducation ? Votre équipe gouvernementale saura t-elle s’élever cette fois-ci à la dimension de cette crise éducationnelle et apporter les réponses attendues par les enseignants/tes en grève exigeant des réponses adéquates et non les réponses démagogiques habituelles ?
Pour être pratique, crédibiliser la démarche et surtout éviter de perdre notre temps,, l’UNNOH recommande :
1) La préparation préalable et minutieuse des négociations par le MENFP et les différentes entités de l’Etat concernées { partir de l’actuel cahier de revendication des enseignants/tes ;
2) La présence dans les séances de négociation de représentants accrédités de toutes les entités de l’Etat concernées par les différents points constituant le cahier de revendications des enseignants/tes (Ministère de l’Education nationale, Ministère des Finances, FNE, les représentants/tes de l’Organe gérant la police d’Assurance,…)
3) La mise sur pied rapide d’un comité d’arbitrage et de suivi des négociations composé de personnalités reconnues crédibles, honnêtes et sérieuses. Ce comité aidera à mieux organiser et réussir ces négociations qui se révèlent cruciales pour le présent et l’avenir de la profession enseignante en Haïti, de l’éducation et de la société haïtienne en pleine crise. Il aidera à garantir une certaine crédibilité, une plus grande transparence et le minimum de confiance indispensable à la tenue de négociations sérieuses ;
4) la présence des responsables de tous les syndicats effectivement engagés dans la lutte sur le terrain qu’ils soient des syndicats d’enseignants/tes représentés au niveau national ou régional. 5) La signature, à l’issue de ces échanges que nous souhaitons constructifs, d’un protocole d’accord dument validé par les différentes parties dont le Comité d’arbitrage chargé prioritairement d’en assurer le suivi. Espérant que vous comprendrez le bien-fondé de notre démarche et que suites célères seront données à nos requêtes, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Ministre, nos salutations patriotiques.
Pour le Bureau Exécutif de l’UNNOH :
Josué MERILIEN, Coordonnateur Général
Péguy NOEL, Responsable de la Coordination de P-au-P

