par Abner Septembre
Mercredi 7 septembre 2022 ((rezonodwes.com))–
Haïti, terre de lumière universelle qui a jailli des entrailles ténébreuses de l’esclavage infrahumain de l’occident sur la terre d’Amérique, traverse un moment très difficile sans précédent.
L’inégalité aiguë et l’injustice sociale rappelant en grande partie le système colonial, la corruption, l’impunité, l’insécurité, le marasme économique, la dégradation accélérée de l’environnement, la misère, le dysfonctionnement et la faillite des institutions républicaines, morales et éducatives, etc. sont entre autres les indices qui sous-tendent cette triste réalité. Aujourd’hui, Haïti devient un état paria exposé à la risée et à la xénophobie de gens qui, s’ils connaissaient leur histoire, auraient du plutôt lui témoigner leur reconnaissance.
Le peuple vit dans le dénuement matériel le plus abject et subit toutes sortes d’atrocités. Il est abandonné par les dirigeants qui sont appelés à l’encadrer pour le faire évoluer. Les riches font leur beurre, en s’adonnant à la spéculation monstrueuse de toutes sortes, au lieu de créer des emplois et des richesses. L’élite et l’industrie politicienne se montrent incapables d’offrir une solution potable.
L’État, c’est d’abord Nous peuple qui avons délégué aux pouvoirs publics, exécutif, judiciaire et législatif, le monopole de la violence, légitimé à travers la constitution et des lois d’application qui en font théoriquement un pays souverain. Mais, quand ces pouvoirs ont failli à leur mission et quand le système démocratique qu’ils incarnent s’est révélé un grand mensonge qui apporte au peuple désarrois, déboires, recul et avilissement, alors qu’il profite à une minorité sélective qui concentre entre ses mains savoir, avoir et pouvoir, il lui revient de reprendre son pouvoir d’état pour réorienter la marche de la nation. Comment alors y parvenir ?
Dans les conditions actuelles, ce n’est pas le moment de s’embarrasser et de se faire piéger dans un processus démocratique made in international. Il faut neutraliser à tout prix l’interférence externe, se protéger du chant des sirènes et du « caméléonnage » de l’élite de tout poil qui ne jure que par le statu quo. Il faut un autre leadership progressiste et patriotique, capable de travailler pour le peuple et défendre les intérêts du pays. Que les paysans, la masse et la classe moyenne souffrante trouvent un autre Dessalines, Goman, Accaau, ou Péralte, guidé par un esprit salnaviste, une intrépidité salomoniste et une efficacité estimiste, pour remettre le pays sur ses rails.
Face au système atroce qui s’est révélé une vraie sangsue pour le peuple, point besoin de continuer à se plaindre, à dénoncer, à crier au secours et à manifester pacifiquement, en se fatiguant dans les rues, en s’exposant au gaz lacrymogène, à des arrestations arbitraires, aux balles assassines préméditées ou non, ni même à demander le départ d’un gouvernement. Le peuple reprend sans préavis le pouvoir, cela par tous les moyens en son pouvoir. Il arrive un moment où il faut tout simplement se faire iconoclaste pour casser l’état actuel pourri, opérer une chirurgie qui nettoie la nation des apatrides, restructurer le nouvel état et négocier avec l’incontournable international un nouvel ordre de cohabitation et de coopération.
Le pays possède suffisamment de ressources pour se prendre en charge et amorcer une nouvelle ère qui inspire confiance aux investisseurs d’ici et d’ailleurs, nationaux et internationaux. N’est-ce pas avec les ressources locales que les américains ont financé durant l’occupation un ensemble d’infrastructures et d’autres réalisations, ou qu’Estimé a réalisé en un temps record des projets extraordinaires.
Il faut donc commencer par imposer la dictature des taxes, cela à tous les niveaux, par valoriser nos atouts socioculturels et historiques ainsi que nos ressources naturelles, tout en combattant par la peine de mort les corrompus et les corrupteurs, les kidnappeurs, les gangsters, les apatrides, etc. Les taxes serviront à la fois à financer les services publics, les infrastructures et la production. Il faut donc une vision progressiste de l’état et de l’art de gouverner, qui réponde aux ambitions et aspirations profondes des Haïtiens, leur donnant des raisons d’espérer et la fierté de leur origine.
Il revient aux citoyens de se mobiliser par région pour la décentralisation et l’autonomie dans une Haïti indivisible, et pour la concrétisation d’une éducation à la kantienne, qui prépare les enfants « non d’après l’état présent de l’espèce humaine, mais d’après son état futur possible et meilleur, conformément à l’idée de l’humanité et à sa destination totale ».
Abner Septembre,
Sociologue, 6/9/2022

