21 octobre 2026
Haïti, 21 août 1843 — Claire-Heureuse Dessalines obtient une pension de 100 gourdes par mois, trente-sept ans après l’assassinat de l’empereur
Actualités Cas d'assassinat Economie Flashback

Haïti, 21 août 1843 — Claire-Heureuse Dessalines obtient une pension de 100 gourdes par mois, trente-sept ans après l’assassinat de l’empereur

Haïti, 21 août 1843 — Trente-sept ans après l’assassinat de Dessalines, sa veuve Claire-Heureuse obtient une pension de 100 gourdes par mois, portée à 300 gourdes sous Soulouque en 1857

FLASHBACK | HISTOIRE D’HAÏTI

— Trente-sept ans après l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines au Pont-Rouge, le gouvernement provisoire haïtien accorde à sa veuve, Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur, une pension viagère annuelle de 1 200 gourdes, soit 100 gourdes par mois. Cette décision, prise après la chute de Jean-Pierre Boyer, reconnaît officiellement les services rendus à la nation par le fondateur de l’indépendance et la précarité dans laquelle vit son épouse depuis la confiscation des biens impériaux.

Le décret du 21 août 1843 reconnaît expressément que Dessalines, pour avoir libéré Haïti de la domination coloniale, possède un « droit imprescriptible à la reconnaissance nationale ». L’article premier prévoit une pension de 1 200 gourdes, versée mensuellement par le Trésor public. L’acte porte notamment les signatures de Jean-Chrysostôme Imbert, Guerrier, Segrétier et Charles Hérard aîné.

Selon un récit historique publié par Rezo Nòdwès le 20 septembre 2020, Claire-Heureuse avait auparavant refusé l’assistance financière des présidents Alexandre Pétion et Jean-Pierre Boyer, qu’elle soupçonnait d’avoir participé à l’assassinat de son époux. Cette affirmation relative aux refus successifs figure dans cette publication, mais les pièces primaires établissant chacune de ces offres n’ont pas été identifiées. D’autres travaux biographiques documentent notamment son refus de l’hospitalité proposée par Henri Christophe et sa longue existence dans l’indigence à Saint-Marc.

Le décret de 1843 constitue aussi un document politique révélateur : le gouvernement reconnaît la dette morale de la nation envers Dessalines tout en maintenant, dans ses considérants, une appréciation critique de son gouvernement. Cette reconnaissance tardive intervient après près de quatre décennies durant lesquelles sa veuve fut privée des ressources attachées à son ancienne condition d’impératrice.

L’historien Thomas Madiou, dans son Histoire d’Haïti, tome VII, pages 533-534, est cité par les biographes de l’ancienne impératrice concernant cette pension. Jasmine Claude-Narcisse et Pierre-Richard Narcisse, dans Mémoire de femmes (UNICEF-Haïti, 1997), rapportent qu’elle en bénéficia jusqu’en 1856. L’année suivante, sous Faustin Ier, le pouvoir porta son allocation à 300 gourdes mensuelles. Claire-Heureuse refusa cette augmentation, après l’exécution de César Dessalines, petit-fils de l’empereur, en 1856. Elle mourut aux Gonaïves en août 1858.

La portée historique de cette décision demeure considérable : en 1843, l’État haïtien reconnaissait enfin, par un acte normatif, une obligation de solidarité nationale envers la veuve de son fondateur. Mais pourquoi aura-t-il fallu attendre la disparition politique de Pétion et la chute de Boyer pour qu’une telle disposition soit adoptée ? Cette pension constituait-elle une véritable réparation morale ou une reconnaissance politique tardive destinée à renouer avec l’héritage dessalinien ?

Références historiques : Décret du gouvernement provisoire du 21 août 1843, imprimé à Port-Républicain ; Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, tome VII, p. 533-534 ; Jasmine Claude-Narcisse et Pierre-Richard Narcisse, Mémoire de femmes, UNICEF-Haïti, 1997 ; Rezo Nòdwès, 20 septembre 2020 — reproduction du décret historique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.