par le citoyen engagé René Julien
Dimanche 16 février 2020 ((rezonodwes.com))– Jeunesse de mon pays
On dirait que dès l’assassinat de Jean Jacques Dessalines, le bon génie qui présidait à l’exploit de notre indépendance faisait place nette au génie du mal qui, depuis lors, semble imprégner notre vie de peuple.
Un écrivain français disait: « Le génie n’a qu’un siècle après quoi il dégénère. À son tour, le génie du système a battu le record. Depuis plus de deux cents ans d’histoire, il maintient, malgré les répliques, ses effrayantes griffes sur la République.
Compte tenu de l’emprise des forces rétrogrades qui gagnent tous les espaces de de nos institutions, notamment nos palais, toute bonne et louable initiative consistant à remettre en question l’ordre ancien tourne autour du pot.
Les jeunes des deux sexes, pourvus de qualités et d’aptitudes requises, sont désormais invités, dans le cadre d’un grand mouvement de réflexions et d’actions, à faire office de navire éclaireur dans la lutte devant déclencher officiellement les hostilités contre le système rétrograde en cours en Haïti.
Pour le renversement d’un ordre de chose en pourriture comme le nôtre, il faut une force persuasive. Celle de la jeunesse paraît être tout indiquée.
C’est dans l’intervalle de sa glorieuse jeunesse que le Christ avait accompli sa mission céleste, celle qui nous ouvre toutes les avenues d’un monde de plus en plus juste et équitable.
C’est dans le cours de sa jeunesse que le pasteur noir, Martin Luther King Jr., acceptait le sacrifice de sa vie en échange de la liberté des noirs américains.
C’est en risquant sa jeunesse que le jeune Fidel Castro, au prix d’énormes sacrifices consentis, a pu laisser aujourd’hui un peuple cubain, très défavorisé dans le temps, en compétition favorable maintenant, sur le plan des indices humains, avec les pays dits développés.
Bravant toutes les grandes terreurs d’un régime esclavagiste impitoyable, des jeunes, pour la grande majorité, des fils authentiques d’anciens esclaves, ont su secouer le joug de la tyrannie des colons jusqu’à forger le 1er janvier 1804 un nouvel État qui s’est imposé une place dans le concert des nations.
Pas de doute, les jeunes universitaires haïtiens s’ils acceptent de se réunir en conclave, à travers la République, pourront lancer avec force le javelot contre le système, de plus en plus effrayant, qui ronge notre cher pays depuis l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le Père de la patrie commune.
Malheureusement, une poignée d’individus sans foi ni loi, voulant tout pour eux et rien pour la masse des anciens esclaves, ont décidé le contraire.
Un mouvement de jeunes, bien structuré, peut offrir la noble occasion de partager avec le pays entier, dans des circonstances privilégiées, les semences d’une réflexion profonde sur la crise haïtienne.
Les jeunes universitaires, notamment, se réunissant en conclave, à travers la République, pourront aider notre beau pays, à délibérer, en connaissance de cause, sur le mal, de plus en plus accentué, qui le ronge depuis toujours.
Promoteur de cette initiative, je suis prêt à me jeter dans l’arène pour contraindre, cette fois-ci, le vent à prendre la direction de la philosophie libératrice et légaliste de Dessalines ; laquelle philosophie revendiquait le droit des anciens esclaves, ces va-nu-pieds, jusque-là oublieux, à vivre comme des êtres humains à part entière.
Jeunesse de notre pays
De génération en génération, vous êtes toujours encline à demander compte à vos aînés pour vous avoir légué un pays en friche, une terre dénaturée, une société monstrueuse, un pouvoir délinquant, un État sans état d’âme.
Si dans la vieillesse, vous souhaitez échapper à un verdict défavorable de l’histoire, Vous êtes conseillés, aux fins utiles, de prendre, dès maintenant, le contrepied de toutes les omissions, de tous les actes malhonnêtes délibérément accomplis par certains de vos ainés pour tirer des avantages mesquins et plonger en conséquence le pays dans l’abîme.
Ceci dit, nous vous invitons à méditer l’adage qui suit : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ».
Ce penchant naturel de l’être humain à vivre que pour lui-même est une tendance vivement combattue dans tout régime de droit qui se respecte.
Chez nous, l’individualisme prend tellement de l’ampleur que les étrangers, pas des moindres, en ont fait une des causes profondes et indiscutables de notre échec collectif.
Jeunesse de mon pays
Nous croyons avoir des qualités personnelles et des vertus civiques indispensables pour gagner votre confiance dans le combat que nous menons, toute notre vie, en faveur de l’État de droit.
Nous estimons que, malgré notre âge plus ou moins avancé, nous pouvons encore continuer à être utile même en qualité de simple citoyen révolté par la minable situation de notre pays qui se meurt faute d’expertise citoyenne en matière d’État.
Nous nous sentons donc, une fois de plus, interpellé par un devoir de patriote convaincu pour lancer, en toute urgence, étant donné qu’il y a péril en la demeure, un mouvement révolutionnaire avec l’empreinte de la jeunesse. Cette force motrice qui peut contraindre le vent de la justice à suivre la philosophie du père fondateur de la patrie, laquelle avait pointé la voie du droit pour garantir les droits de tous et de toutes par le droit.
Malheureusement, depuis l’assassinat de l’empereur, le projet tombe à l’eau. Le pays, divisé en plusieurs camps adverses, s’acharne, presque toujours, à être sous l’obédience d’un État pris d’assaut par des novices, des sans foi ni loi qui ne font que défier le pouvoir de la Constitution et des lois de la République.
On dirait que depuis l’assassinat de Dessalines, le génie de l’indépendance nous tourne le dos.
Défiant même l’autorité des dieux tutélaires de la nation, les apôtres du mal agissent très mal, et de plus en plus, avec d’abondance de cynisme.
D’honnêtes Haïtiennes et Haïtiens des générations précédentes ont souvent eu du mal à rentrer dans leur retraite avec le regret ou le remord de constater qu’en dépit de la foi agissante de leur jeunesse dans un monde meilleur, ils se révélaient incapables de stopper la dérive des apôtres du mal en ce qui concerne notre propre pays.
Jeunesse universitaire
Compte tenu de la gravité de la situation qui prévaut actuellement dans le pays, Il revient à vous qui êtes présumés sans tâche, avec l’encadrement de quelques sages dont dispose encore la République, de jouer un rôle de premier plan dans le mouvement qui doit effectivement conduire à la rédemption haïtienne.
Grace à votre ardeur naturelle, à votre grande impétuosité, vous avez réuni toutes les conditions d’une démarche révolutionnaire pour faire basculer dans la poubelle de l’histoire toutes les cruautés haïtiennes, œuvre du système.
Durant ce quart de siècle, il n’y a pas un seul acte des apôtres du mal qui ne révolte pas la conscience du monde libre.
C’est le cynisme répétitif de leur politique qui nous a valu ces derniers temps cette rage nationale.
Jeunesse de mon pays
L’échec d’un combat de plus risque d’être une grande catastrophe pour le peuple haïtien. Une vie haïtienne très féconde en désastres et en péripéties fait naître l’occasion pour votre fougueuse Jeunesse de prouver qu’elle est issue d’une mamelle révolutionnaire redoutable compte tenu de la grande épopée de 1804.
Fort de toutes ces considérations, le pays en appelle à une grande mobilisation de toute la jeunesse haïtienne pour revendiquer, à coup sûr, le droit du peuple d’être ce que tout peuple, dans un État de droit, a la vocation d’être.
En conclusion, disons que ce mouvement rédempteur, proposé dans le cadre de cette adresse à la Jeunesse, n’aura d’autre objectif que d’associer les jeunes à un ambitieux projet, celui de délivrer notre pays des griffes d’un système qui se trouve, depuis la chute de la dictature en 1986, sur le banc des accusés.
Avant de terminer, laissez-moi vous dire qu’un combat décisif pour vaincre le système commence avec la propagation à outrance de cette adresse dans le milieu des jeunes.
Merci et À bientôt !
Février 2020
René Julien
Citoyen engagé


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