12 octobre 2026
OHDLP/INHESE ǁ Haïti entre sécurité, élections, et incertitudes politiques : L’Administration d’Alix Didier FILS-AIMÉ a-t-elle la volonté réelle d’organiser les élections générales dans le pays ?
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OHDLP/INHESE ǁ Haïti entre sécurité, élections, et incertitudes politiques : L’Administration d’Alix Didier FILS-AIMÉ a-t-elle la volonté réelle d’organiser les élections générales dans le pays ?

Par Alex CALAS

Introduction : 

L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse et l’Institut de Hautes Etudes en Science Electorale (OHDLP/INHESE) estiment qu’une démocratie à l’épreuve de l’urgence nationale, où Haïti se trouve à un tournant décisif de son histoire politique. Après plusieurs années de transition, d’instabilité institutionnelle, de violences armées et d’affaiblissement de l’autorité de l’État, la perspective des élections générales représente un espoir pour une population qui aspire à retrouver ses droits politiques, ses libertés fondamentales et des institutions démocratiquement légitimes. Cependant, l’organisation des élections ne saurait être considérée comme une simple opération administrative. 

Elle constitue un processus politique, juridique, sécuritaire et institutionnel qui exige la confiance de la population, l’indépendance des autorités électorales, des ressources financières suffisantes et, surtout, un environnement dans lequel chaque citoyenne et chaque citoyen peut exercer librement son droit de vote. Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé affirme vouloir conduire le pays vers le renouvellement de ses institutions par les urnes. De son côté, le Conseil électoral provisoire (CEP) a engagé différentes opérations préparatoires et publié un calendrier électoral prévoyant notamment le premier tour des élections présidentielles et législatives le 13 décembre 2026, avec un second tour fixé au 21 février 2027. Le respect de ces échéances demeure toutefois lié aux conditions de sécurité et à la disponibilité des ressources nécessaires. 

Dès lors, une interrogation fondamentale s’impose : le gouvernement dispose-t-il de la volonté politique, de la capacité opérationnelle et de la détermination nécessaires pour organiser des élections générales crédibles, inclusives, transparentes et sécurisées ? L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) et l’Institut de Hautes Études en Sciences Électorales (INHESE) proposent une réflexion sur cette question, en mettant en évidence les avancées, les insuffisances et les risques susceptibles de compromettre le retour à l’ordre démocratique.

I. La sécurité, condition fondamentale du retour à la démocratie

Selon l’OHDLP et l’INHESE, l’insécurité constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles à la normalisation de la vie politique haïtienne. Les groupes armés exercent une influence territoriale préoccupante, notamment dans certaines zones de la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans plusieurs secteurs de province. Les déplacements forcés, les enlèvements, les assassinats, les violences sexuelles, les destructions de biens et les restrictions de circulation fragilisent profondément la vie collective. Cette situation dépasse largement le cadre du maintien de l’ordre public. Elle affecte directement la capacité de l’État à administrer le territoire, à garantir les libertés publiques et à organiser des consultations électorales accessibles à tous. Comment demander à un citoyen de participer à une élection lorsque son quartier est contrôlé par des groupes armés ? Comment garantir l’ouverture d’un centre de vote dans une localité où les déplacements sont dangereux ? Comment permettre aux candidats de mener librement campagne lorsqu’ils ne peuvent accéder à certaines communes sans risques pour leur sécurité ? 

Ces questions soulèvent un problème démocratique majeur : le droit de vote ne peut être pleinement garanti lorsque la peur détermine les déplacements, les choix et les possibilités de participation des citoyens. Les élections ne peuvent donc pas être préparées indépendamment de la sécurité.  Néanmoins, il serait également dangereux d’utiliser indéfiniment l’insécurité comme justification au maintien d’une transition politique sans échéance crédible. 

Le gouvernement doit agir simultanément sur deux fronts : rétablir progressivement les conditions de sécurité indispensables à la participation électorale et permettre aux institutions compétentes de poursuivre leurs préparatifs dans le respect de leur mandat. L’enjeu n’est pas de prétendre que l’insécurité disparaîtra totalement avant le scrutin. Il s’agit de garantir un niveau de sécurité suffisant, vérifiable et équitable sur l’ensemble des territoires concernés, afin que les citoyens puissent participer sans intimidation ni exclusion.

II. Le gouvernement Alix Didier Fils-Aimé : volonté politique ou obligation de résultats ?

La volonté d’organiser des élections ne peut être évaluée uniquement à travers les déclarations officielles, les discours diplomatiques ou les engagements publics. Elle doit se mesurer à partir des décisions concrètes, des ressources mobilisées, des résultats obtenus et de la capacité du gouvernement à rendre compte de son action. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a réaffirmé, en septembre 2026, la nécessité de rétablir la légitimité démocratique par les urnes. Cette position constitue un engagement politique important. Toutefois, elle ne suffit pas à dissiper les inquiétudes concernant les conditions réelles de préparation du scrutin. La question centrale n’est donc pas simplement de savoir si le gouvernement affirme vouloir organiser les élections. Elle consiste à déterminer si ses actes traduisent effectivement cette volonté.

Premièrement, les autorités doivent présenter des résultats mesurables en matière de sécurité. Il convient notamment d’évaluer la capacité des forces de l’ordre à protéger les populations, à sécuriser les axes de circulation, à garantir l’accès aux centres d’inscription et de vote et à prévenir les intimidations politiques.

Deuxièmement, le gouvernement doit assurer la disponibilité, dans les délais requis, des ressources financières et logistiques nécessaires aux opérations électorales. Le CEP ne peut remplir efficacement sa mission si les moyens indispensables à son fonctionnement ne sont pas mobilisés à temps.

Troisièmement, l’administration publique doit apporter son concours au processus sans intervenir dans les décisions relevant de l’autorité électorale indépendante. La coopération institutionnelle ne doit jamais devenir un instrument de contrôle politique.

Quatrièmement, le gouvernement doit garantir un environnement dans lequel les partis politiques, les organisations de la société civile, les journalistes et les observateurs peuvent exercer leurs activités sans pressions, menaces ni discriminations.

À ce stade, il serait prématuré d’affirmer, sans preuves suffisantes, que le gouvernement ne souhaite pas organiser les élections. Il serait tout aussi imprudent de considérer que ses déclarations constituent la preuve définitive d’une volonté pleinement concrétisée. La crédibilité du gouvernement se mesurera à sa capacité de transformer ses engagements en résultats observables. L’OHDLP et l’INHESE estiment que cette exigence doit s’appliquer à toutes les autorités publiques, indépendamment de leurs affiliations politiques.

III. Quel est le niveau d’avancement du Conseil électoral provisoire ?

Le CEP occupe une position déterminante dans le processus électoral. Il lui revient de préparer, d’organiser et de superviser les opérations relevant de sa compétence, tout en garantissant les principes d’indépendance, d’impartialité, de transparence et d’intégrité.

Plusieurs étapes ont été franchies. Le calendrier électoral 2026-2027 a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour des élections présidentielles et législatives, ainsi que la consultation populaire prévue sur les changements proposés à la Constitution. Le second tour des élections présidentielles et législatives, de même que les élections des collectivités territoriales, est prévu pour le 21 février 2027. Le processus d’inscription des électeurs a également commencé. Selon les informations publiées par le CEP, les opérations ont été lancées les 20 et 21 juillet 2026 dans neuf départements géographiques, puis le 30 juillet dans le département de l’Ouest.

Dans son état d’avancement arrêté au 21 septembre, l’institution faisait état de 1 285 centres d’inscription et de vote opérationnels à travers le pays. Ces données témoignent d’un travail administratif effectivement engagé. Elles ne permettent cependant pas, à elles seules, de conclure que toutes les conditions nécessaires à la tenue d’élections nationales crédibles sont réunies. L’ouverture de centres ne garantit pas automatiquement leur accessibilité à l’ensemble des électeurs. L’inscription sur les listes ne suffit pas à assurer que les personnes déplacées, les citoyens vivant dans des zones difficiles d’accès et les populations vulnérables pourront voter. De même, la publication d’un calendrier ne constitue pas une garantie absolue de respect des échéances. L’appréciation du travail du CEP doit donc reposer sur plusieurs indicateurs : le nombre d’électeurs effectivement inscrits, la couverture territoriale des opérations, la fiabilité des listes électorales, la disponibilité du matériel, la formation des agents, l’accréditation des observateurs et la préparation des mécanismes de dépouillement et de contestation.

La question de l’inclusion est particulièrement importante. Les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap, les déplacés internes et les citoyens résidant dans des territoires affectés par les violences ne doivent pas être laissés en marge du processus. Le CEP doit également communiquer régulièrement des informations vérifiables sur les progrès accomplis, les difficultés rencontrées et les mesures correctives envisagées. La transparence ne doit pas être réservée à la période de publication des résultats : elle doit accompagner chaque étape du processus. Enfin, son indépendance doit être protégée. Le dialogue avec le gouvernement, les partis politiques et les partenaires internationaux est indispensable, mais il ne doit pas compromettre l’autonomie de ses décisions ni la confiance du public.

IV. Des élections sans sécurité : le risque d’une démocratie incomplète

Organiser des élections dans un contexte d’insécurité persistante comporte des risques majeurs. Il ne s’agit pas seulement de savoir si les bureaux de vote pourront ouvrir, mais également de déterminer si les électeurs pourront exercer leur choix sans contrainte. Les groupes armés peuvent perturber la campagne électorale, entraver la circulation des candidats, empêcher les réunions publiques et intimider les populations. Dans certaines zones, les menaces peuvent favoriser l’abstention ou limiter la compétition entre les différentes forces politiques. Les conséquences seraient particulièrement préoccupantes si certaines régions participaient massivement au scrutin tandis que d’autres, en raison de la violence, se trouvaient pratiquement exclues. Une telle situation risquerait d’affaiblir la représentativité des élus et de nourrir des contestations sur la légitimité des résultats. Il existe également un risque d’instrumentalisation politique de l’insécurité. Les autorités, les acteurs politiques et les groupes d’intérêts ne doivent pas pouvoir tirer avantage des difficultés d’accès à certaines zones pour influencer la participation ou déséquilibrer la compétition électorale.

La réponse à ce danger exige des garanties concrètes : des plans de sécurité électorale adaptés aux réalités locales, une coordination transparente entre les institutions concernées, une protection effective des candidats et des journalistes, ainsi que des mécanismes permettant de documenter les menaces et les incidents. L’objectif doit être de prévenir les violences et de protéger les citoyens, sans transformer la sécurité électorale en prétexte à des restrictions arbitraires des libertés. Une élection n’est démocratique que si le vote est libre, éclairé, accessible et exprimé sans peur. La tenue matérielle d’un scrutin ne peut donc constituer l’unique critère de réussite.

V. Le rôle de la presse, des observateurs et de la société civile

L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse et l’Institut de Hautes Etudes en Science Electorale (OHDLP/INHSE) croient dans une démocratie, la presse joue un rôle essentiel dans la diffusion de l’information, la vérification des déclarations publiques et le contrôle citoyen de l’action des institutions. En période électorale, cette responsabilité devient encore plus importante. Les journalistes doivent pouvoir enquêter sur les dépenses publiques, les préparatifs du CEP, les engagements du gouvernement, les activités des partis politiques et les incidents susceptibles d’affecter la régularité du scrutin. Cependant, le travail journalistique ne peut être pleinement accompli lorsque les professionnels des médias sont menacés, contraints de se déplacer ou privés d’accès à certaines zones. La protection de la liberté de la presse constitue donc une condition du contrôle démocratique du processus électoral.

L’OHDLP rappelle que les journalistes ne doivent être ni des instruments de propagande ni des cibles de représailles. Leur mission consiste à informer le public avec rigueur, à distinguer les faits des opinions et à contribuer à la lutte contre la désinformation. Pour sa part, l’INHESE souligne l’importance de l’observation électorale avant, pendant et après le scrutin. Une observation crédible doit reposer sur une méthodologie claire, des critères objectifs, des données vérifiables et une indépendance à l’égard des acteurs politiques. Les organisations nationales de la société civile, les associations de défense des droits humains, les institutions universitaires et les organisations professionnelles doivent également contribuer à l’éducation civique et à la prévention des conflits. Cette mobilisation collective peut renforcer la confiance des citoyens, à condition que chaque organisation respecte ses responsabilités, son indépendance et les exigences de transparence.

VI. Les mesures prioritaires pour préserver la crédibilité du processus

Face aux incertitudes actuelles, l’OHDLP et l’INHESE recommandent une série de mesures prioritaires.

1. Publier un bilan sécuritaire régulier. Le gouvernement doit communiquer des données vérifiables sur les zones accessibles, les menaces identifiées, les dispositifs de protection prévus et les progrès réalisés dans la sécurisation des axes et des centres électoraux.

2. Garantir les moyens du CEP. Les ressources financières, humaines, techniques et logistiques nécessaires doivent être disponibles dans les délais. Leur utilisation doit faire l’objet de mécanismes de contrôle et de reddition de comptes.

3. Protéger l’indépendance électorale. Les autorités gouvernementales doivent respecter les compétences du CEP et s’abstenir de toute intervention susceptible de compromettre son impartialité.

4. Préserver l’inclusion territoriale. Des solutions adaptées doivent être envisagées pour les populations déplacées, les personnes à mobilité réduite et les électeurs vivant dans les zones affectées par l’insécurité, dans le respect de la loi et de l’égalité entre citoyens.

5. Renforcer la transparence. Le CEP doit publier des mises à jour régulières sur les inscriptions, les listes électorales, les préparatifs logistiques, les dépenses et les étapes restant à accomplir.

6. Garantir la liberté de la presse. Les journalistes doivent pouvoir couvrir les activités électorales et enquêter sur les éventuelles irrégularités sans intimidation.

7. Prévenir les violences politiques. Les acteurs politiques doivent s’engager à rejeter les menaces, les discours incitant à la violence et toute forme de manipulation des groupes armés.

8. Préparer des mécanismes de recours efficaces. Les contestations doivent pouvoir être examinées par les instances compétentes dans des conditions d’impartialité, de transparence et de respect des droits des parties.

9. Intensifier l’éducation civique. Les citoyens doivent disposer d’informations fiables sur leurs droits, les modalités de vote, les procédures de réclamation et les moyens de participer pacifiquement à la vie démocratique.

10. Évaluer publiquement les échéances. Si des obstacles majeurs compromettent le calendrier, les institutions compétentes doivent exposer les faits, les risques et les mesures correctives, plutôt que de laisser se développer les rumeurs et les incertitudes.

En guise de Conclusion :

 La légitimité démocratique ne se décrète pas, elle se construit :  Haïti ne peut indéfiniment demeurer dans une situation de transition politique sans perspectives institutionnelles crédibles. Le pays a besoin d’institutions légitimes, d’une administration responsable, d’une justice accessible et d’un environnement sécuritaire permettant aux citoyens de participer à la détermination de leur avenir collectif. Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé est appelé à démontrer que son engagement en faveur des élections dépasse le cadre des déclarations officielles. Cela suppose des résultats mesurables en matière de sécurité, un soutien effectif au processus électoral et le respect de l’indépendance du CEP. Le CEP, de son côté, doit poursuivre ses préparatifs avec rigueur, communiquer des informations vérifiables et protéger l’intégrité de chaque étape. Sa responsabilité est considérable, mais elle ne saurait se substituer à celle du gouvernement en matière de sécurité ni à celle des autres institutions dans leurs domaines respectifs.

Pour l’OHDLP et l’INHESE, la question n’est donc pas de choisir entre la sécurité et les élections. Il faut construire les conditions permettant de garantir les deux, dans le respect des droits humains et des principes démocratiques. Il serait imprudent de conclure, sans éléments probants, que le gouvernement cherche délibérément à empêcher les élections. Il serait également irresponsable d’ignorer les retards, les difficultés sécuritaires et les incertitudes qui menacent leur crédibilité. L’évaluation de la volonté politique doit désormais s’appuyer sur des faits : des territoires sécurisés, des électeurs effectivement inscrits, des ressources disponibles, des institutions indépendantes et des garanties concrètes contre les intimidations. L’enjeu dépasse le renouvellement des mandats politiques. Il concerne la reconstruction de la confiance entre l’État et les citoyens, la restauration de l’autorité publique et la possibilité de résoudre les différends par les institutions plutôt que par la violence.

Haïti a besoin d’élections, mais pas d’élections à n’importe quel prix. Elle a besoin d’un processus capable de produire une légitimité démocratique réelle, durable et reconnue.

La démocratie ne peut s’enraciner dans la peur. La sécurité ne doit pas servir à justifier indéfiniment l’absence de représentation démocratique. La liberté de la presse, la justice, la participation citoyenne et la responsabilité des dirigeants doivent demeurer au cœur de toute stratégie de sortie de crise.

L’heure est donc à l’action, à la transparence et à la responsabilité. Le peuple haïtien attend des engagements vérifiables, des résultats concrets et un processus électoral qui lui permette, enfin, de choisir librement ses représentants. OHDLP – INHESE : pour des élections crédibles, la sécurité des citoyens, la liberté de la presse et la consolidation de la démocratie en Haïti.

Pour Authentification :

Alex CALAS, Journaliste, 

Analyste sociopolitique, 

Défenseur des Droits Humains

Directeur Exécutif de OHDLP/INHESE

Email : ohdlphaiti@gmail.com

Phone : +509 3639 5588 /4002 0202

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