Dans une vidéo diffusée sur Radio Télé Univers Internacional, le journaliste s’adresse directement au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Il lui donne jusqu’à la fin du week end pour révoquer le commissaire de Port-au-Prince. Passé ce délai, prévient-il, il sortira « les voix » — c’est-à-dire des enregistrements — prouvant que ces hommes vendent la justice. Et il va plus loin : si le responsable de la DCPJ est limogé, ses partisans devront partir avec lui.
Les allégations sont lourdes. Elles ne portent pas sur une simple erreur administrative. Elles accusent des responsables de la police judiciaire et du commissariat de la capitale de trafiquer la justice, de la monnayer, de la transformer en marchandise. Dans un pays où l’impunité est déjà une plaie ouverte, où les gangs prospèrent et où la confiance dans les institutions est en lambeaux, de telles accusations, formulées par un journaliste qui affirme détenir des preuves sonores, ne peuvent pas être balayées d’un revers de main.
La question qui se pose maintenant est simple et brutale : le Premier ministre Fils-Aimé va-t-il se courber face à cet ultimatum ?
S’il révoque le commissaire dans le délai fixé, il enverra un signal : celui d’un chef de gouvernement qui refuse de laisser planer le soupçon sur l’appareil judiciaire et policier. Ce serait un acte de lucidité, une reconnaissance que la justice ne peut pas être vendue sans que le pouvoir en porte la responsabilité politique.
S’il ignore l’ultimatum, s’il laisse passer le week-end sans réaction, que devra-t-on en déduire ? Que le silence est préférable à la vérité ? Que certains réseaux à l’intérieur de la police et de la justice sont intouchables ? Ou, plus grave encore, que les preuves évoquées par Roudy Sanon dérangent trop pour être confrontées ?
Haïti n’a plus le luxe des demi-mesures. Quand un journaliste affirme détenir des enregistrements de responsables qui « vendent la justice » et fixe un délai public au Premier ministre, le pouvoir est mis face à un choix historique : agir pour rétablir un minimum de crédibilité, ou laisser prospérer le soupçon jusqu’à ce qu’il devienne certitude.
Le week-end passera. La réponse — ou l’absence de réponse — du Premier ministre Fils Aimé dira bien plus long que tous les discours officiels.
Roudy Sanon a parlé clairement. Dans sa vidéo diffusée sur Radio Télé Univers Internacional, le journaliste adresse un ultimatum direct au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé : il lui donne jusqu’à la fin du week-end pour révoquer le commissaire de Port-au-Prince. Passé ce délai, il promet de sortir « les voix » — des enregistrements — prouvant que ces responsables vendent la justice. Il ajoute que si le cadre de la DCPJ est limogé, ses partisans devront partir avec lui.
Ces allégations sont graves. Elles ne parlent pas d’une simple erreur de gestion. Elles accusent des hommes placés au cœur de l’appareil judiciaire et policier de monnayer la justice, de la transformer en commerce. Dans un pays déjà miné par l’impunité et l’insécurité, un tel
ultimatum public, assorti de la menace de preuves sonores, place le Premier ministre face à un choix politique majeur.
Que doit-on en déduire si le Premier ministre cède à cette intention ?
S’il révoque le commissaire dans le délai fixé, on pourra y voir un signe de responsabilité. Cela signifierait qu’il refuse de laisser planer le soupçon sur des institutions essentielles, qu’il privilégie la crédibilité de l’État à la protection de réseaux internes. Ce serait un acte de lucidité : reconnaître que la justice ne peut pas être vendue sans que le pouvoir en assume les conséquences. Dans ce cas, on pourrait déduire qu’Alix Didier Fils-Aimé cherche encore à préserver un minimum d’autorité morale et de confiance publique, même sous la pression d’un journaliste.
Que peut-on penser dans le cas contraire ?
S’il ignore l’ultimatum, s’il laisse passer le week-end sans réaction, les conclusions seront tout autres. On pourra alors penser que le silence est préférable à la vérité, que certains réseaux à l’intérieur de la police et de la justice sont intouchables, ou que les preuves évoquées par Roudy Sanon dérangent trop pour être confrontées. Ce silence serait interprété comme une forme de complicité par omission. Il renforcerait l’idée que le pouvoir protège des hommes accusés de vendre la justice plutôt que de les écarter. Dans un pays où la confiance dans les institutions est déjà au plus bas, une telle attitude ne serait pas neutre : elle nourrirait le cynisme et confirmerait, aux yeux de beaucoup, que l’impunité reste la règle.
Le week-end passera. La réponse — ou l’absence de réponse — du Premier ministre Fils Aimé ne sera pas un simple détail administratif. Elle dira si ce gouvernement est encore capable d’entendre une alerte publique sur la vente de la justice, ou s’il préfère laisser le soupçon s’installer jusqu’à devenir certitude.

