Haïti–Diaspora | « Le but, c’est l’élimination de cette classe noire » : le pasteur Malory Laurent appelle au rassemblement pour faire échec au plan de « destruction d’Haïti »
BROOKLYN, New York, 16 septembre 2026 — Le pasteur Malory Laurent a lancé, mardi soir, depuis Salvation Church, un appel au rassemblement des Haïtiens, de la diaspora et des institutions religieuses pour faire échec à ce qu’il présente comme une entreprise d’élimination et de dispersion des populations noires et caribéennes, notamment les Haïtiens. Dénonçant les massacres, les kidnappings, les maisons incendiées et les familles déplacées, le prédicateur a interpellé les autorités publiques sur leur responsabilité en matière de sécurité, tout en invitant les Églises à sortir du silence.
L’intervention du mardi 15 septembre, marquée par de nombreuses déclarations en français et en créole, a également porté sur la multiplication des candidatures politiques, la protection des populations civiles et la nécessité de distinguer la justice de la vengeance. Dr Laurent a insisté sur un mot d’ordre : le rassemblement au-delà des appartenances religieuses et des divergences politiques.
Son accusation concernant un projet d’élimination des populations noires constitue une interprétation qu’il défend publiquement.
« Ils nous tuent, ils nous dispersent » : l’histoire de l’esclavage au cœur du discours
Pasteur Malory a établi un rapprochement entre l’histoire des populations noires des Caraïbes, l’esclavage et la situation actuelle d’Haïti. Évoquant les assassinats et la dispersion des communautés, il a décrit un processus qui, selon son analyse, viserait à affaiblir durablement leur existence collective.
« Ils nous tuent, ils nous dispersent », a-t-il déclaré dans un passage consacré à cette interprétation historique.
Le prédicateur a particulièrement insisté sur la nécessité de mobiliser les Haïtiens de la diaspora. Son appel ne se limite pas aux membres de Salvation Church : il vise également les citoyens attachés à leur pays, indépendamment de leurs origines, de leurs affiliations et de leurs convictions.
« L’histoire va juger », a-t-il averti, présentant la mobilisation comme une responsabilité collective face à la situation nationale.
« Assez de kidnapping ! Assez de maisons incendiées ! »
La dénonciation des violences a constitué l’un des passages les plus appuyés de son intervention.
« Assez de kidnapping. Assez de maisons incendiées. Assez de familles déplacées. Assez de femmes traumatisées. Assez de communautés terrorisées », a martelé Malory Laurent.
« Assez ! », a-t-il répété.
Le pasteur a décrit une société confrontée à la multiplication des violences, à la destruction des habitations et au déracinement de familles entières. Il a dénoncé la banalisation de ces situations, estimant que la durée de la crise ne saurait justifier leur acceptation.
L’accumulation des kidnappings, des massacres et des déplacements forcés constitue, dans son raisonnement, une interpellation directe des institutions publiques, auxquelles incombe la protection de la population.
« Nou pa ka ranplase Leta » : l’État sommé d’assumer ses responsabilités
Malory Laurent a néanmoins pris soin de distinguer la mission des institutions religieuses des attributions de la puissance publique.
« Nou pa ka ranplase Leta », a-t-il déclaré en créole : nous ne pouvons pas remplacer l’État.
Selon lui, l’Église peut contribuer à prévenir les conflits et à mobiliser la société, mais elle ne dispose ni de la compétence ni de la vocation institutionnelle pour se substituer aux autorités chargées de la sécurité publique.
Le pasteur a rappelé que la sécurité des citoyens constituait une responsabilité fondamentale des autorités publiques.
Qui doit répondre des massacres ? Qui protège les familles expulsées de leurs quartiers par la violence ? Qui assume la responsabilité des populations contraintes de quitter leurs maisons ?
Le prédicateur a multiplié ces interrogations, exigeant que les autorités répondent de leur action face aux souffrances de la population.
« Kote prezidan ? Kote responsab yo ? » : l’interpellation des dirigeants
Le religieux s’est également interrogé sur l’absence des responsables institutionnels et communautaires face à la crise.
« Kote prezidan ? Kote responsab yo ? », a-t-il lancé, demandant où se trouvent les dirigeants et les personnes investies de responsabilités publiques.
Son intervention a également évoqué les victimes de massacres, les personnes déplacées et les familles abandonnées à leur sort.
Malory Laurent a réclamé une clarification des responsabilités. Il a insisté sur la nécessité d’identifier les autorités chargées de la sécurité et de déterminer les obligations qui leur incombent face aux crimes commis contre la population.
Son argumentation distingue ainsi la responsabilité directe des auteurs de violences de celle des institutions publiques chargées de prévenir les infractions, de protéger les citoyens et de garantir l’accès à la justice.
« L’Église ne parle pas. L’Église peut parler »
Le pasteur a également interpellé les institutions religieuses, auxquelles il reproche leur silence face aux souffrances de la population.
« L’Église ne parle pas. L’Église peut parler », a-t-il déclaré.
Son appel vise notamment les pasteurs, les évêques, les évangélistes, les apôtres et les autres responsables spirituels.
Il les a invités à dépasser leurs divisions pour défendre collectivement la vie humaine et la sécurité des communautés.
Malory Laurent n’a toutefois pas proposé que l’Église exerce directement les fonctions de gouvernement. Son intervention distingue le rôle d’interpellation des institutions religieuses des compétences qui appartiennent à l’État.
« La vengeance produit la violence » : un appel à la justice
Le pasteur a consacré une partie de son discours à la nécessité de restaurer la justice.
Il a opposé celle-ci à la vengeance, avertissant que cette dernière entretient la violence.
« La vengeance produit la violence », a-t-il affirmé.
Pour Malory Laurent, la réponse aux massacres et aux assassinats ne saurait reposer sur une succession de représailles. Elle doit passer par la justice et par la responsabilité des institutions.
L’exigence de sécurité se double ainsi d’une demande de réparation et de sanction des infractions dans le cadre légal, sans légitimation de la justice privée.
« Tout le monde est candidat ! » : le pasteur interpelle la classe politique
Malory Laurent a ensuite abordé la multiplication des ambitions politiques.
« Tout le monde est candidat. Tout le monde candidat », a-t-il lancé, évoquant notamment les prétendants à la présidence et les responsables engagés dans la conquête du pouvoir.
Le prédicateur a opposé cette dynamique à la nécessité de réunir les différentes composantes de la société autour de préoccupations communes.
Son intervention ne contient toutefois ni annonce de candidature personnelle ni présentation d’un programme électoral détaillé.
Le rassemblement qu’il réclame se présente, dans le transcript, comme une démarche collective destinée à dépasser les rivalités politiques et les divisions institutionnelles.
« Rassemblement ! Rassemblement ! » : l’appel lancé à la diaspora
Le mot revient à plusieurs reprises au cours de son intervention.
« Rassemblement. Rassemblement », insiste le religieux.
Son appel s’adresse aux Haïtiens de l’intérieur et de la diaspora, mais également aux responsables religieux, aux acteurs économiques et aux différentes composantes de la société civile.
Le pasteur invite ces secteurs à dépasser leurs divergences afin de contribuer à la protection des populations et à la reconstruction d’un cadre collectif d’action.
Il appelle en particulier les dirigeants religieux à ne plus faire de leurs différences confessionnelles un obstacle à une intervention commune sur les questions de sécurité et de justice.
Les modalités de ce rassemblement, son éventuelle structure organisationnelle et ses responsables n’ont pas été précisés dans les passages intelligibles du transcript.
Analyse | Un appel religieux aux implications politiques
Le discours prononcé mardi à Salvation Church articule trois préoccupations distinctes : la protection des populations haïtiennes, la responsabilité des institutions publiques et la mobilisation des forces religieuses et communautaires.
La thèse défendue par Malory Laurent sur une entreprise d’élimination des populations noires constitue l’interprétation historique et politique du prédicateur. Elle doit être distinguée des crimes, des déplacements et des autres violences qu’il dénonce, lesquels nécessitent chacun une documentation factuelle et judiciaire appropriée.
Son appel au rassemblement introduit également une interrogation sur la place des organisations religieuses dans la vie publique : peuvent-elles construire une mobilisation civique commune sans se substituer aux institutions constitutionnelles ni devenir elles-mêmes des instruments de compétition politique ?
Malory Laurent a posé une limite à cette mobilisation en rappelant que l’Église ne pouvait remplacer l’État. Il n’a cependant pas détaillé les mécanismes par lesquels le rassemblement envisagé pourrait contribuer à améliorer la protection des citoyens.
Entre dénonciation des violences, exigence de justice et appel à l’unité, l’intervention du 15 septembre ouvre ainsi un débat sur les responsabilités respectives de l’État, des institutions religieuses et de la diaspora face à la crise haïtienne qui n’a que trop duré.
cba

