20 septembre 2026
Haïti–Etats-Unis | Deux départs, deux traitements : tapis rouge et honneurs militaires pour Fils-Aimé, menottes et chaînes pour Badio, ami de l’ex-PM Ariel Henry
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Haïti–Etats-Unis | Deux départs, deux traitements : tapis rouge et honneurs militaires pour Fils-Aimé, menottes et chaînes pour Badio, ami de l’ex-PM Ariel Henry

L’Edito du Rezo

PORT-AU-PRINCE, dimanche 20 septembre 2026 — Deux avions, deux destinations américaines, deux traitements radicalement différents. Le Premier ministre de doublure, Alix Didier Fils-Aimé, quitte Haïti pour New York, tandis que Joseph Félix Badio, présenté comme un ami personnel de l’ancien Premier ministre Ariel Henry, et 17 ressortissants colombiens sont transférés à Miami dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse. Une coïncidence de calendrier qui remet au premier plan les ambitions diplomatiques du gouvernement et les défaillances de l’appareil judiciaire haïtien.

D’un côté, le tapis rouge et les honneurs militaires. Alix Didier Fils-Aimé quitte le territoire national pour participer à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. La Primature annonce une succession de rencontres bilatérales consacrées à la sécurité, aux élections et au renforcement de la coopération internationale. Un vocabulaire diplomatique abondamment employé, mais dont les résultats doivent encore être appréciés à l’aune des engagements effectivement obtenus. Combien de déplacements, de déclarations et de communiqués faudra-t-il avant que les citoyens puissent mesurer les retombées de cette activité diplomatique ?

De l’autre, les menottes, les entraves et l’escorte armée. Joseph Félix Badio, ancien fonctionnaire haïtien mis en cause dans l’assassinat de Jovenel Moïse, est transféré aux États-Unis avec 17 Colombiens. Selon le Miami Herald, les 18 hommes ont été acheminés à Miami, où doit se poursuivre la procédure judiciaire fédérale. Leur transfert ne constitue cependant ni une déclaration de culpabilité ni la clôture de l’ensemble des investigations relatives à cet assassinat.

Un dossier judiciaire qui quitte Haïti, mais des responsabilités encore à établir. Plus de cinq ans après l’assassinat du président, survenu le 7 juillet 2021, le transfert de ces 18 inculpés interroge la capacité des juridictions haïtiennes à mener jusqu’à son terme une procédure pénale d’une telle complexité. Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), a qualifié cette opération de déshonneur pour le système judiciaire haïtien, selon Reuters. Mais les poursuites engagées à Miami dispensent-elles les autorités haïtiennes de poursuivre leurs propres investigations ? Quel avenir pour les ordonnances, les convocations et les actes d’instruction déjà accomplis ? Le transfert de Badio et des Colombiens constitue-t-il une avancée judiciaire ou consacre-t-il les difficultés de la justice nationale à exercer pleinement ses compétences ?

Deux départs, une même journée et une interrogation institutionnelle : Haïti pourra-t-elle obtenir des autorités judiciaires américaines les éléments nécessaires à la manifestation de la vérité, sans renoncer à ses prérogatives juridictionnelles ? La coopération internationale peut faciliter l’administration de la preuve et la poursuite des personnes mises en cause ; elle ne saurait dispenser l’État haïtien de ses obligations envers les victimes. Au-delà du cérémonial réservé au Premier ministre et des images des détenus sous escorte, une exigence demeure : établir les responsabilités pénales, garantir les droits de la défense et permettre aux familles des victimes d’accéder à une justice indépendante.

Images des détenus embarquant à bord d’un avion à destination de Miami, aux États-Unis. Source : Miami Herald.

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