PORT-AU-PRINCE, dimanche 20 septembre 2026 — De Saint-Kitts-et-Nevis à New York, le vocabulaire diplomatique de la Primature présente une remarquable continuité. Le 25 février 2026, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé rencontrait le secrétaire d’État américain Marco Rubio autour d’une coopération « orientée vers des résultats concrets », axée sur la sécurité, la stabilité institutionnelle et l’organisation d’élections crédibles.
Près de sept mois plus tard, le communiqué annonçant sa participation à la 81e Assemblée générale des Nations unies reprend les mêmes priorités, auxquelles s’ajoutent la relance économique et la résilience nationale. António Guterres, António Costa, William Ruto et Mark Carney figurent parmi les personnalités que le chef du gouvernement doit rencontrer. Le programme diplomatique s’élargit, mais les engagements obtenus lors des précédentes rencontres ne font l’objet d’aucun bilan comparatif dans le nouveau communiqué. Quels résultats vérifiables ont découlé des discussions de février ? Quels accords nouveaux seront négociés à New York ?
Une diplomatie aux multiples interlocuteurs, des retombées encore indéterminées. La Primature annonce également des entretiens avec le président mongol Ukhnaa Khurelsukh, le Premier ministre rwandais Justin Nsengiyumva, la directrice générale de l’Organisation internationale pour les migrations, Amy Pope, ainsi qu’avec des représentants du Bangladesh et de l’Organisation internationale de la Francophonie. Fils-Aimé participera au colloque « Sécurité – Élections – Religion pour la paix et la stabilité », au sommet « De la crise à la relance : repenser l’aide internationale en faveur d’Haïti », organisé avec Chatham House et Global Canada, ainsi qu’aux échanges de l’initiative Rising Nations et du Centre mondial des Nations unies pour la mobilité climatique. Une rencontre avec la diaspora de New York et des représentants de la Clinton Foundation complète cet agenda. Pourtant, aucun accord destiné à être signé, aucun financement attendu et aucun calendrier d’exécution ne sont précisés. La multiplication des audiences internationales constitue une activité diplomatique ; elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’obtention de nouveaux engagements.
La propagande des communiqués face aux réalités du terrain. Le gouvernement affirme vouloir « porter la voix d’Haïti » et mobiliser un appui international mieux coordonné. Mais cette communication institutionnelle devra être confrontée aux indicateurs humanitaires. Le 18 septembre, les Nations unies faisaient état d’environ 1,5 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays, dont la moitié étaient des enfants, et d’une insécurité alimentaire touchant près de la moitié de la population. Le secteur de la nutrition, nécessitant 41 millions de dollars, n’avait reçu que 7,5 millions, soit moins de 20 % des besoins financiers identifiés.
Quels financements Fils-Aimé entend-il obtenir pour combler ces déficits ? Quelles mesures seront négociées pour faciliter le retour des déplacés, rétablir la circulation sur les axes routiers et renforcer les services publics ? Les photographies officielles et les déclarations conjointes pourront documenter les rencontres ; seuls les engagements exécutés permettront d’en apprécier les effets sur les conditions de vie.
Sécurité et élections : les deux promesses de Saint-Kitts reviennent à New York. En février, la Primature annonçait déjà des discussions avec Marco Rubio sur le renforcement des capacités opérationnelles des forces nationales, les équipements stratégiques et l’appui au déploiement de la Force de répression des gangs.
En septembre, ces objectifs réapparaissent dans le programme new-yorkais, notamment à travers les entretiens annoncés avec William Ruto et António Guterres. À moins de trois mois du premier tour électoral fixé au 13 décembre 2026, quelles garanties concrètes le gouvernement pourra-t-il présenter concernant la sécurité des électeurs, le fonctionnement des centres de vote et l’accessibilité des territoires sous l’emprise des groupes armés ? Le communiqué ne fournit aucun état d’avancement des opérations électorales. Une nouvelle promesse de coopération internationale suffira-t-elle à répondre aux exigences matérielles, administratives et sécuritaires d’un scrutin national ?
Sept mois plus tard, une comparaison que la Primature ne propose pas. Le communiqué du 25 février présentait la rencontre avec Marco Rubio comme une étape du renforcement du partenariat haïtiano-américain. Celui du 20 septembre annonce une nouvelle mobilisation internationale fondée sur la souveraineté, la responsabilité partagée et des « résultats concrets au bénéfice du peuple haïtien ». Entre ces deux communications, quels engagements ont effectivement été honorés ? Quels équipements ont été livrés ? Quels financements ont été décaissés et quelles opérations ont été achevées ? Le nouveau document ne répond pas à ces interrogations. Il ne communique pas davantage la date du départ de Fils-Aimé, la durée de son séjour, la composition de sa délégation ou le coût prévisionnel de la mission. Une reddition de comptes permettrait de distinguer les résultats hérités des précédentes négociations des engagements supplémentaires éventuellement obtenus à New York.
Et Haïti dans tout cela ? De Saint-Kitts à New York, les mêmes formulations traversent les communiqués officiels. La nouveauté ne résidera ni dans la liste des personnalités rencontrées ni dans la répétition des objectifs annoncés, mais dans la publication de réalisations vérifiables. Faute d’un tel bilan, la diplomatie restera décrite à travers ses intentions, sans que ses retombées puissent être établies.

