PORT-AU-PRINCE, 5 septembre 2026 — Chaque week-end semble désormais apporter son lot de crimes en Haïti, où Alix Didier Fils-Aimé exerce seul la direction de l’Exécutif depuis le 7 février 2026, après l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition. Samedi soir, une vidéo d’une violence extrême, largement diffusée sur les réseaux sociaux, a montré plusieurs hommes se présentant comme membres du gang 400 Mawozo s’acharnant à coups de machette sur une jeune femme avant de la démembrer.
La séquence, longue de plusieurs minutes, a rapidement circulé sur des comptes et canaux haïtiens. Des publications attribuent la participation à des individus présentés comme affiliés à 400 Mawozo, tandis que d’autres avancent qu’une personne surnommée « Nice-B » aurait conduit la victime auprès des hommes armés. À cette heure, ces identifications n’ont pas été publiquement confirmées par la Police nationale d’Haïti ni par une autorité judiciaire — des institutions dont la réponse pénale demeure, dans de nombreux dossiers de violences attribuées aux gangs, désespérément absente.
Une autre version diffusée sur les réseaux sociaux affirme que la jeune femme aurait été enceinte. Le dossier s’inscrit néanmoins dans une histoire criminelle abondamment documentée. Les Nations unies ont attribué à des membres de 400 Mawozo des meurtres, mutilations, enlèvements, violences sexuelles et attaques contre des civils. Malgré les ressources considérables mobilisées par les autorités haïtiennes et le recours à des dispositifs sécuritaires étrangers, les principaux dirigeants de cette organisation continuent d’opérer. Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », demeure identifié par le Conseil de sécurité des Nations unies comme le chef de 400 Mawozo.
La diffusion publique de scènes de mutilation dépasse la seule documentation d’un homicide présumé. Elle s’inscrit également dans une stratégie de terreur : exposer le corps de la victime, exhiber la violence et transformer l’exécution en avertissement destiné à l’ensemble de la population. Au regard du droit pénal et des instruments internationaux de protection de la personne humaine, de tels actes sont susceptibles d’engager la responsabilité individuelle des auteurs matériels, de leurs complices ainsi que, lorsque les éléments de preuve le permettent, de ceux qui les auraient ordonnés, facilités ou encouragés.
La vidéo de samedi ajoute ainsi un nouvel épisode à une succession de massacres, d’enlèvements, d’exécutions et de mutilations qui rythment l’actualité nationale. Après chaque séquence, les mêmes interrogations demeurent : qui enquête ? Qui identifie les auteurs ? Qui préserve les éléments de preuve ? Combien de procédures aboutissent effectivement devant une juridiction ? Et combien de victimes disparaissent de l’actualité avant même que leur dossier n’entre dans un cabinet d’instruction ?
Le démembrement présumé de cette jeune femme apparaît, à ce titre, comme un crime de trop. Non parce qu’il serait juridiquement distinct des atrocités qui l’ont précédé, mais parce qu’il démontre jusqu’où peut conduire l’impunité lorsque les groupes armés produisent eux-mêmes les images de leurs crimes, en organisent la diffusion et transforment la terreur en instrument de domination territoriale.
Une autre interrogation devient désormais impossible à éluder : que promettent les gangs pour le jour des élections que le gouvernement Fils-Aimé s’efforce de maintenir au calendrier ? Le pouvoir a-t-il oublié le 29 novembre 1987, lorsque des hommes armés attaquèrent des centres de vote, abattirent des électeurs venus exercer leur droit de suffrage et contraignirent le Conseil électoral provisoire à interrompre le scrutin quelques heures après son ouverture ?

