12 septembre 2026
Haïti : Briser les monopoles et oligopoles qui asphyxient son économie 
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Haïti : Briser les monopoles et oligopoles qui asphyxient son économie 

L’économie haïtienne est prisonnière d’une structure oligarchique où un nombre restreint  d’acteurs privés contrôlent les secteurs vitaux : transport, télécommunications, carburant et  importation alimentaire. Ces concentrations de pouvoir, dénoncées de longue date, s’appuient  souvent sur l’insécurité généralisée et, selon de multiples témoignages et analyses, sur des  arrangements avec des groupes armés qui verrouillent les axes stratégiques. Le résultat est une  économie captive, des prix artificiellement élevés, une concurrence étouffée et une population  privée d’accès équitable aux biens essentiels. Haïti a besoin d’hommes et de femmes de  caractère pour restaurer la justice et combattre l’impunité qui permet à ces pratiques de  perdurer. 

Le Grand Sud et le transport maritime : un accès verrouillé 

Le Grand Sud est isolé par le contrôle des routes terrestres, notamment la Route nationale 2,  où des gangs imposent des postes de contrôle illégaux, des « droits de passage » et des  extorsions systématiques sur les camions et voyageurs. Des rapports des Nations unies et  d’organisations internationales documentent comment ces groupes ont consolidé leur emprise  sur les corridors de transport, les ports et les zones côtières, générant des revenus massifs via  l’extorsion de marchandises. 

Dans ce contexte, des acteurs privés sont accusés d’avoir consolidé un oligopole sur le  transport maritime. Steeve Khawly et ses alliés sont pointés du doigt pour bloquer l’accès  terrestre au Grand Sud en s’appuyant, selon des dénonciations publiques et des reportages, sur  des groupes armés, tout en dominant les flux maritimes. Cette configuration transforme le  chaos sécuritaire en avantage concurrentiel : les alternatives terrestres étant dangereuses ou  impraticables, le transport par mer devient quasi obligatoire et concentré entre les mains d’un  petit cercle. Les opérateurs indépendants et les petits commerçants du Sud en paient le prix :  coûts exorbitants, retards et dépendance. Briser ce verrouillage exige non seulement de  sécuriser les routes, mais aussi d’ouvrir réellement le secteur maritime à une concurrence  transparente et régulée. 

Télécommunications : un duopole de fait 

Digicel et Natcom dominent à eux seuls le marché haïtien des télécommunications. Digicel  détient une part majoritaire des abonnés mobiles (souvent estimée à plus des deux tiers),  tandis que Natcom, héritière d’infrastructures publiques privatisées et joint-venture avec un  partenaire étranger, contrôle une part significative de la fibre et de l’internet fixe. 

Cette concentration limite l’innovation, maintient des tarifs élevés par rapport à la qualité de  service et décourage l’entrée de nouveaux opérateurs. Les tentatives d’ouverture se heurtent à  des obstacles réglementaires, administratifs et politiques. Dans un pays où le mobile est le  principal accès à l’information, aux services financiers et à la communication, ce duopole  freine le développement économique et renforce les inégalités d’accès. Une régulation  indépendante et forte, avec attribution transparente de licences et fréquences, est  indispensable pour introduire une véritable concurrence.

Transport aérien : Sunrise Airways et l’aéroport sous tension 

Philippe Bayard, via Sunrise Airways, occupe une position dominante sur le transport aérien  intérieur et une partie des liaisons régionales. Alors que les routes terrestres sont contrôlées  par les gangs et que l’aéroport Toussaint Louverture a été régulièrement perturbé par des tirs  et l’insécurité (poussant des compagnies internationales à suspendre leurs vols), Sunrise s’est  imposée comme quasi-unique option domestique. 

Des critiques insistent sur le fait que l’insécurité, loin d’être uniquement subie, a consolidé cet  oligopole : prix élevés, capacité limitée des appareils, plaintes récurrentes sur la qualité de  service et accusations de freiner l’arrivée de concurrents. Des organisations de défense des  droits ont même appelé à une régulation stricte du marché aérien, pointant des soupçons de  favoritisme. L’État a parfois apporté un soutien (garanties d’assurance liées aux risques  sécuritaires), mais cela n’a pas toujours traduit en tarifs plus accessibles pour la population.  Rouvrir le ciel à une concurrence loyale, sécuriser les aéroports et imposer des standards de  service sont des impératifs. 

Pétrole et carburant : concentration et vulnérabilité 

Bandari (Bandari Corporation / Bandari Haïti) et DINASA font partie des principaux acteurs  du secteur pétrolier. Bandari a repris le réseau de stations Total en 2018 ; DINASA est un  distributeur majeur. Le terminal de Varreux, point névralgique pour une grande partie du  carburant du pays, a été à plusieurs reprises bloqué ou soumis à l’extorsion de gangs,  provoquant des pénuries dramatiques. 

Même si plusieurs compagnies opèrent (DNC et d’autres), la concentration et les  dysfonctionnements – refus de bons de carburant prépayés, pratiques commerciales  contestées, pertes massives pour l’État liées aux subventions et aux irrégularités – alimentent les accusations de contrôle excessif. Les gangs ont instrumentalisé le carburant comme levier  de pression et de financement. Une réforme du secteur, avec plus de transparence sur les  importations, la distribution et les relations avec l’État, est urgente pour éviter que le pétrole  reste un outil de prédation économique. 

Importation alimentaire et le Grand Nord : conteneurs, frontière et «  droits de passage » 

Gérard Cassis et un cercle d’oligarques sont accusés, dans des dénonciations publiques et  enquêtes journalistiques, de s’être associés à des gangs pour sécuriser le passage vers le Grand  Nord et d’importer massivement (autour de 200 conteneurs mensuels selon certaines  allégations, voire davantage selon d’autres sources) des produits alimentaires via Cassis  Frères S.A., en provenance notamment de la République dominicaine, tout en entravant les  concurrents. 

Cassis Frères est un importateur historique important de denrées alimentaires et d’épicerie.  Les gangs contrôlent effectivement des portions stratégiques des routes vers le Nord et les  postes frontaliers, imposant des taxes illégales sur les conteneurs (estimées à des milliers de  dollars par unité selon des rapports internationaux). Cette situation crée un environnement où  seuls les acteurs disposant de moyens et de réseaux peuvent circuler, consolidant des positions 

dominantes sur l’approvisionnement alimentaire. Le coût est supporté par les consommateurs  : prix élevés, pénuries localisées et dépendance accrue. 

Un appel à la rupture 

Ces situations – transport maritime et terrestre du Sud, télécoms, aviation, pétrole, importation  alimentaire – ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une logique plus large où l’insécurité  devient un outil économique et où l’impunité protège les positions acquises. Les rapports  onusiens et les analyses indépendantes confirment le rôle central des gangs dans le contrôle  des axes économiques et l’extorsion généralisée. Les allégations de collusion directe entre  certains acteurs privés et groupes armés circulent largement et méritent des enquêtes  judiciaires indépendantes, transparentes et sans interférence politique. 

Haïti ne se relèvera pas tant que ces monopoles et oligopoles ne seront pas démantelés. Cela  exige une justice renforcée, capable de poursuivre sans distinction d’influence ; une régulation  économique indépendante qui ouvre réellement les marchés ; une sécurisation des  infrastructures critiques sans arranger les intérêts particuliers ; et une volonté politique de  mettre fin à l’impunité. Des femmes et des hommes de caractère, libres de toute allégeance  oligarchique ou criminelle, doivent prendre le relais. Sans cela, l’économie restera verrouillée,  la population captive, et le pays condamné à la stagnation et à la violence. Le temps de la  rupture est venu.

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