11 septembre 2026
Amalgames, dispositions liberticides, poursuites baillons : plaidoyer pour l’abrogation du décret portant sur la diffamation
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Amalgames, dispositions liberticides, poursuites baillons : plaidoyer pour l’abrogation du décret portant sur la diffamation

Unanimes à reconnaître le caractère illégal, liberticide, antidémocratique du «décret encadrant l’exercice de la liberté d’expression, portant prévention et répression des délits de diffamation», journalistes, avocats, éducateurs en droits humains appellent au report, à l’abrogation du document concocté par le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement.

À l’initiative du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), deux matinées de réflexion et d’échange sur les conséquences des décrets de décembre 2025 sur l’espace civique haïtien et la lutte contre la corruption ont été lancées le jeudi 10 septembre au local de l’organisation, à la ruelle Rivière. La première journée consacrée à l’analyse du «décret encadrant l’exercice de la liberté d’expression, portant prévention et répression de délits de diffamation et de la presse» a été l’occasion pour le journaliste Godson Pierre de dénoncer une démarche des pouvoirs publics d’instaurer «une société du silence» en Haïti. 

Le directeur général du Groupe média alternatif met en avant l’article 6 du décret qui fragilise le travail du journaliste. Godson Pierre évoque un risque d’informer sur ce qui dérange, tout en rappelant que le rôle du journaliste est de révéler les pratiques de corruption, des abus de pouvoir, des dysfonctionnements des institutions publiques, entre autres. Face à cet état de fait, les enquêtes de fond, les investigations sur les cas de malversation, les sujets sensibles risquent de disparaitre dans l’agenda des médias et un excès de prudence dans le traitement des informations entend priver le public des éléments essentiels.

Dans ses approches, l’éducatrice en droits humains, Colette Lespinasse, a fait un survol sur l’histoire de la presse haïtienne au tournant des années de dictature des Duvalier. Témoin des moments forts de turbulences politiques et des luttes démocratiques post-duvaliéristes, elle y voit un recul dans les combats déjà acquis. Le décret portant sur l’encadrement de la liberté et la répression de la diffamation et délits de presse ne vise pas accompagner la presse. Avec le caractère exclusif du document, l’impunité totale est accordée aux autorités tandis que le reste de la population est resté sans option de recours.

Dans les prémices de son exposé, l’avocat et professeur à l’université Chenet Jean-Baptiste tient à saluer la mémoire de Joseph Willard Vancol, directeur de Radio Ti-Boukan, assassiné par le gang «103 Zombies» à Gressier. À propos du décret, il y décèle des amalgames, des dispositions liberticides et des poursuites baillons. Sans détour, le directeur exécutif de l’Institut de technologie et d’animation (ITECA) dénonce le silence complice des partis politiques qui ont endossé le CPT dans ses dérives autoritaires. C’est un encadrement excessif qui bafoue la liberté d’expression. En pénalisant la diffamation criminelle et en envisageant l’indemnisation qui renvoie au délit civil, une double épée de Damoclès menace la presse, dit-il. Pour noyer le poisson, les tenants du décret pratiquent l’amalgame  en prévoyant des sanctions contre l’injure ou la diffamation envers les héros de l’indépendance, dont Jean-Jacques Dessalines. 

Hervé Noël 

vevenoel@gmail.com

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