19 août 2026
« Sans nous, aucune musique ne serait possible sur cette planète » : Angélique Kidjo entre dans l’histoire à Hollywood
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« Sans nous, aucune musique ne serait possible sur cette planète » : Angélique Kidjo entre dans l’histoire à Hollywood

« Sans nous, aucune musique ne serait possible sur cette planète » : Angélique Kidjo entre dans l’histoire à Hollywood

LOS ANGELES — Une étoile africaine est désormais inscrite dans le terrazzo d’Hollywood Boulevard. Angélique Kidjo est devenue, mardi 18 août 2026, la première musicienne africaine et la première artiste noire africaine à recevoir une étoile sur le Hollywood Walk of Fame, selon la Chambre de commerce d’Hollywood. La chanteuse franco-béninoise de 66 ans a reçu la 2 854e étoile, attribuée dans la catégorie « Recording », au 7011 Hollywood Boulevard. L’acteur Willem Dafoe et Harvey Mason Jr., président-directeur général de la Recording Academy, figuraient parmi les invités de la cérémonie.

Le moment a pris une dimension dépassant largement la consécration individuelle. « Nous, les Africains, nous ne savons pas ce que nous avons apporté au monde », a déclaré Kidjo devant le public avant d’ajouter : « Sans nous, aucune musique ne serait possible sur cette planète. »

La formule, volontairement absolue, appartient au registre de la proclamation artistique. Elle renvoie néanmoins à une réalité historique abondamment documentée : les traditions musicales africaines et afro-diasporiques ont profondément participé à la formation du blues, du jazz, du gospel, puis du rhythm and blues, de la soul, du rock et du hip-hop. La Library of Congress décrit ainsi l’influence de la chanson afro-américaine comme une composante majeure de la culture musicale des États-Unis, tandis que le Smithsonian établit des filiations précises entre certaines esthétiques musicales ouest-africaines et les formes anciennes du blues.

Une carrière de plus de quarante ans

Née au Bénin, nourrie des traditions fon et yoruba autant que du jazz, de la funk, de la salsa et des musiques populaires occidentales, Angélique Kidjo a construit depuis plus de quatre décennies une œuvre fondée sur la circulation des langages musicaux. Son répertoire refuse la frontière entre « musique africaine » et « musique internationale » : elle a revisité aussi bien les Talking Heads que des compositions issues du patrimoine européen et collaboré avec Carlos Santana, Peter Gabriel, Herbie Hancock, Tina Turner, Ibrahim Maalouf, Burna Boy ou Davido.

Sa trajectoire est également consacrée par l’industrie musicale américaine. La Recording Academy lui attribue cinq Grammy Awards pour seize nominations, avec notamment des victoires pour Djin Djin, Eve, Sings, Celia et Mother Nature.

L’institution hollywoodienne estime pour sa part qu’elle a contribué, au cours de sa carrière, à ouvrir des espaces internationaux à plusieurs générations d’artistes africains, à une époque où les musiques issues du continent occupent une place croissante dans les marchés mondiaux.

Hollywood reconnaît tardivement une géographie musicale longtemps périphérisée

L’étoile de Kidjo possède, à cet égard, une valeur institutionnelle particulière. Le Walk of Fame existe depuis 1960 et demeure l’un des dispositifs symboliques les plus visibles de l’industrie américaine du divertissement. Qu’il ait fallu attendre 2026 pour qu’une musicienne africaine y soit officiellement distinguée indique aussi le décalage historique entre l’influence culturelle du continent et sa représentation au sein de certaines institutions occidentales de consécration. La reconnaissance intervient précisément au moment où Afrobeats, amapiano et d’autres esthétiques africaines circulent avec une puissance commerciale et culturelle sans précédent hors du continent. La Chambre de commerce d’Hollywood elle-même situe l’hommage à Kidjo dans cette expansion contemporaine de la musique africaine.

La portée de son œuvre ne s’arrête pas aux studios. Ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF depuis 2002, Kidjo intervient depuis plus de vingt ans sur l’éducation des filles, les droits des enfants et plusieurs enjeux sociaux en Afrique. Elle a également créé la Fondation Batonga, consacrée notamment à l’éducation et à l’autonomisation des jeunes femmes africaines. Cette articulation entre création, transmission culturelle et engagement explique en partie pourquoi son étoile peut être interprétée comme autre chose qu’une distinction de carrière.

Angélique Kidjo l’avait d’ailleurs annoncé au moment où son nom avait été retenu pour la promotion 2026 : elle était convaincue de ne pas rester la dernière Africaine à recevoir cet honneur. Désormais gravé sur Hollywood Boulevard, son nom raconte aussi une circulation historique : celle de rythmes partis du continent, transformés par les migrations et les diasporas, puis réappropriés par les industries musicales mondiales. L’étoile appartient à Kidjo ; le symbole, lui, regarde vers l’Afrique et vers ceux qui viendront après elle.

Photo : Angélique Kidjo lors de l’inauguration de son étoile sur le Hollywood Walk of Fame, le 18 août 2026, à Los Angeles. Images AFP/Getty Images.

Walk of Fame

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