Par Me Louimann MACÉUS
Gouverner n’est pas un privilège d’impunité, mais un mandat de protection. Pourtant, le constat actuel est sans appel. Les autorités de facto érigent la mauvaise gouvernance en système de gestion publique. Loin d’être de simples erreurs de parcours, les décisions prises ou délibérément omises, constituent une violation directe, continue et flagrante des droits humains les plus élémentaires.
Les constats de la faillite étatique
L’État s’est dépouillé de ses fonctions régaliennes, abandonnant les citoyens à leur sort. Une sécurité inexistante dans lequel les quartiers populaires et les grands axes routiers sont abandonnés aux mains de groupes criminels armés.
Une justice paralysée où l’appareil judiciaire s’effondre sous le poids de la corruption et de l’inaction. Le droit à la liberté et à un procès équitable n’est plus qu’une illusion lointaine. Ajouté aux différentes crises sociales récurrentes, le système de santé public est moribond. Les écoles, remparts de l’avenir, ferment leurs portes sous la menace des armes.
Des chiffres qui crient l’urgence humaine
Derrière l’inertie gouvernementale se cachent des tragédies humaines quantifiables et intolérables :
Plus de 80 % de la région métropolitaine de Port-au-Prince subit la loi et la terreur des gangs armés. Plus de 1.4 millions de citoyens sont transformés en déplacés internes, entassés dans des camps de fortune, privés de dignité, de l’eau et de nourriture.
Environ 5.4 millions de personnes sont plongées dans une insécurité alimentaire aiguë, frôlant une famine sans précédent Plus de 85 % des détenus s’entassent dans des prisons surpeuplées sous le régime de la détention préventive prolongée, s’apparentant à de la torture institutionnelle.
Une stratégie délibérée du pourrissement
Le gouvernement de facto agit sciemment. Ce silence complice et cette inertie calculée répondent à des objectifs politiques précis :
D’abord pour étouffer la dissidence. Une population terrorisée, affamée et déplacée n’a plus la force d’exercer ses droits civiques et politiques, ni de manifester pour réclamer des comptes. En second temps pour pérenniser le pouvoir sans contrôle. L’absence d’institutions démocratiques fonctionnelles et de parlement permet de régner par décrets, hors de tout cadre légal et constitutionnel. Et en dernier lieu pour garantir l’impunité. En neutralisant l’indépendance de la magistrature et les organes de lutte contre la corruption, les dirigeants s’assurent que leurs actes resteront sans suite judiciaire.
Donc, un fait est que le respect des droits humains n’est pas négociable. Tolérer cette gouvernance par le vide équivaut à se rendre complice de la destruction du tissu social et juridique de la nation. Face à un pouvoir de facto qui bafoue sciemment ses obligations, la résistance du droit et le réveil de la conscience collective ne sont plus des options, mais des devoirs impérieux.
Me. Louimann MACÉUS, Av
Président ECCREDHH- Human rights organizations.
Membre Amnesty International.
Formation Spécialisée en Droits Humains & Droit Int Humanitaire (CUHD/Genève).
Formation Spécialisée en Politique Publique des Droits Humains a IPPDH/OEA/MERCSUR/CIDH)
Ex-Point Focal OSI-HAITI (Objectifs Sciences internationales)

