17 août 2026
OEA – Haïti : Albert Ramdin revient, la cinquième fois n’est pas toujours la bonne
Actualités Opinions Politique

OEA – Haïti : Albert Ramdin revient, la cinquième fois n’est pas toujours la bonne

On s’interrogeait hier sur ce que produirait réellement la mission de quatre jours entamée par le Secrétaire général de l’Organisation des États américains en Haïti. Un premier élément de réponse est arrivé plus vite que prévu, et il n’est guère encourageant : ce n’est pas la première fois qu’Albert Ramdin se déplace ainsi jusqu’à Port-au-Prince, loin s’en faut, et le simple fait de reconstituer la chronologie de ses visites précédentes suffit à mesurer l’ampleur du problème que ce journal dénonçait dès hier.

En juillet 2025, Albert Ramdin s’entretenait déjà avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé autour des grands enjeux de sécurité et de gouvernance électorale, saluant la volonté politique du gouvernement haïtien et réaffirmant l’engagement indéfectible de l’organisation, articulé autour de cinq piliers : gouvernance, assistance humanitaire, sécurité, processus électoral et développement durable. En décembre de la même année, nouvelle rencontre à la Primature, cette fois pour évoquer le renforcement opérationnel des forces nationales et la montée en puissance des dispositifs de neutralisation des groupes armés. En mars 2026, en marge d’une cérémonie d’investiture présidentielle au Chili, les deux hommes se retrouvaient encore, cette fois pour discuter des progrès de la Force de répression des gangs et de l’avancement des préparatifs électoraux. Et voici qu’en ce mois d’août 2026, la même délégation revient, cette fois élargie à des représentants de la CARICOM, des Nations unies et, fait nouveau, du Japon, pour évoquer ( on l’aura deviné ) la sécurité, les élections et le renforcement institutionnel.

Il faut nommer ce que cette répétition révèle, sans céder à un cynisme facile mais sans se voiler la face non plus : un média haïtien indépendant faisait, il y a quelques jours, exactement le même constat que celui que formule aujourd’hui cette chronique, à savoir que si ces différentes missions témoignent bien de l’attention portée par l’organisation à la crise haïtienne, leur impact concret sur l’évolution de la situation demeure, à ce jour, difficilement perceptible. Quatre rencontres officielles en treize mois, portant systématiquement sur les mêmes trois thématiques (sécurité, élections, institutions), sans qu’aucun bilan public détaillé ne vienne jamais mesurer les progrès effectivement réalisés entre chaque étape de ce cycle, ne constituent pas une politique de suivi rigoureuse. Elles constituent, plus probablement, un rituel diplomatique où la régularité des rencontres tient lieu, par défaut, d’indicateur de progrès, alors que la situation sécuritaire du pays, documentée sans relâche dans ces colonnes depuis des semaines, n’a fait que se dégrader sur toute la période concernée par ces quatre visites successives.

Il y a, cette fois, un élément véritablement nouveau qui mérite d’être souligné, précisément parce qu’il tranche avec la répétition du reste du programme : un accord de coopération avec le gouvernement du Japon, portant sur l’amélioration de l’accès aux services sociaux en Haïti. C’est un axe de coopération rarement mis en avant dans les précédentes rencontres, davantage focalisées sur les seules dimensions sécuritaire et électorale, et il pourrait ouvrir une piste utile si les autorités haïtiennes et leurs partenaires internationaux acceptaient enfin de traiter la crise sociale du pays (accès aux soins, à l’éducation, à l’alimentation, documentés tout au long de cette chronique) comme un enjeu aussi structurant que la seule reconquête sécuritaire des territoires occupés par les gangs. Reste à voir si cet accord se traduira par des engagements chiffrés et vérifiables, ou s’il rejoindra, dans quelques mois, la longue liste des annonces de coopération dont le suivi concret échappe, par la suite, à tout contrôle public.

Le Secrétaire général de l’OEA a lui-même reconnu, dans les déclarations rapportées à l’occasion de cette nouvelle visite, que l’objectif de la mission n’était pas simplement de manifester une solidarité, mais de contribuer à l’obtention de résultats concrets. C’est très exactement la bonne formulation de l’exigence à laquelle cette mission devrait être tenue. Mais une formulation qui, en creux, admet que les précédentes rencontres n’ont, jusqu’ici, pas suffisamment rempli cette promesse. Une conférence de presse est prévue le 19 août, au terme de cette visite. Ce sera l’occasion, pour la presse haïtienne comme pour cette chronique, de vérifier si les déclarations qui en sortiront s’accompagnent, cette fois, d’engagements datés, chiffrés et vérifiables, plutôt que de la même formule bienveillante sur l’engagement indéfectible de l’organisation, déjà entendue, presque mot pour mot, en juillet 2025, en décembre 2025 et en mars 2026.

Un partenaire international qui revient, année après année, discuter des mêmes trois priorités sans jamais publier de bilan comparatif entre chaque visite, finit par se rendre complice, malgré lui, de l’inertie qu’il prétend combattre. Ce n’est pas la fréquence des rencontres entre Albert Ramdin et les autorités haïtiennes qui devrait servir de baromètre du soutien international à Haïti, mais l’écart, mesuré et rendu public, entre ce qui a été promis lors d’une visite et ce qui a effectivement été accompli avant la suivante. Tant que cet écart ne sera pas documenté avec la même rigueur que celle que ce journal s’efforce d’appliquer, chaque nouvelle visite du Secrétaire général de l’OEA continuera de ressembler, un peu plus, à la précédente. Et le pays, lui, continuera d’attendre les résultats concrets que quatre rencontres successives n’ont, à ce jour, pas suffi à produire.

Jean Clyde Desroseaux

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.