18 août 2026
Le « service complet » de Albert Randim à Fils-Aimé 
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Le « service complet » de Albert Randim à Fils-Aimé 

Avec son troisième message publié ce 17 août 2026 sur son compte personnel X  (@SG_OEA_OAS), le secrétaire général de l’Organisation des États américains, Albert  Ramdin, ne se contente plus d’une posture diplomatique distante. Il livre un soutien public,  appuyé et sans nuance au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. En saluant explicitement  les « progrès » sur le renforcement de la sécurité et les préparatifs électoraux, en remerciant le  Premier ministre pour la confiance accordée à l’OEA, et en réaffirmant l’engagement de la  communauté interaméricaine aux côtés des autorités haïtiennes, Ramdin place le crédit  résiduel et le poids institutionnel de l’Organisation au service du projet politique de Fils Aimé. 

Ce message n’est pas anodin. Il intervient au lancement des travaux d’une délégation de haut  niveau. Ramdin présente les priorités immédiates d’Haïti — sécurité et élections — comme  celles définies et portées par le gouvernement en place. Il accueille favorablement les efforts  d’expansion des capacités de la Police nationale d’Haïti et promet un accompagnement pour  des élections « sûres, inclusives et crédibles ». En procédant ainsi, le secrétaire général  transforme une rencontre protocolaire en validation internationale. L’OEA, qui conserve  encore une certaine légitimité symbolique dans le système interaméricain, prête son autorité  morale et politique à un exécutif monocéphale issu d’une transition contestée, où Fils-Aimé  exerce désormais les pouvoirs de fait après la fin du mandat du Conseil présidentiel de  transition. 

La facilité avec laquelle M. Ramdin ignore le reste de la société haïtienne est frappante. Nulle  mention d’une consultation élargie des forces politiques, de la société civile, des organisations  de droits humains ou des populations déplacées. Le discours se limite aux autorités en place et  

aux institutions qu’elles contrôlent. Plus grave encore : le silence sur la réalité des gangs  armés est assourdissant. Depuis des années, ces groupes terrorisent une population entière. Ils  contrôlent encore l’essentiel de Port-au-Prince et de vastes zones environnantes, multiplient  les massacres, les viols, les enlèvements et les déplacements forcés. Des rapports récents  documentent des centaines de morts et de blessés dans des affrontements inter-gangs ou  contre les forces de sécurité. Pourtant, dans ce message, la violence structurelle qui asphyxie  le pays est réduite à une question technique de « renforcement des capacités » policières et de  « stabilisation à long terme ». Les victimes, les quartiers sous emprise, les routes bloquées,  l’effondrement de l’autorité de l’État dans de larges pans du territoire : tout cela disparaît  derrière un langage diplomatique lisse. 

Ce silence n’est pas neutre. En passant sous silence l’ampleur du contrôle territorial des gangs  et la terreur quotidienne qu’ils imposent, Ramdin évite de confronter le gouvernement à  l’échec relatif de la sécurisation et de questionner les conditions réelles d’un processus  électoral crédible. Il offre ainsi à Fils-Aimé une couverture internationale précieuse : la  caution d’une organisation historique qui présente le projet gouvernemental comme le chemin  naturel vers la démocratie et la stabilité. 

Enfin, il faut interroger la gratuité de ce service. Un soutien aussi complet, qui met le prestige  institutionnel de l’OEA au service d’un acteur politique particulier au mépris d’une analyse  plus large de la réalité haïtienne, soulève des questions. L’Organisation cherche-t-elle à se  repositionner comme acteur central dans la crise haïtienne après des années de  marginalisation relative ? Existe-t-il des intérêts liés au financement des programmes de  renforcement de capacités, à la visibilité de la feuille de route interaméricaine, ou à des 

équilibres géopolitiques au sein des États membres ? Les principes de neutralité,  d’impartialité et de prise en compte de l’ensemble des parties prenantes semblent ici relégués  au second plan. Lorsque la diplomatie se transforme en validation unilatérale d’un projet de  pouvoir, le risque est grand que le « service » rendu ne soit pas désintéressé. 

En choisissant de publier ce message dans les termes qu’il a retenus, Albert Ramdin a  clairement tranché. L’OEA ne se contente plus d’accompagner : elle valide et renforce. Au  peuple haïtien, qui subit depuis trop longtemps la double peine des gangs et d’une  gouvernance de transition opaque, il ne reste que le silence diplomatique et l’espoir que  d’autres voix, plus exigeantes, se fassent enfin entendre.

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