17 août 2026
Le premier message de Ramdin depuis Port-au-Prince – Écouter, coordonner… et ne  rien déranger 
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Le premier message de Ramdin depuis Port-au-Prince – Écouter, coordonner… et ne  rien déranger 

Dimanche 16 août 2026, quelques heures après son arrivée en Haïti, le secrétaire général de  l’Organisation des États américains, Albert Ramdin, a publié son premier message officiel  depuis le terrain. Sur le ton solennel et lisse qui caractérise la diplomatie multilatérale, il écrit  : 

« Nous sommes arrivés aujourd’hui en #Haïti, avec la volonté de mener, au cours des  prochains jours, des échanges productifs avec les autorités haïtiennes, à la tête d’une  délégation de haut niveau composée de partenaires régionaux et internationaux.  

Notre objectif est clair : écouter, renforcer la coordination et contribuer à traduire la solidarité  internationale en un soutien concret aux priorités définies par Haïti : la sécurité, les élections,  le renforcement des institutions, les besoins humanitaires urgents et le développement  durable.  

Haïti se trouve à un moment décisif. Nous sommes ici pour nous tenir aux côtés du peuple  haïtien et soutenir ses efforts en faveur de la stabilité, de la gouvernance démocratique et d’un  avenir plus sûr et plus prospère. #OEAavecHaïti » 

Le texte est parfait. Trop parfait. Il ne contient aucune aspérité, aucune question gênante,  aucune exigence précise. Il est le modèle achevé du communiqué diplomatique qui dit tout et  ne dit rien. 

Une rhétorique de l’accompagnement sans exigence 

Ramdin insiste sur trois verbes : écouter, renforcer la coordination, traduire la solidarité en  soutien concret. Ces mots sont choisis avec soin. Ils placent l’OEA dans une posture  d’accompagnement bienveillant, jamais de vigilance critique. L’Organisation ne vient pas  vérifier, contrôler ou conditionner. Elle vient « se tenir aux côtés » des autorités haïtiennes et  des priorités « définies par Haïti ». 

Or, dans le contexte actuel, cette formulation pose problème. Qui définit réellement ces  priorités ? Le gouvernement de facto de Fils-Aimé ? Le CEP de Jacques Desrosiers ? La  coalition Viktwa et ses alliés ? Ou un arrangement plus large entre acteurs politiques,  économiques et, potentiellement, sécuritaires ? En se rangeant d’emblée derrière « les  priorités définies par Haïti », Ramdin évite de se demander si ces priorités correspondent  réellement à celles de la majorité de la population, ou seulement à celles d’un cercle restreint  qui contrôle encore les institutions formelles. 

Le message ne contient aucune référence aux conditions minimales d’un scrutin crédible : le  contrôle territorial des gangs (toujours estimé à plus de 75 % dans la zone métropolitaine),  l’état réel des routes nationales, la capacité effective de la FRG, ou encore la légalité douteuse  d’un référendum constitutionnel que la Constitution de 1987 (pourtant disponible sur le site de  l’OEA) interdit formellement à l’article 284.3.

Le silence comme position politique 

Le plus révélateur n’est pas ce que Ramdin dit, mais ce qu’il omet. Pas un mot sur la  fragmentation des gangs, pas un mot sur le risque d’un scrutin partiel ou sélectif, pas un mot  sur la nécessité de garanties d’indépendance du CEP, pas un mot sur la possible  instrumentalisation de la présence internationale pour légitimer un dénouement déjà négocié. 

Ce silence n’est pas neutre. Dans un pays où le 13 décembre est de plus en plus décrit par  certains observateurs comme un « théâtre électoral » – routes temporairement ouvertes, gangs  rendus discrets, FRG déployée de manière visible mais limitée, listes déjà préparées – le  premier message de l’OEA fonctionne comme une caution anticipée. Il apporte à l’opération  en cours le vernis de la solidarité internationale et de la coordination multilatérale. 

En affirmant que « Haïti se trouve à un moment décisif », Ramdin a raison. Mais il refuse de  dire en quoi ce moment est décisif : soit le pays parvient à organiser un scrutin réellement  crédible malgré l’insécurité, soit il valide un processus contrôlé qui donnera une apparence de  légitimité à un pouvoir déjà en place. 

Une OEA dans le rôle du témoin bienveillant 

Ce premier message confirme le rôle que l’Organisation semble s’être assigné dans le script  du 13 décembre : celui du témoin international respectable. Ni juge, ni arbitre exigeant, ni  force de proposition critique. Juste un accompagnateur qui écoute, coordonne et soutient. 

Cette posture a l’avantage de la prudence diplomatique. Elle a aussi le défaut de la  complaisance. En multipliant les formules de soutien sans jamais formuler d’exigences claires  sur la sécurité réelle du territoire, sur l’inclusivité effective du vote ou sur le respect strict de  la Constitution de 1987, l’OEA risque de se retrouver, après le 13 décembre, dans la position  inconfortable de ceux qui ont validé trop tôt un processus contesté. 

Le peuple haïtien, lui, n’a pas besoin d’une solidarité qui se contente d’écouter et de  coordonner. Il a besoin d’institutions internationales capables de dire clairement ce qui est  acceptable et ce qui ne l’est pas. Pour l’instant, le premier message de Ramdin depuis Port-au Prince montre que l’OEA a choisi la voie la plus confortable : celle du soutien sans friction. 

Dans un pays où les gangs contrôlent encore l’essentiel de la capitale et où les routes  nationales restent des enjeux de pouvoir, ce confort diplomatique a un prix. Et ce prix, ce  n’est pas l’OEA qui le paiera.

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