10 août 2026
Le pragmatisme lavalassien : l’échelle tenue pour le PHTK et l’oligarchie, son ministre  chargé du Transport invite la population à participer aux élections du 13 décembre 
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Le pragmatisme lavalassien : l’échelle tenue pour le PHTK et l’oligarchie, son ministre  chargé du Transport invite la population à participer aux élections du 13 décembre 

Le 10 août 2026, le ministère des Travaux publics, Transports et Communications publie un  communiqué solennel. L’ingénieur Joseph Almathe Pierre Louis, ministre des TPTC au sein  du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, se rend à Port-Salut pour s’inscrire sur les  listes électorales. Il encourage la participation citoyenne, rappelle l’importance de la carte  d’électeur et réaffirme l’engagement du MTPTC à accompagner le développement des  infrastructures nationales tout en soutenant le calendrier électoral. 

Le geste est civique. Le contexte, lui, est indécent. 

Pendant que le ministre remplit son « devoir civique » dans le Sud, les principales artères du  pays restent sous le contrôle effectif de gangs armés. La Route nationale 1 et la Route  nationale 2 ne sont plus des biens publics : elles sont devenues des corridors de rançon, des  zones de péage illégal et, dans certains tronçons, des territoires interdits. Le ministre chargé  précisément des Transports détourne le regard. C’est là que se révèle l’hypocrisie. 

Fanmi Lavalas, parti dont le ministre est le représentant au sein de l’exécutif, a longtemps  cultivé un discours de rupture avec l’oligarchie et les pratiques du PHTK. Dans les faits, le «  pragmatisme lavalassien » a consisté à tenir l’échelle. Participation aux arrangements de  transition, présence au Conseil présidentiel de transition via Leslie Voltaire, occupation de  portefeuilles stratégiques, y compris les Travaux publics : le parti a choisi de s’inscrire dans le  dispositif plutôt que de le contester frontalement. Pendant ce temps, les gangs — certains nés  ou consolidés sous des gouvernements précédents, d’autres transformés en acteurs autonomes  — ont étendu leur emprise sur les infrastructures vitales. Le peuple paie le prix en sang, en  isolation et en appauvrissement. 

Sur la RN1, qui relie Port-au-Prince au Nord et au Nord-Ouest, les gangs imposent des  checkpoints et des « taxes ». Des compagnies de transport, notamment Sans-Souci et celles  opérant dans le Grand Nord, sont parmi les rares à pouvoir circuler de manière relativement  régulière — en payant. Les chauffeurs et les passagers subissent des rançons par véhicule ou  par tête. Les autres sont exclus ou risquent l’attaque. Ce n’est plus un service public ; c’est un  marché captif géré par des groupes armés. 

La RN2 : le verrou le plus cynique et le plus durable 

C’est sur la Route nationale 2 que l’abandon atteint son paroxysme. Depuis juin 2021, avec la  prise de Martissant, cet axe stratégique reliant Port-au-Prince au Grand Sud (Nippes, Sud,  Grand’Anse, Sud-Est) est progressivement devenu impraticable. Les affrontements entre  gangs, puis le contrôle territorial de la coalition Viv Ansanm et de ses satellites, ont  transformé Martissant, Carrefour et Gressier en zone morte pour la circulation libre. 

Aujourd’hui, la situation est radicale. Selon le maire de Gressier lui-même, depuis mai 2024,  aucun véhicule ne peut circuler entre Gressier et le Grand Sud en raison des barricades et des  murs érigés par les gangs. Des postes de péage illégaux se multiplient : jusqu’à neuf, voire  davantage, sur le seul tronçon Carrefour–Port-au-Prince, où chaque arrêt peut coûter environ  1 000 gourdes. Les chauffeurs qui osent encore circuler répercutent ces rançons sur les  usagers, faisant exploser les tarifs. Ceux qui tentent de contourner la route principale en 

passant par des chemins secondaires ou des zones comme Colin risquent d’être tués,  dépouillés et leurs corps incendiés, comme cela s’est produit début août 2026. 

Le résultat est un enclavement massif. Le Grand Sud, qui regroupe plusieurs millions  d’habitants, est coupé de la capitale. L’agriculture, le commerce et le tourisme sont asphyxiés.  Pour se rendre dans le Sud, la population est contrainte de prendre la mer. Mais même cette  alternative est gangrenée : les gangs ont étendu leurs « postes de péage » aux voies maritimes,  imposant des rançons aux bateaux reliant Port-au-Prince à Léogâne, La Gonâve ou plus loin.  Certains capitaines déclarent payer plusieurs groupes armés sur un même trajet. Le transport  maritime, censé être une solution de survie, devient lui aussi un marché de l’extorsion. 

Pire encore, le caractère « politique » de ce blocage n’est plus seulement une accusation de  l’opposition. En avril 2026, le ministre de la Défense Mario Andresol, en visite à la base  militaire d’Anacaona (entre Gressier et Léogâne), a déclaré publiquement que « le blocage de  la route de Gressier est politique ». Des autorités locales sont également accusées de participer  ou de profiter des systèmes de perception illégale. Pendant que le ministre des TPTC multiplie  les communiqués sur l’inscription électorale et les « infrastructures nationales », la principale  porte d’entrée du Grand Sud reste fermée par des murs, des barricades et des armes. 

Le ministre des TPTC est, par attribution, responsable de la planification, de l’entretien, du  contrôle et de la réglementation des routes, ports et transports. Pourtant, dans le communiqué  du 10 août, pas un mot sur ces axes vitaux aux mains des gangs. Pas un mot sur  l’impossibilité pour la majorité des transporteurs d’emprunter la RN1 sans rançon. Pas un mot  sur le fait que la RN2 force des populations entières à la mer depuis plus de cinq ans, avec une  aggravation nette depuis 2024. On parle d’inscription électorale et de développement des  infrastructures. On se tait sur le fait que les infrastructures existantes sont déjà capturées. 

Ce silence n’est pas de l’impuissance pure. C’est un choix politique. Participer au  gouvernement Fils-Aimé, c’est accepter de gérer l’existant — y compris ses zones grises et  ses complicités historiques entre politiques, oligarques et groupes armés — tout en multipliant  les gestes symboliques de normalité démocratique. Le pragmatisme devient alors complicité  par omission. On tient l’échelle pour ceux qui ont laissé prospérer le système, on occupe le  ministère des Transports, et on laisse les gangs taxer, interdire et terroriser. 

L’hypocrisie est double. D’un côté, le discours de responsabilité civique et d’engagement  pour les élections. De l’autre, l’absence totale de parole claire et d’action visible sur le cœur  du mandat : rendre les routes nationales au peuple haïtien. Tant que Sans-Souci et quelques  autres pourront circuler sur la RN1 parce qu’ils paient, tant que le Sud restera forcé à la mer  jusqu’à Gressier sous des barricades et des murs, le ministre des TPTC ne peut pas prétendre  remplir pleinement sa mission. Il administre l’abandon. 

Fanmi Lavalas a le droit de choisir la participation. Il n’a pas le droit de prétendre que cette  participation est neutre ou purement technique pendant que les infrastructures stratégiques  restent aux mains de ceux qui terrorisent la population. Le pragmatisme qui consiste à tenir  l’échelle tout en détournant la tête n’est plus de la politique : c’est de la complicité active par  le silence. 

Le peuple, lui, n’a pas le luxe de s’inscrire tranquillement sur les listes pendant que la RN2 — artère vitale du pays — est devenue un territoire de rançon, de murs et de mort. Il attend des  actes, pas des communiqués de civisme.

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