Le 19 août 2026, les médias dominicains (Ensegundos, DiarioDigitalRD, Noticias SIN, El Nacional, Panorama, etc.) ont largement relayé la décision unanime du Consejo Directivo de l’Indotel (Résolution 73-2026). L’ouverture des offres économiques, fixée au 18 août dans le cadre de la Licitación Pública Internacional LPI-001-2026, a abouti à une adjudication claire et rapide.
Les résultats tels que rapportés par la presse dominicaine
• Viettel (via sa future filiale locale) obtient 240 MHz pour une concession de 20 ans :
– 40 MHz dans la bande 700 MHz,
– 100 MHz dans la bande 2,3 GHz,
– 100 MHz dans la bande 3,6 GHz.
• Claro Dominicana obtient 20 MHz uniquement dans la bande 700 MHz, pour la durée restante de sa concession actuelle (environ 15 ans).
• Les 30 MHz de la bande AWS ont été déclarés déserts : aucune offre n’a été présentée.
Selon l’Indotel, seules ces deux entreprises ont franchi avec succès les étapes légale, technique et économique. Viettel devra constituer une société de droit dominicain pour être titulaire des licences. Les adjudicataires disposent de 90 jours pour signer les contrats ou avenants. Jusqu’à 30 % des paiements pourront être convertis en « obligations de faire » (projets de développement). Certaines sources évoquent une compensation globale autour de 120 millions de dollars pour l’État dominicain et un investissement potentiel de Viettel pouvant atteindre 500 millions de dollars.
Ces résultats marquent l’entrée officielle d’un quatrième opérateur mobile en République dominicaine et confirment le renforcement de Claro sur la bande basse cruciale pour la couverture rurale.
Retour sur nos analyses
Dès juin 2026, nous avions placé cette adjudication au cœur de ce que nous appelions les « trois temps d’attente » qui décideraient de l’avenir des télécoms sur l’île d’Haïti. Dans notre article du 26 juin (« Les trois temps d’attente qui décideront de l’avenir des télécoms sur l’île d’Haïti »), dans ce média haïtien nous soulignons deux visions concurrentes et largement incompatibles :
1. La vision Claro / América Móvil : renforcer d’abord sa position dominante en République dominicaine (notamment via le 700 MHz), puis entrer
progressivement en Haïti pour construire un opérateur pan-insulaire à dominante mexicaine.
2. La vision Viettel / Natcom : une intégration rapide et déjà très avancée des deux côtés de la frontière, capitalisant sur la présence de Natcom en Haïti et l’arrivée massive de Viettel en République dominicaine.
Nous estimions que le résultat de l’Indotel serait décisif. Une large victoire de Viettel renforcerait considérablement l’option d’un opérateur Viettel/Natcom déjà implanté des deux côtés. C’est exactement ce qui s’est produit. Les analyses antérieures (avril et juin 2026) avaient également exploré l’idée d’un « seul opérateur pour toute l’île », en interrogeant le rôle possible du gouvernement de transition d’Alix Didier Fils-Aimé dans la facilitation ou l’orientation de ces dynamiques régionales.
Le projet d’opérateur pan-insulaire : rappel des grandes lignes
Le projet d’un opérateur capable d’opérer de manière coordonnée sur l’ensemble d’Hispaniola repose sur deux options principales, largement débattues depuis le début de 2026 :
• Option Viettel : Natcom (déjà présente en Haïti avec 60 % de capital vietnamien) + nouvelle entité Viettel Dominicana, avec un investissement annoncé de plusieurs centaines de millions de dollars. Cette option mise sur une intégration rapide, une couverture rurale agressive et une synergie transfrontalière.
• Option Claro : renforcement en République dominicaine suivi d’une entrée progressive en Haïti (création d’une Claro Haïti), en s’appuyant sur la puissance d’América Móvil et sur d’éventuels appuis politiques et réglementaires des deux côtés.
Ces deux options ont progressé en parallèle, avec des points de contact et de collaboration implicites ou explicites avec le gouvernement de transition dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Les analyses ont régulièrement souligné que Santo Domingo et Port-au Prince n’étaient pas de simples spectateurs, mais des acteurs qui pouvaient orienter, faciliter ou freiner l’émergence d’un leader pan-insulaire.
Le rapprochement avec la rencontre du 18 août à Port-au-Prince
Le même jour que l’ouverture des offres économiques à Santo Domingo (18 août 2026), le ministre haïtien des Travaux publics, Transports et Communications (TPTC), l’ingénieur Joseph Almathe Pierre Louis, a reçu une délégation de Natcom conduite par son Président Directeur général, Nguyen Cong Thang.
Selon le communiqué du MTPTC, les échanges ont porté sur le partenariat de 15 ans entre Natcom et l’État haïtien, les ambitions d’innovation technologique de la compagnie, le renouvellement de sa franchise douanière (échéance fin 2026), et un plan stratégique d’investissement sur quatre ans. Le ministre a rappelé l’obligation de respecter les procédures et a relayé les préoccupations de la population sur la couverture et la qualité de service.
Il est difficile de croire à une simple coïncidence de calendrier. Alors que les enveloppes économiques s’ouvraient à l’Indotel, le responsable de Natcom (filiale de Viettel) rencontrait le ministre de tutelle des télécommunications du gouvernement Fils-Aimé. Tout indique que cette audience a permis d’annoncer en privé, ou du moins de confirmer de manière anticipée, les résultats favorables à Viettel, avant même leur publication officielle le lendemain. Le gouvernement de transition était donc informé en temps réel de l’avancée décisive de l’option Viettel/Natcom sur le volet dominicain du projet pan-insulaire.
L’adjudication du 18-19 août 2026 constitue une victoire nette de Viettel/Natcom en République dominicaine et un tournant dans la course à l’opérateur pan-insulaire. Les analyses qui avaient anticipé l’importance stratégique de ce résultat, se trouvent largement confirmées. La rencontre simultanée entre le ministre des TPTC et le PDG de Natcom montre que Port-au-Prince n’a pas été pris de court : le gouvernement Fils-Aimé a été tenu informé en temps réel.
L’île d’Hispaniola entre désormais dans une phase où la concurrence entre les deux visions (Viettel d’un côté, Claro de l’autre) se durcit, avec des implications directes pour le marché haïtien, la souveraineté numérique et l’équilibre régional des télécommunications.
M.M.

