PORT-AU-PRINCE, 25 août 2026 — « Le BINUH ne va-t-il pas davantage continuer à compter les morts au prochain semestre, puisque la vie des Haïtiens est banalisée ? Envers et contre tout, le BINUH tient à la tenue d’un scrutin vicié à la base : un décret non respecté, un CEP non indépendant. Cela fera l’affaire du BINUH dans son prochain rapport, avec Fils-Aimé qui a réussi dans sa mission de réduire l’homme haïtien à sa plus simple expression », déclare à Rezo Nòdwès le Dr Josué Renaud, fondateur-président de la New England Human Rights Organization (NEHRO), réagissant au nouveau bilan publié mardi par la mission onusienne. Le défenseur des droits humains établit ainsi un lien politique entre la comptabilité macabre dressée périodiquement par les Nations Unies et leur détermination parallèle à accompagner le processus électoral engagé par les autorités.
Le document du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) est sans équivoque sur l’ampleur de la catastrophe humaine : entre avril et juin 2026, au moins 1 408 personnes ont été tuées et 656 blessées. Les gangs seraient responsables de 55 % de l’ensemble des morts et blessés recensés au cours du trimestre. À Cité Soleil et dans la Plaine du Cul-de-Sac, les affrontements entre groupes armés ont, à eux seuls, causé 463 morts et 256 blessés, tandis que plus de 18 000 personnes ont dû fuir leur domicile.
Le bilan dépasse la seule mortalité. Le BINUH comptabilise également 81 enlèvements et 796 victimes de viols liés aux gangs, dont 772 femmes et 23 filles ; 87 % de ces victimes auraient subi des viols collectifs. Le rapport décrit encore l’extension géographique de la violence vers l’Artibonite, le Centre et le Sud-Est. Une partie du territoire demeure ainsi soumise à une souveraineté fragmentée, au moment même où les autorités entendent conduire le pays vers un nouveau cycle électoral.
C’est précisément sur ce parallélisme entre sécurité dégradée et accélération électorale que se concentre la critique de Josué Renaud. Le BINUH ne dissimule d’ailleurs pas son orientation institutionnelle. Devant le Conseil de sécurité en juillet, son chef, Carlos Ruiz Massieu, déclarait que les difficultés sécuritaires ne devaient pas servir de motif pour différer le processus politique et que préparatifs électoraux et amélioration de la sécurité devaient avancer simultanément. Il affirmait également que les Nations Unies demeuraient pleinement engagées à accompagner les efforts conduits par Haïti.
Cet accompagnement est ancien et matériel. Le BINUH a publiquement réaffirmé son soutien au CEP et coordonne l’assistance électorale des agences onusiennes. Le rapport du Secrétaire général de janvier 2026 indique que les Nations Unies ont fourni au Conseil électoral une assistance technique, logistique et opérationnelle, comprenant notamment des logiciels pour l’enregistrement des électeurs, des moyens de mobilité et des véhicules blindés destinés aux opérations dans les zones à haut risque. En avril encore, Ruiz Massieu déclarait que le BINUH continuerait de soutenir les efforts nationaux et de coordonner l’assistance internationale destinée à l’organisation d’élections.
Qualifier cet accompagnement d’« appui envers et contre tout » constitue donc une appréciation politique — celle formulée ici par Renaud — et non la terminologie employée par l’ONU. Institutionnellement, le BINUH présente son intervention comme un soutien à un processus électoral dirigé par les Haïtiens, et non comme une adhésion personnelle au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé. Mais cette distinction formelle n’efface pas l’interrogation de fond : jusqu’où peut-on dissocier la crédibilité d’un scrutin de la capacité effective de l’État à garantir la vie, la libre circulation et l’exercice du suffrage ?
Le paradoxe devient d’autant plus saisissant que le BINUH formule lui-même les deux termes de l’équation. D’un côté, il décrit une population soumise aux massacres, aux viols collectifs, aux enlèvements, aux déplacements forcés et à l’expansion territoriale des gangs ; de l’autre, il demande que la dynamique électorale ne soit pas interrompue par la crise sécuritaire. Entre ces deux impératifs se trouve une exigence juridique que ni calendrier ni assistance internationale ne peuvent neutraliser : un scrutin ne devient crédible ni par décret ni par calendrier ; il suppose que le citoyen puisse exercer librement son droit politique sans exposer son intégrité physique pour atteindre un bureau de vote.
Référence principale : Bureau intégré des Nations Unies en Haïti, « Haïti : Au moins 1 408 personnes tuées et 656 blessées au cours du deuxième trimestre 2026 », 25 août 2026.
(BINUH) Document intégral annexé à l’article.



