NEW YORK, 28 août 2026 — À 15 heures, Haïti retourne ce vendredi devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Mais avec quel bilan à défendre ? Quelques jours après le carnage de Kenscoff, la diplomatie haïtienne devra expliquer aux quinze membres du Conseil comment un État qui annonce une « riposte ferme » peut encore se retrouver confronté à des dizaines de morts, à des enlèvements et à l’expansion territoriale des groupes armés. La séance, officiellement inscrite à l’agenda de l’ONU sous l’intitulé The question concerning Haiti, intervient à peine cinq semaines après celle du 20 juillet à laquelle avait déjà participé la ministre des Affaires étrangères Raina Forbin.
Que dira cette fois Raina Forbin ? Que dira le représentant permanent d’Haïti auprès des Nations unies ? Le 20 juillet, la chancelière avait plaidé devant le même Conseil pour le plein déploiement de la Force de répression des gangs et le renouvellement de son mandat, tout en reconnaissant que la sécurité conditionnait la tenue d’élections. Cinq semaines plus tard, le dossier Kenscoff place le gouvernement devant une épreuve autrement plus embarrassante : il ne s’agit plus seulement d’annoncer ce que l’État entend accomplir, mais d’exposer ce qu’il a effectivement accompli. Les promesses diplomatiques pourront-elles encore tenir lieu de politique publique lorsque, sur le terrain, des familles attendent leurs proches enlevés et que les bandes armées continuent d’imposer leur propre ordre ?
La cacophonie institutionnelle risque elle aussi de s’inviter à New York. D’un côté, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé promet une « riposte ferme » après Kenscoff ; de l’autre, le directeur général a.i. de la PNH, Vladimir Paraison, demande à la DCPJ d’établir par enquête les circonstances du drame. Deux registres qui ne sont pas juridiquement incompatibles, mais dont la juxtaposition interroge la chaîne de commandement et la connaissance opérationnelle des événements : que sait précisément l’État, qui poursuit-il et quels résultats judiciaires ou policiers peut-il présenter ? Depuis les annonces gouvernementales, la mesure de l’efficacité ne réside plus dans les communiqués, mais dans des données vérifiables : arrestations, otages libérés, chefs de gangs interpellés, territoires effectivement repris et populations protégées.
Le Conseil devra surtout regarder au-delà de Kenscoff. Extension géographique des groupes armés, déplacement massif de populations, crise alimentaire, paralysie d’axes stratégiques, fragilité institutionnelle et élections annoncées dans un territoire dont plusieurs secteurs échappent toujours à l’autorité publique : ces dossiers convergent désormais vers une même interrogation sur la capacité matérielle de l’État. Lors de la séance du 20 juillet, la CARICOM avait déjà constaté que le calendrier électoral antérieur était devenu irréalisable et que les autorités discutaient d’un nouveau calendrier tenant compte de la situation sécuritaire ; elle plaidait également pour le renouvellement du mandat de la force internationale. Un mois plus tard, Kenscoff transforme cette interrogation diplomatique en test politique immédiat.
Reste donc l’épreuve des faits. Après les réunions, les communiqués, les déclarations de solidarité, les promesses de reconquête et les annonces de « riposte », le Conseil de sécurité entendra vendredi une nouvelle séquence de discours sur Haïti. La formule employée récemment par Josué Renaud — « toujours des mots, les mêmes mots » — trouvera-t-elle une nouvelle illustration à New York, ou les autorités haïtiennes présenteront-elles enfin un inventaire précis d’opérations, d’arrestations, de libérations d’otages et de territoires récupérés ? À 15 heures, la diplomatie pourra expliquer. Mais, après Kenscoff, le véritable contradicteur du gouvernement ne sera peut-être ni Washington, ni Pékin, ni Moscou : ce seront les faits.

