Par Camille Loty Malebranche
L’érudition véritable n’est pas une compilation de breloques cognitives comme le croient certains incultes aigres et médisants mais un usage conscient des richesses d’une culture personnelle opulente.
L’intellectuel accompli est aussi un érudit, un homme d’intelligence qui a su se prémunir d’une vaste culture sur la voie de ses recherches, s’ouvrant ainsi plus grand le champ de son propre entendement dans la compréhension du monde. C’est un chercheur qui multiplie ses propres possibles en sachant récolter les fruits disponibles dans la grande forêt du savoir humain. Car le grand érudit assumé n’est pas un répéteur des rudiments de la culture pour faire de l’esbroufe mais une conscience riche de ses propres ressources de pensée et de sa propre vision bien conçue et bien articulée du monde. L’érudit est une conscience intelligente qui sait néanmoins que si riche qu’il soit lui-même de capacité cognitive, le travail de tous, les richesses thésaurisées de la connaissance établie, sont des soutiens à sa propre culture. Et que, lorsque l’érudition est la servante d’une pensée souveraine, les deux confinent au génie cogitant, au concepteur visionnaire.
Pour analyser, pour comprendre, pour percevoir l’essence des faits et des choses en allant hors des sentiers battus, il faut avoir plus que la lorgnette du simple ou les oeillères de la scolarité, il faut avoir cultivé son propre jardin et moissonné ses propres fruits grâce au sol de la vaste connaissance humaine. Le spécialiste en tel champ de connaissances déjà assises et su par tous ses pairs, est bon répétiteur qui enseigne sa discipline et vulgarise ses données, il est utile dans leur transmission et leur application, en divulgant cette sorte de rationalité épistémique incluse à travers les oeuvres existantes. Par contre, le penseur, le penseur vraiment authentique qui ne se voue ni à la vulgarisation ni seulement à l’enseignement scolaire mais propose un regard nouveau ou renouvelé de tel étant du savoir, doit avoir toute l’érudition nécessaire pour accompagner sa propre pensée. C’est une implication obligée de son intellection des êtres et situations. Ainsi, au contraire du ruminant de citations et différent du spécialiste, le penseur dans un champ de savoir, est un élaborateur de manière de voir qu’il étaie par la démonstration intelligente et érudite afin de l’établir pour son lectorat, son auditoire. Par ailleurs, tout vrai travailleur intellectuel est érudit par intérêt, car ce lui est une sorte de lieu second, d’espace secondaire de son œuvre, son entreprise fondamentale. Il cultive la cueillette des savoirs qui servent son savoir, sa propre voie de créateur, d’inventeur, d’explorateur. Il est toujours au-delà du lecteur et du mémorisateur.
L’érudition apporte des horizons à toute connaissance qu’elle permet ainsi de se déployer avec plus d’intensité et de moyens. Elle sert le penseur et le créateur qui, sachant beaucoup sur ce qui est, peut peaufiner avec plus de perfectibilité ses élaborations idéelles et les proposer à tous.
L’érudition est un nutriment pour tout esprit assumé qui sait métaboliser la somme de culture thésaurisée pour le meilleur emploi et façonnement précellent dans sa propre expression productrice servant sa propre ipséité cognitive.
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

