23 juillet 2026
Le MVP du Mondial, encore un holdup au profit de Rodri ?
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Le MVP du Mondial, encore un holdup au profit de Rodri ?

Ce dimanche 19 juillet a marqué la fin de l’aventure jouissive de la Coupe du Monde de la FIFA (CDM 2026). Cette compétition planétaire, accueillie conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, s’est révélée la plus prolifique de l’histoire de la plus grande festivité du sport roi. Faisant défiler 48 nations pour un total de 104 matchs, ce tournoi a vu l’Espagne rafler son deuxième titre mondial, aux dépens de l’Albiceleste. Une victoire finale bien méritée pour une machine espagnole bien huilée face à une équipe d’Argentine paranoïaque dépourvue de conviction et d’inspiration. Quand on constate que cette équipe à forte empreinte du Barça est privée d’un véritable talent supérieur à celui de ses coéquipiers, son succès nous rappelle tout bonnement que le football est un jeu collectif. L’Albiceleste est dotée du GOAT, certes. Mais, que puissent Messi ou même un dieu en absence d’un minimum de contribution de ses coéquipiers ? Cet ultime jeu minimaliste produit par l’Argentine lors de la finale a été préjudiciable au libérateur qui savait à maintes reprises brandir son bâton Moïse pour traverser l’Albiceleste de la mer Rouge.

La maladive prudence argentine, convertie en une peur contagieuse transportée jusqu’au banc de touche avait fané les couleurs de cette finale que certains observateurs cataloguent comme la pire de l’histoire. Le refus des héritiers de Diego à produire un jeu exalté pour plaire les spectateurs avait asphyxié tout génie créateur. Le carton rouge écopé par Enzo Fernandez a été une résultante de cette perte de repère. Certes, une finale se gagne, tel doit être l’objectif ultime. Mais, pour le bonheur de l’audience diversifiée, elle doit se jouer aussi. En cherchant à remporter des victoires à l’emporte-pièce, de multiples entraîneurs font perdre au spectacle du football ses lettres de noblesse. Définitivement, l’indice industriel pèse trop lourd dans ce jeu jouissif qui savait combiner technique et esthétique. Ce comportement extrêmement calculateur incarné dans une tactique exterminatrice du beau jeu est en train de tuer les promesses des prouesses techniques. 

Les amateurs des beaux gestes de ce sport captivant en font les frais. Il manque à l’ambiance footballistique actuelle des improvisations créatrices comme la roulette de Zidane, le passement de jambes de Ronaldo (R9), la virgule de Ronaldhinho ou les tours de reins de Jay-Jay Okocha. Ce serait tellement beau si l’ambiance décontractée des petites finales pouvait être transportée aux grandes. Seuls les tenants de la tactique radicale moderne ne dégusteraient pas l’immense joie procurée par la dizaine de buts enregistrés lors du match Angleterre vs France. 

Un riche palmarès de la CDM 2026

Ce Mondial 2026 a charrié toutes les formes d’expressions ; des émotions de joies immenses comme de l’infamie causée par des humiliations et des immixtions condescendantes. Au bout du compte, la boucle est bouclée. S’ensuit naturellement la remise de distinctions collectives et individuelles. Ainsi, il revient au staff d’évaluation de la FIFA de révéler meilleur jeune joueur, meilleur buteur, meilleur gardien (gants d’or) et meilleur joueur (MVP) de la compétition. Sans conteste, le récipiendaire de FIFA Best Young Player Award, Pau Cubarsi, a été exceptionnel dans son rôle de défenseur central de l’équipe championne. Tout en étant décisif sur le deuxième but victorieux de l’Espagne en quart de finale face à la Belgique, le prodige enfanté par la Masia, âgé de seulement 19 ans, y a livré un jeu efficace, sans déchet. 

Quoiqu’il n’ait été suffisamment vu à l’œuvre, à cause du ferme bouclier qui le protégeait, Unai Simón ne peut être non plus contesté comme gant d’or de la compétition. À peine qu’on se souvient d’une détente extraordinaire du dernier rempart espagnol. Cependant, le fait d’être champion et de n’encaisser qu’un seul but donne matière suffisante aux évaluateurs pour lui remettre ce trophée individuel. À bien des égards, les deux choix de meilleur jeune joueur et meilleur gardien sont indiscutables. Cependant, pourrait-on dire autant à propos de Rodrigo Hernández, élu meilleur joueur de la Coupe du Monde 2026 ? Passons en revue les faits saillants et les plus brillantes performances de la compétition pour étayer la thèse d’une défaillance méritocratique dans cette distinction décernée au milieu de terrain espagnol.

Sans surprise, cette Coupe du Monde au size extra-large a été la plus prolifique de l’histoire de cette gigantesque compétition estivale. Au cours de cinq semaines d’euphorie paroxysmique, les tifosis du ballon rond ont dégusté un total de 308 buts, soit une moyenne de 2.96 buts par match. De cette panoplie de buts, Kylian Mbappé en compte 10 et finit le soulier d’or de la compétition. Suivent dans cet ordre, Lionel Messi qui en a concrétisé 8 ; Jude Bellingham ex aequo avec Erling Haaland : 7 et Harry Kane ex aequo avec Ousmane Dembélé : 6. Sur la liste des meilleurs passeurs figure en tête de classement Michael Olise, crédité de 7 passes décisives. Lionel Messi, Kylian Mbappé, Brahim Díaz, Martin Ødegaard et Bruno Guimarães ont terminé ex aequo avec 4 passes décisives. 

Le beau jeu du football s’embellit davantage à travers la vista, l’entrejeu, les dribles, les passes et les tirs cadrés. Il s’accomplit avec ces deux principaux indicateurs : passes décisives et buts. Par exemple, très peu de gens se souviendront même d’un tir qui avait touché la barre transversale. Cependant, les échanges polémiques se remémorent en permanence des réalisations, particulièrement de celles garantissant la victoire. Quoique les buts et passes décisives se révèlent les deux plus indicateurs majeure d’une bonne performance, ils ne sauraient être pris isolément pour apprécier l’input de leurs architectes. À preuve, malgré ses dix buts à la CDM 2026, Mbape n’avait pas emmené les « Bleus » en finale. Le Real Madrid non plus n’avait remporté aucun titre majeur en 2025-2026 alors que le prodige français avait terminé Pichichi de la Liga avec 25 goals. 

Le football étant un sport collectif, la véritable valeur d’un joueur se mesure davantage à l’aune de sa contribution à la performance de l’équipe. Les fins connaisseurs ont même extrapolé au-delà de la pelouse, fouillant dans les entraînements et les vestiaires, pour jauger de l’importance d’un joueur pour le collectif. C’est à juste titre, car ce sport ne requiert pas que des habilités technique, physique et tactique. Le succès d’une équipe dépend tout aussi bien du climat psychologique qui y règne. Il existe des joueurs qui par leur leadership avisé se sont révélés de véritables « Game Changer » parce qu’ils ont su trouver les mots approprier pour inspirer leurs pairs. Le sport ne se pratique pas seulement avec les pieds ou les mains, mais aussi avec le cœur.

Le pâle bilan de Rodri 

Rodrigo Hernandez pratique un jeu footballistique simple mais efficace « un contrôle et une passe ». N’empêche qu’il se révèle un joueur impeccable, qui sait lire les 7140 m2 avec une dextérité fascinante. Cette aptitude requise d’un milieu de terrain proactif permet au capitaine de la Roja de placer les pions sur l’échiquier et d’amorcer les actions de son équipe de manière dynamique. Par sa vista couplée de la précision de ses passes, le milieu de terrain espagnol donnait du tempo à son équipe. Un véritable maestro pour assurer la symphonie de l’orchestre. Cependant, à l’inverse de plusieurs de ses concurrents, le milieu de terrain espagnol n’a pas su achever l’œuvre dans la complétude. Le capitaine espagnol n’avait marqué aucun but ni livré une passe décisive tout au long de cette compétition prolifique. Des finalistes occupant pratiquement le même poste que Rodri déposaient leurs empreintes sur le jeu tout en étant décisifs dans les occasions de buts. Il manquait à celui qui a reçu le titre de MVP de l’édition de la CDM 2026 ce cachet impactant que l’on a décelé chez d’autres concurrents.

Au cours de la compétition du Mondial 2026, le public a découvert des milieux de terrain qui tantôt jouaient le rôle de défenseur tantôt celui d’avant-centre avec une dextérité surprenante. Le cas de Jude Bellingham, un milieu de terrain ayant à son actif 7 buts et une passe décisive, est particulièrement révélateur. Dans le sale boulot comme dans la finition, Jude a été colossal dans la sélection anglaise, terminée 3e de la compétition. C’est regrettable que Michael Olise, dirait-on averse au filet, ne puisse s’inscrire dans un pareil registre. Sinon, le milieu de terrain français se serait également distingué pour rivaliser tout potentiel MVP ou pressenti du Ballon d’Or. Malheureusement, dans une maladresse déconcertante, le meilleur passeur du Mondial (7 passes décisives), aurait gaspillé presqu’autant de « passes décisives » reçues de ses coéquipiers. En raison de cette lacune dans la finition, Olise ne peut donc bénéficier du refrain lobbyiste de Ousmane : « Et Olise Ballon d’Or, … ».

Le titre d’homme du match constitue également un indicateur pertinent de l’influence réelle d’un joueur sur le déroulement d’une rencontre. Or, Rodri n’a été désigné homme du match qu’à une seule reprise au cours des huit rencontres disputées par l’Espagne. Ce constat ne plaide guère en faveur du capitaine de la Roja. Il suggère qu’il n’a pas exercé une domination constante sur le jeu ni incarné, à lui seul, la principale force motrice de son équipe. Parallèlement, en raison de leurs poids individuels dans les victoires collectives, Lionel Messi et Jude Bellingham avaient reçu ce titre partiel, annonciateur de celui du MVP, à quatre reprises. Kylian Mbappé et Erling Haaland l’ont raflé à trois reprises. 

Le seul indice avantageux de Rodri vis-à-vis de Messi, Bellingham ou Mbape serait que son équipe est coiffée championne de la compétition. Cependant, en référence aux prix MVP remportés par exemple par Luka Modric (Croatie) en 2018, Diego Forlan (Uruguay) en 2010 et Zinédine Zidane (France) en 2006, l’on déduit que le meilleur joueur de la CDM peut être extrait même de la troisième ou quatrième place. Ce n’est donc pas un critère que le MVP provienne nécessairement de l’équipe championne. Compte surtout la performance individuelle et la contribution collective du récipiendaire de ce titre d’excellence. 

Afin d’identifier les meilleurs joueurs, ceux dont l’empreinte est véritablement tangible dans les victoires de leurs équipes, il est essentiel d’apprécier avec justesse la combinaison de leurs performances individuelles et de leur contribution au succès collectif. Le bon sens continue de se demander alors, selon quels critères la décision consistant à décerner le titre de MVP à Rodri pour la CDM 2026 pourrait-elle se justifier ? 

Besoin de standards objectifs

Il en résulte toujours d’énormes frustrations quand crédit n’est pas octroyé à qui crédit est dû. Dans pareils contextes, l’éthique et la méritocratie en pâtissent également. Dans les scénarios de proximité de performance pour des postes quasiment similaires, le fanatisme du juge peut l’emporter sans qu’il y ait forcément des grincements de dents. Cependant, dans les cas où de béantes démarcations s’observent entre les concurrents, les biais d’évaluation ne pourraient pas être digérées. À cet égard, n’avait-on pas vécu en 2024 des scénarios de frustration et de grognements de la foule quand Rodri devait recevoir le Ballon d’Or vis-à-vis de son concurrent immédiat ? 

Vinícius Jr. s’était amplement distingué à la Liga. Plus important, il avait illuminé la Ligue des champions (LDC) en se montrant décisif dans les victoires du Real Madrid, notamment face au Bayern Munich, au Borussia Dortmund et à Manchester City, le club de Rodri. Dans ces confrontations de très haut niveau, l’influence du Brésilien sur les résultats de son équipe terminée championne de la LDC apparaissait déterminante. Dès lors, attribuer le Ballon d’Or à Rodri avait été perçu aux yeux de nombreux observateurs comme une décision profondément contestable, d’autant que aucun des joueurs en lice pour le Ballon d’Or ne brillait lors des tournois nationaux. Le cas de Rodri devrait servir de jurisprudence pour inciter des institutions comme la FIFA et l’UEFA à rendre de plus en plus objectifs les critères de sélections d’un MVP d’une compétition. Sous peine de gâcher la bonne ambiance du cercle vertueux du football, les évaluateurs doivent envisager des balises standardisées afin que les récompenses soient décernées de manière juste en contrepartie des meilleures performances. 

Comment remettre à l’heure les pendules de l’équité qui voudrait que chacun soit véritablement récompensé selon sa contribution ? L’idéal consisterait à disposer d’une grille objective permettant de mesurer avec précision la réalisation de chaque joueur pendant une compétition. Reconnaissons toutefois que le football n’est pas une science exacte. Il demeure illusoire d’établir un dispositif d’évaluation totalement exempt de subjectivité. Ainsi, même si des efforts méthodologiques se déploient afin d’en réduire la portée, une certaine part de subjectivité restera présente dans l’appréciation des performances individuelles. L’essentiel consiste à mieux opérationnaliser les notions abstraites en y intégrant toutes les nuances qui favorisent la minimisation de la dose de fanatisme ou de subjectivité des évaluateurs. À quelques exceptions près, cette initiative permettra même au commun des mortels à deviner un MVP avec un risque minimal de se tromper. 

Question de comparer ce qui est comparable, il faudrait également tenir compte dans l’octroi des trophées individuels des différents postes et leurs attributions. À cet effet, l’attente d’un défenseur ne peut être la même que celle d’un avant-centre. Tandis que la mission principale d’un attaquant de pointe consiste à faire trembler les filets de l’équipe adverse, un défenseur doit s’atteler à empêcher son équipe d’encaisser des buts. En revanche, le rôle principal d’un milieu de terrain consiste à organiser le jeu. Il garde également à l’esprit la nécessité de mettre les avant-centre en orbite en vue d’atteindre l’objectif final, celui de scorer. Tous n’ont pas les mêmes taches ; ils ne doivent donc pas être jugés suivant les mêmes critères. Dès lors, le principe de la relativité devrait être de mise dans les évaluations des joueurs. Voilà pourquoi certains experts plaident à juste titre pour que les prix soient attribués par poste spécifique. 

Quelle Coupe du Monde ! De belles révélations, des expositions culturelles, des buts d’anthologie, d’excellents gestes techniques. La marchandise a été d’excellente facture. Cependant, il y avait une série d’enfantillage au niveau du patron de la FIFA pour plaire aux doléances obliques d’une Maison blanche narcissique qui a sali l’image du sport roi. Après tant de scandales de conflits d’intérêts, d’un trophée de paix inventé, de visas refusés et d’un carton rouge suspendu vécus lors de cette Coupe du monde, il fallait en éviter d’autres. Le cercle sportif doit prendre des distances par rapport à la politique afin de se sanctuariser à travers son crédo inspirant « Mens sana in corpore sano ». De la même façon qu’il est essentiel de brandir carton rouge aux acteurs politiques susceptibles d’empoisonner cette belle industrie, il faut également attribuer les trophées collectifs et individuels avec justesse. Une retraite s’impose entre les principaux acteurs de l’élite probe du football afin d’en faire le bilan et surtout de nettoyer les écuries d’Augias.  

Dans tous les champs, le mérite et le fanatisme ne font pas bon ménage. En cette ère d’une gouvernance mondiale prise en otage par l’imposture, le cercle sportif est appelé à assurer un rôle clé pour inspirer les acteurs des autres champs, incluant l’académique et le politique. Aucune gloire ne peut suivre une victoire si celle-ci n’est exempte de tout soupçon de favoritisme. Ainsi, un titre individuel ou collectif se mérite quand il est conquis à la lumière de références objectives. Honneur et mérite à la sélection espagnole pour avoir décroché son deuxième titre grâce à son football tiki-taka, fondé sur un collectif indivisible. Dommage que l’on ne puisse faire l’éloge du MVP dans le même sens d’un mérite scellé par une démarcation individuelle incontestable. 

Indubitablement, Rodri a eu un faible impact dans la CDM 2026, notamment en comparaison avec les autres potentiels MVP. Sous aucun angle, la performance individuelle de Rodri n’est comparable à celle de Messi, Bellingham ou Mbape. Les organisateurs auraient donc envoyé un signal de favoritisme en offrant ce fameux prix à un joueur qui avait réalisé des exploits individuels de loin inférieurs à ceux de ses concurrents immédiats. 

Certains y perçoivent un mauvais présage aussi pour le Ballon d’Or 2026. Ils prédisent qu’un nouveau scandale se pointent à l’horizon des deux prochains mois. Lorsque l’on se souvient que c’est le beau jeu du football qui souffre des longs épisodes de contestation, il faudrait tout mettre en œuvre pour l’en empêcher. Le football ne vit pas de scandale, il en souffre. Que triomphe en permanence la méritocratie dans ce cercle vertueux qui captive des milliards d’humains en quête de bonheur.

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com

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