Dans le cadre du WSIS Forum (6-10 juillet 2026) et du AI for Good Global Summit (7-10 juillet 2026) organisés par l’Union internationale des télécommunications (UIT) à Genève, Haïti et la République Dominicaine (RD) ont affirmé leur engagement en faveur de la gouvernance numérique mondiale et de l’intelligence artificielle au service du développement.
Ces événements phares offrent une plateforme essentielle pour aborder connectivité, éthique de l’IA, inclusion numérique et innovation.
Pourtant, leurs participations révèlent des approches contrastées, tant dans le niveau de représentation que dans les ambitions stratégiques.
Contexte et objectifs nationaux
Haïti participe dans un contexte de défis structurels persistants : faible couverture numérique, vulnérabilité aux catastrophes et besoin urgent de reconstruction institutionnelle.
Selon le communiqué officiel du Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications (MTPTC), une délégation conduite par le ministre lui-même, l’ingénieur Joseph Almathe Pierre Louis, accompagné du Directeur général du CONATEL, est en mission à Genève.
Les objectifs affichés sont clairs : positionner Haïti sur l’échiquier technologique mondial, renforcer la gouvernance numérique nationale et mobiliser des partenariats pour accélérer la transformation digitale inclusive.
Il s’agit de plaider pour un soutien concret aux pays les plus vulnérables dans l’accès aux outils IA et aux infrastructures résilientes.
La République Dominicaine s’inscrit dans une dynamique de leadership régional. Plus avancée dans son agenda numérique (plans broadband, 5G, IA éthique), elle vise à consolider son rôle de hub caribéen, à influencer les normes internationales et à attirer investissements et partenariats stratégiques.
Les deux pays partagent l’objectif d’une meilleure intégration aux chaînes de valeur numériques mondiales, mais leurs priorités divergent : urgence humanitaire et capacitation de base pour Haïti ; compétitivité et rayonnement pour la RD.
Niveau de représentation : Une différence marquante
Haïti est représentée au plus haut niveau sectoriel par le Ministre des TPTC en personne, assisté du DG du CONATEL. Cette présence ministérielle directe témoigne d’un engagement politique fort du gouvernement haïtien pour les questions numériques, malgré les contraintes budgétaires et logistiques du pays. Elle permet un plaidoyer de haut niveau sur les besoins spécifiques des États fragiles.
La RD, quant à elle, est représentée par le Président du Conseil Directif de l’INDOTEL (Guido Gómez Mazara ou équivalent selon les sessions), un niveau institutionnel et technique élevé, mais non ministériel. Cette représentation s’inscrit dans une stratégie plus large : la RD brigue un siège au Conseil de l’UIT pour la période 2027-2030. La présence active du dirigeant de l’INDOTEL sert à la fois à promouvoir les réalisations nationales et à consolider le lobbying diplomatique nécessaire à cette candidature.
Comment expliquer cette différence ?
Cette disparité n’est pas fortuite et reflète des réalités structurelles et stratégiques distinctes :
1. Contexte institutionnel et priorités : En Haïti, les questions de télécommunications relèvent directement du MTPTC, un ministère de souveraineté qui pilote les infrastructures critiques. La présence du ministre signale l’importance politique accordée à la diplomatie numérique dans un moment où le pays cherche à reconstruire et à attirer l’aide internationale. C’est une approche « verticale » et politique.
2. Stratégie de positionnement international : La RD adopte une approche plus « horizontale » et technocratique. En envoyant le président de l’INDOTEL (régulateur indépendant et opérationnel), elle met en avant son expertise technique et réglementaire mature. Cela renforce sa crédibilité pour briguer un siège au Conseil de l’UIT, organe décisionnel clé entre les Conférences de plénipotentiaires. La candidature RD nécessite une visibilité soutenue des acteurs spécialisés du secteur.
3. Ressources et culture administrative : La RD dispose d’institutions numériques plus consolidées et d’une tradition de participation régulière aux instances de l’UIT. Haïti, confrontée à des priorités multiples (sécurité, humanitaire), mobilise son ministre pour maximiser l’impact symbolique et politique d’une participation nécessairement plus resserrée.
Cette contradiction apparente – ministre pour Haïti versus haut responsable réglementaire pour une RD candidate au Conseil – illustre deux logiques complémentaires : le plaidoyer politique versus le positionnement stratégique et technique. Elle souligne aussi les asymétries de développement au sein de l’île : Haïti investit dans la visibilité ministérielle pour compenser des capacités institutionnelles plus limitées, tandis que la RD capitalise sur une bureaucratie spécialisée pour viser une influence structurelle au sein de l’UIT.
Liens avec projets en cours et retombées attendues
Pour Haïti, cette mission renforce les liens avec l’UIT sur des projets existants (connectivité, résilience, inclusion numérique) et ouvre la voie à de nouveaux financements pour des initiatives comme le développement d’un écosystème d’innovation digitale. Retombées attendues : mobilisation de partenaires, renforcement des capacités du CONATEL et visibilité accrue pour attirer l’investissement privé.
Pour la RD, la participation consolide ses projets avancés (cybersécurité, transformation digitale, IA éthique) et appuie sa candidature au Conseil. Retombées : accords concrets, renforcement de son leadership régional et préparation du terrain pour 2027-2030.
En conclusion, les participations d’Haïti et de la RD aux événements de l’UIT en juillet 2026 illustrent des trajectoires parallèles sur une même île.
La présence ministérielle haïtienne et la représentation ciblée de l’INDOTEL dominicain, dans le contexte de la candidature RD au Conseil, reflètent des stratégies adaptées à leurs réalités respectives.
Au-delà des différences, ces efforts soulignent l’importance d’une coopération bilatérale accrue en matière numérique.
L’UIT, en tant que plateforme neutre, peut jouer un rôle facilitateur pour transformer les contrastes en complémentarités, au bénéfice des populations des deux nations.
Genève 2026 doit être le point de départ d’actions concrètes sur le terrain pour une Hispaniola plus connectée et inclusive.

