PORT-AU-PRINCE – Le juriste et diplomate haïtien Pierre Antoine Louis, ancien correspondant militaire du U.S. Marine Corps, ex-diplomate du Département d’État américain et ancien expert des Nations unies sur plusieurs missions en Afrique et dans les Balkans, a vivement critiqué jeudi, sur les ondes de Mega à l’émission Booster, la multiplication des déplacements à l’étranger du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé.
Selon lui, depuis le 7 février, date à laquelle il estime que Fils-Aimé exerce seul le pouvoir exécutif, ce dernier a déjà effectué sept voyages à l’étranger, dont deux pour assister à des matchs de football, un au Vatican et le plus récent au sommet de la CARICOM à Sainte-Lucie.
Pour Pierre Antoine Louis, ce déplacement à Sainte-Lucie était « inutile » et ne rapportera « absolument rien » à Haïti. Il juge incompréhensible qu’un tel voyage soit entrepris alors que le pays est confronté à une crise sécuritaire majeure, illustrée, selon lui, par le massacre perpétré à Kenscoff.
L’ancien diplomate, qui a également travaillé sur des questions de gouvernance, de droits humains et de sécurité internationale, estime que les autorités devraient concentrer leurs efforts sur le rétablissement de l’autorité de l’État plutôt que sur des missions diplomatiques sans résultats tangibles. Il a également dénoncé le coût élevé des affrètements d’avions privés utilisés pour ces déplacements officiels.
Le diplomate s’est aussi insurgé contre l’annonce d’un don de riz promis par un État membre de la CARICOM. À ses yeux, il est humiliant que le plus vaste territoire de la communauté caribéenne dépende d’une aide alimentaire susceptible, selon lui, de fragiliser davantage la production rizicole de l’Artibonite.
Pierre Antoine Louis a également critiqué l’envoi de médecins haïtiens à l’étranger alors que les nouvelles recrues des Forces armées d’Haïti manqueraient de moyens élémentaires, affirmant que certaines auraient même été invitées à apporter leur propre brosse à dents. « Nous avons suffisamment de problèmes pour cesser les opérations de façade et nous consacrer aux véritables urgences nationales », a-t-il conclu.

