31 juillet 2026
Haïti incapable d’accueillir un match de football, mais prête, selon Fils-Aimé et son CEP, à organiser des élections… et un référendum interdit 
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Haïti incapable d’accueillir un match de football, mais prête, selon Fils-Aimé et son CEP, à organiser des élections… et un référendum interdit 

Haïti ne peut toujours pas recevoir ses rencontres de football à domicile. Pour la Ligue des  nations de la Concacaf 2026-2027, les matchs « à domicile » des Grenadiers se joueront à  Kingston, en Jamaïque. L’insécurité qui frappe Port-au-Prince et l’absence de stades  conformes aux normes internationales dans les villes de province rendent toute organisation  sur le territoire national impossible. Ce n’est pas une opinion, mais un constat technique établi  par une instance régionale. Ce constat en dit long sur l’état réel du pays. 

Pendant que le football international juge Haïti trop dangereuse et trop démunie pour  accueillir une simple rencontre, le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé et le  Conseil électoral provisoire (CEP) affirment pouvoir organiser des élections. Des élections  impliquent des milliers de bureaux de vote, des transports d’urnes, des agents électoraux, des  campagnes et une logistique nationale complexe, dans un pays où l’on ne parvient même pas  à garantir la sécurité d’un stade pendant quatre-vingt-dix minutes. 

Le paradoxe est frappant. Le football, activité limitée dans le temps et dans l’espace, exige  des conditions minimales de sécurité et d’infrastructure que Haïti ne remplit pas. Les élections  en exigent bien davantage : un contrôle effectif du territoire, une capacité de l’État à se  projeter, une neutralisation au moins temporaire des groupes armés et une administration  crédible. Or, rien de cela n’existe aujourd’hui. De larges pans du pays restent sous l’emprise  de la violence armée. Les routes sont dangereuses et l’autorité de l’État, contestée ou absente. 

Le CEP va plus loin. Dans le calendrier qu’il a publié, il programme non seulement le premier  tour des élections, mais aussi un référendum pour le même jour : le 13 décembre 2026. Or, la  Constitution haïtienne interdit explicitement un tel référendum. Voici donc une institution  censée garantir le respect des règles démocratiques qui choisit d’ajouter à un scrutin déjà  irréaliste une consultation dont le texte fondamental du pays proscrit le principe même. On ne  se contente plus de prétendre organiser ce que les conditions matérielles rendent impossible ;  on le fait en violation ouverte de la Constitution. 

Cette double prétention révèle moins une ambition démocratique qu’un déni, ou un calcul  politique. Affirmer que l’on peut organiser un processus électoral d’une telle ampleur alors  que l’on ne peut pas organiser un match de football relève de l’aveuglement ou de la  communication destinée à donner l’illusion d’un horizon institutionnel. Y ajouter un  référendum constitutionnellement interdit franchit un seuil supplémentaire : celui du mépris  pour le cadre juridique que l’on prétend pourtant vouloir restaurer. Dans un pays où l’État a  perdu le monopole de la violence légitime sur de larges portions du territoire, parler  d’élections et de référendum sans d’abord reconquérir la sécurité, c’est construire sur du  sable. 

Fils-Aimé avait promis le rétablissement de la sécurité. Il n’a rien livré de concret. Les gangs  n’ont pas reculé de manière significative. Les populations continuent de fuir et de s’adapter à  l’insécurité comme à une donnée permanente. Pendant ce temps, le chef du gouvernement de  facto continue de se déplacer en jet privé, un appareil qui coûterait plus de 4 500 dollars  

américains par heure à un État qui ne dispose même pas d’un réseau de transport moderne.  Cet avion a déjà servi à transporter le Premier ministre aux États-Unis. Pendant que les  Haïtiens ne peuvent pas assister à un match de leur sélection sur leur propre sol, le Premier  ministre circule dans les airs aux frais du contribuable, dans un luxe qui contraste avec 

l’effondrement du pays. Et pendant ce temps, le CEP publie un calendrier qui superpose  élections et référendum interdit, comme si la paperasse pouvait tenir lieu de réalité. 

Le football international ne se contente pas de déclarations. La Concacaf a tranché : Kingston,  pas Port-au-Prince. Les autorités électorales et le gouvernement de facto, eux, multiplient les  annonces et les calendriers. Ils prétendent pouvoir faire ce que le football, bien plus modeste  dans ses exigences, juge impossible, et ils le font en contradiction avec la Constitution. C’est  là que réside le problème central : non seulement l’incapacité à accueillir des matchs, mais la  prétention d’organiser le scrutin le plus complexe et le plus sensible qui soit — et même un  référendum proscrit — dans un contexte où même le plus élémentaire échoue. 

Organiser des élections, et a fortiori un référendum constitutionnellement interdit, dans ces  conditions ne produirait pas une démocratie. Cela produirait, au mieux, un exercice formel  dépourvu de légitimité ; au pire, un nouveau cycle de contestation et de délégitimation. Les  

Haïtiens n’ont pas besoin d’une élection-spectacle ni d’un référendum illégal destinés à  rassurer quelques interlocuteurs internationaux. Ils ont d’abord besoin d’un État capable  d’assurer l’ordre minimal, celui-là même qui manque pour qu’un simple match de football  puisse enfin se jouer chez soi. 

Tant que l’insécurité restera le maître du jeu, tant que les infrastructures continueront de  manquer, que les dirigeants continueront de voyager en jet pendant que le pays s’enfonce, et  que les institutions électorales publieront des calendriers en violation de la Constitution, parler  d’élections et de référendum relèvera moins de la démocratie que de l’illusion. Haïti n’a pas  besoin d’illusions électorales. Elle a besoin de réalisme, de sécurité, et d’une classe dirigeante  qui cesse de confondre les déclarations avec les résultats.

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