À observer la succession des décisions prises depuis l’installation du pouvoir de transition, la question cesse d’appartenir au registre de la provocation pour entrer dans celui du débat politique. Décrets, nominations, restructurations institutionnelles, contrôle du calendrier électoral : quels contre-pouvoirs subsistent encore face à un exécutif qui semble avancer sans rencontrer la moindre résistance institutionnelle ? Plus étonnant encore, les réunions du Conseil des ministres donnent régulièrement l’image d’une unanimité parfaite, sans abstention ni dissidence apparente, comme si le pluralisme administratif avait disparu des procès-verbaux de la République.
L’exemple de l’Unité de lutte contre la corruption nourrit cette interrogation. La personne de son ancien directeur peut faire l’objet de critiques légitimes, y compris sur les conditions de sa nomination initiale. Toutefois, son administration avait fini par engager plusieurs dossiers sensibles touchant des personnalités proches du pouvoir, rappelant qu’une institution publique n’existe que si elle conserve une capacité d’enquête indépendante. En droit public, la séparation des pouvoirs ne constitue pas un luxe démocratique mais une garantie contre l’arbitraire.
Le décret relatif à la Haute Cour de justice adopté en décembre 2025 a profondément modifié cet équilibre. Plusieurs organisations de défense des droits humains avaient demandé son retrait, estimant qu’il réduisait considérablement les possibilités de poursuites contre certains anciens hauts responsables de l’État. Dès lors, une interrogation surgit : une institution anticorruption privée de leviers judiciaires conserve-t-elle encore sa substance ou devient-elle un simple décor administratif destiné à rassurer les partenaires internationaux davantage qu’à inquiéter les puissants ?
Pendant ce temps, la dégradation des conditions de vie, l’exode des citoyens et les humiliations diplomatiques semblent relégués au second plan d’un agenda politique dominé par la maîtrise des institutions stratégiques. Le Conseil électoral, les organes de contrôle, l’appareil financier et les mécanismes de transition paraissent progressivement converger vers un même centre de décision. La tentation du pouvoir absolu commence souvent par la disparition silencieuse des contrepoids plutôt que par les proclamations solennelles.
Alors, que reste-t-il à Alix Didier Fils-Aimé pour se proclamer roi d’Haïti ? L’histoire haïtienne a déjà connu des couronnes, des empires et des monarchies, de Henri Christophe à Faustin Ier. Mais la Constitution de 1987 repose sur une idée simple : la souveraineté appartient au peuple et non aux gouvernants de passage. En dernière instance, selon le principe salus populi suprema lex esto, le destin des institutions ne se décide ni dans les décrets ni dans les palais, mais dans la volonté collective d’une nation qui demeure, malgré tout, la seule détentrice de sa souveraineté.
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Que reste-t-il à Alix Didier Fils-Aimé pour se proclamer roi d’Haïti ?
- by Rezo Nodwes
- 3 juillet 2026
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