29 juin 2026
TPS : avec « Lakay se lakay », Kathia Verdier va-t-elle suivre Megyn Kelly ou défendre enfin la diaspora haïtienne ?
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TPS : avec « Lakay se lakay », Kathia Verdier va-t-elle suivre Megyn Kelly ou défendre enfin la diaspora haïtienne ?

Au début du mois de juillet 2025, au lendemain des annonces américaines sur la fin programmée du TPS pour les ressortissants haïtiens, Kathia Verdier, ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, était intervenue publiquement sur le sort des bénéficiaires menacés d’expulsion. Invitant les personnes concernées à « garder la tête froide », elle avait résumé sa position par une formule appelée à susciter de nombreux débats : « Lakay se lakay ». Une année plus tard, après la décision de la Cour suprême américaine ouvrant la voie à la suppression effective du TPS, cette déclaration revient au centre du débat public avec une portée politique nouvelle.

Le TPS, créé par l’Immigration Act de 1990, demeure une protection temporaire relevant de la souveraineté migratoire américaine. Washington peut donc modifier ou retirer ce régime selon ses procédures internes. Mais cette compétence des États-Unis ne libère pas Haïti de ses devoirs envers ses ressortissants établis à l’étranger.

Une interrogation traverse le débat haïtien : combien d’Haïtiens auraient réellement choisi l’exil si, après le séisme du 12 janvier 2010, le pays avait retrouvé la stabilité institutionnelle, la sécurité et la croissance économique ? Pour de nombreux observateurs critiques de la trajectoire nationale depuis les élections contestées de 2011, les vagues migratoires successives apparaissent moins comme un choix individuel que comme la conséquence d’un affaiblissement continu des institutions publiques, de la dégradation des conditions de vie et d’une crise de gouvernance devenue chronique.

Ces mêmes analyses soutiennent que les transitions politiques successives ont souvent été perçues comme dépendantes d’arbitrages extérieurs ou d’accords négociés sous forte influence internationale, alimentant chez une partie de la population le sentiment d’un déficit de légitimité démocratique des autorités successives. Une réalité demeure : la majorité des bénéficiaires haïtiens du TPS ont quitté leur pays non pour rompre avec lui, mais parce qu’ils estimaient ne plus pouvoir y construire leur avenir ou protéger leurs familles.

La Convention de Vienne sur les relations consulaires de 1963, notamment son article 5, confie aux autorités consulaires la mission de protéger les intérêts de leurs nationaux dans l’État de résidence. Cette protection ne signifie pas qu’Haïti peut bloquer une décision américaine ; elle impose toutefois une obligation de représentation, d’information, d’assistance administrative, de plaidoyer diplomatique et de défense de la dignité des ressortissants concernés.

C’est ici que les propos de Megyn Kelly — « Go home! Get out! Go back to f… Haiti! » — prennent une dimension institutionnelle. Face à une injonction publique formulée dans le registre de l’humiliation, le silence du MHAVE ne serait pas une simple prudence diplomatique. Il pourrait être interprété comme une défaillance de protection consulaire à l’égard d’une diaspora qui contribue massivement à la survie économique de nombreuses familles haïtiennes.

Kathia Verdier doit donc clarifier sa ligne. Le « Lakay se lakay » peut-il encore servir de réponse politique lorsque le pays d’origine ne garantit ni sécurité minimale, ni accueil structuré, ni conditions réelles de réintégration ? Ou la ministre choisira-t-elle enfin de défendre publiquement les Haïtiens du TPS, non comme des migrants indésirables, mais comme des ressortissants dont l’État conserve la charge morale, juridique et diplomatique ?

Une partie importante de la nation haïtienne vit aujourd’hui hors du territoire national sans avoir jamais cessé de contribuer à la survie économique du pays. Dans les conditions actuelles, où presque tout vient à manquer, sur fond de corruption institutionnalisée, quelle garantie de vivre “lakay” en paix, sans risque d’être kidnappé, rançonné ou porté disparu au coin d’une rue, le gouvernement dont fait partie Kathia Verdier peut-il offrir ? Plusieurs responsables d’organisations de défense des droits humains appellent déjà l’État haïtien à reconnaître l’ampleur de sa faillite institutionnelle et à solliciter un moratoire auprès des autorités américaines, dans l’attente d’une résolution réelle de la crise et d’un rétablissement vérifiable de la sécurité, non par slogans, mais par des faits visibles sur le terrain.

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