« Nous connaissons les défis : l’insécurité, la désinformation, les tensions politiques et les fragilités institutionnelles. » Une telle formulation, publiée par la Primature, interroge la portée de la communication gouvernementale au moment où Haïti traverse l’une des séquences les plus graves de son histoire contemporaine.
Un État ne communique pas sur l’effondrement sécuritaire, la paralysie institutionnelle et la détresse de milliers de familles déplacées à travers des expressions générales, presque administratives. La parole publique, particulièrement en période de crise nationale, doit porter la gravité des faits, reconnaître l’ampleur des responsabilités et présenter des orientations concrètes.
L’insécurité qui frappe Haïti ne peut être réduite à un simple « défi » de gouvernance. Elle traduit une remise en cause profonde de l’autorité publique : territoires abandonnés aux groupes armés, citoyens forcés de quitter leurs maisons, écoles fermées, économie fragilisée et communautés entières contraintes de survivre dans l’incertitude quotidienne.
La communication institutionnelle n’est pas un exercice de visibilité numérique ni une succession de messages destinés à alimenter les plateformes sociales. Elle engage la crédibilité de l’État devant les citoyens. Lorsqu’un gouvernement s’adresse à une population éprouvée, chaque phrase doit être portée par la rigueur, la responsabilité et la conscience du moment historique.
Le recours au terme « désinformation » mérite également un examen plus approfondi. Dans un État démocratique, la contradiction, les analyses juridiques et les critiques citoyennes ne peuvent être automatiquement assimilées à une campagne de désinformation. Qui détermine la frontière entre une information volontairement trompeuse et un débat légitime sur les décisions du pouvoir ? La question devient encore plus sensible lorsque les autorités elles-mêmes changent de trajectoire sur des dossiers majeurs.
Ainsi, lorsque le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le Conseil présidentiel de transition avaient reconnu, en novembre dernier, que l’option référendaire n’était plus retenue, comment expliquer un retour, quelques mois plus tard, vers une démarche qualifiée d’illégale, d’illégitime et d’inconstitutionnelle par plusieurs voix critiques, notamment au regard des dispositions de la Constitution de 1987 interdisant le référendum constitutionnel ? La cohérence institutionnelle demeure la première réponse qu’un État doit apporter avant d’accuser ses contradicteurs.
Primature, montrez-vous à la hauteur dans vos textes. Haïti mérite davantage que des formules brèves calibrées pour les réseaux sociaux : une parole d’État juridiquement assumée, politiquement responsable et moralement proportionnée à la détresse nationale. Car lorsque le pays vacille, l’autorité publique ne se mesure pas seulement à la fréquence de ses publications ; elle se juge à la précision de ses mots, à la cohérence de ses actes et à sa capacité de répondre devant l’Histoire.

