L’organisation des examens du baccalauréat des 13 au 16 juillet 2026 à Carrefour, zone contrôlée par le chef de gang Krisla, et en Plaine, sous l’emprise de Jeff Gwo Lwa, constitue bien plus qu’une simple épreuve scolaire.
Elle apparaît comme un exercice de répétition grandeur nature pour les élections générales prévues en décembre prochain.
La capacité des gangs à « autoriser » le déroulement des épreuves, à négocier avec les autorités éducatives, à assurer une forme de sécurité sélective et à maintenir un semblant d’ordre sur leur territoire offre un aperçu concret de la manière dont ils pourraient encadrer, influencer ou perturber le scrutin à venir.
Ce qui se joue aujourd’hui dans les centres d’examen n’est pas seulement l’avenir de 118 090 candidats, mais aussi un test de gouvernance parallèle qui révèle la vraie cartographie du pouvoir dans ces zones.
Ce lundi 13 juillet, dès l’aube, le Centre d’examen de Carrefour se transforme en forteresse fragile. Des barrières de pneus et de tôles bloquent les rues adjacentes. Des jeunes armés aux couleurs de Krisla montent la garde.
Le chef de gang, bien qu’invisible, impose sa loi : les examens se tiendront à condition que ses hommes contrôlent les accès et que personne ne trouble son territoire.
Plus de 800 candidats, uniformes froissés et sacs transparents à la main, convergent vers les grilles. Élèves de Carrefour, déplacés de Martissant ou de Fontamara, tous partagent la même tension. L’air est lourd, chargé d’une légère odeur de brûlé rappelant les récents affrontements.
Les surveillants du ministère et quelques policiers nerveux tentent de prendre les choses en main, mais l’autorité réelle appartient à Ti Bèl, lieutenant de Krisla.
Un accord tacite est passé : fouilles légères, pas d’arrestations visibles, en échange d’une « protection » contre d’éventuels rivaux. À 8 heures, les sujets sont distribués dans un silence pesant. Philosophie, mathématiques, français…
Les stylos grattent le papier tandis que, dehors, des motos patrouillent. Une candidate serre sa copie comme une bouée de sauvetage ; un garçon du nouveau bac technologique semble perdu dans ses formules.
Vers 10 h 30, un incident manque de dégénérer : un candidat paniqué veut sortir sans autorisation. Un surveillant l’intercepte juste avant que les hommes armés n’interviennent. La tension redescend, mais les cœurs restent serrés.
À midi, les plats chauds promis par le ministre Vijonet Déméro arrivent : riz aux pois, poulet, bananes plantains. Les rations, un peu plus généreuses dans l’Ouest, sont distribuées sous haute surveillance.
Les candidats mangent vite, assis par terre, sous le regard des gardes de Krisla qui, pour une fois, respectent la consigne : ne pas toucher à la nourriture des élèves.
L’après-midi reprend dans la même atmosphère lourde. Les copies s’accumulent. Un surveillant remarque une tentative de fraude mais préfère fermer les yeux pour éviter tout drame.
À 16 heures, les dernières épreuves se termineront. Les candidats sortent épuisés, soulagés ou inquiets. Ti Bèl échange quelques mots avec des jeunes qu’il connaît : « Restez prudents ce soir, la zone est encore chaude. »
En Plaine, sous le contrôle de Jeff Gwo Lwa, le scénario suit une logique similaire mais avec ses propres codes. Les motards du chef circulent plus ostensiblement. Un pasteur allié au gang a béni le centre le matin même.
La distribution des repas y est plus chaotique, mais la « protection » de Gwo Lwa reste efficace : aucun groupe rival ne s’approche.
Là aussi, les examens se déroulent dans une sécurité négociée, répétant le même ballet de pouvoir entre État défaillant et autorités parallèles.
Ainsi, du 13 au 16 juillet, dans ces deux zones, le baccalauréat se tient malgré tout. 42 623 candidats dans l’Ouest, parmi les 118 090 au niveau national, tentent de construire leur avenir au milieu des armes.
Cette organisation « pacifiée » par les gangs offre aux observateurs un avant-goût précieux : si Krisla et Gwo Lwa peuvent encadrer des examens nationaux, ils sauront, demain, encadrer des bureaux de vote, négocier avec des partis politiques ou imposer leur ordre le jour du scrutin de décembre.
Lorsque le soleil se couche sur Carrefour et la Plaine, les paquets de copies sont scellés. Demain, une nouvelle journée d’épreuves commencera. Et avec elle, la répétition générale d’un futur électoral incertain se poursuivra.
Le ministère appelle au sens des responsabilités. Sur le terrain, ce sens prend aujourd’hui le visage paradoxal de chefs de gang qui, pour des raisons qui leur sont propres, ont décidé que les examens auraient lieu.
Ce qui se joue dans ces centres n’est pas seulement un baccalauréat. C’est déjà une répétition pour les prochaines élections .

