Ottawa / Port-au-Prince — La nomination d’Alexandre Côté comme nouvel ambassadeur du Canada en Haïti ramène sur la scène diplomatique un représentant déjà imprégné des réalités nationales. Son retour intervient dans un contexte marqué par l’effondrement sécuritaire total, l’absence d’institutions élues et une crise de gouvernance qui continue d’affaiblir les rapports entre l’État et les citoyens. Elle replace aussi le Canada au cœur du Core Group, ce « syndicat d’ambassadeurs », selon l’ancien sénateur Joseph Lambert, perçu par une partie de l’opinion nationale comme un cercle d’influence étrangère susceptible de peser sur les orientations politiques internes du pays.
Ancien chef de la coopération canadienne en Haïti, Côté ne découvre pas les tensions profondes qui traversent le pays. Lors de ses précédentes fonctions, il avait multiplié les interventions autour de thèmes sensibles : renforcement démocratique, participation citoyenne, inclusion politique des femmes, protection des journalistes et respect des libertés publiques.
Ses déclarations passées avaient une portée institutionnelle claire : la communauté internationale peut accompagner Haïti, mais elle ne peut se substituer aux responsabilités des acteurs nationaux. À travers ses messages, le diplomate canadien insistait sur la nécessité pour les autorités haïtiennes de créer les conditions d’un État fonctionnel, capable de garantir sécurité, droits fondamentaux et confiance publique.
Son retour à Port-au-Prince intervient toutefois dans une réalité encore plus difficile : montée en puissance des groupes armés, déplacements massifs de population, crise humanitaire et absence prolongée de renouvellement démocratique et institutionnalisation dénoncée de la corruption – rapport Transparency Internatinal 2025-. Pour Ottawa, le choix d’Alexandre Côté représente la désignation d’un diplomate expérimenté, appelé à gérer un dossier haïtien où coopération internationale, rapports de force diplomatiques et exigences institutionnelles restent étroitement liés.

