Au pays où chaque jour férié fait habituellement l’objet d’une proclamation empressée, le site officiel de la présidence est resté étrangement muet ce 1er mai. Aucune annonce, aucun message, pas même le rituel numérique qui consacre d’ordinaire l’art de décréter le repos. Une absence qui vaut déclaration : la fête du travail s’est célébrée sans son principal commentateur administratif.
Pendant ce temps, au sommet de l’État, l’activité la plus constante semble demeurer la perception régulière des émoluments publics, dans une économie où le salaire minimum continue de défier le prix du gallon de carburant. Les cérémonies promises, les costumes soigneusement repassés et les discours calibrés paraissent flotter au-dessus d’un vide statistique : chômage indéterminé, pauvreté massive, et une réalité sociale que nul indicateur officiel ne parvient à fixer avec certitude.
Quant à l’agriculture, invoquée dans les formules protocolaires du 1er mai, elle se conjugue désormais au passé dans certaines plaines incendiées de l’Artibonite, pendant que les circuits informels — des péages imposés aux routes aux économies de survie — redéfinissent les règles du travail. Fête nationale, donc, ou simple exercice de style ? Le pays célèbre le labeur ; le labeur, lui, attend encore sa reconnaissance.

