par l’Ingénieur Reynald Orival
Vendredi 15 octobre 2021 ((rezonodwes.com))–
Des rivières de larmes déferlent sur la ville des Gonaïves en l’espace de deux à trois semaines qui sont semblables aux eaux tumultueuses du cyclone Jeanne. Des cœurs dans des familles gonaïviennes au Canada, aux Etats Unis, en Haïti et plus particulièrement dans la cité de l’indépendance sont immergés dans la douleur provoquée par un disparu, des pleurs ruissellent sur des visages, des habitudes sont en train de changer en souvenir.
Gonaïves a vu naitre beaucoup d’enfants et est aussi témoin de ceux qui sont partis très tôt ou très âgés. Après que le professeur Fournel St Pierre, madame Fede Brisard, monsieur Jean Limage, madame Julianna Mondésir, monsieur Lionel Magloire, madame Marie Lydie Canell, monsieur Bedell Vieux, l’ingénieur Fred Jean Charles, madame Yonnette Alexis, madame marie Jocelyne Bordenave, le professeur Gracia Beaudin et hier après-midi Elias Zikie Khader qui ont tous cassé leur pipe, ceux qui partent chaque jour à partir des pompes funèbres de la ville et ceux qui viennent au monde, ne voyez-vous pas que la mort et la vie se côtoient dans un dialectique magique que seul le grand Architecte de l’univers connaît la vraie raison.
Elias Zikie Khader est de Basil Khader, son père d’origine de la Syrie et d’une jeune belle haïtienne Germaine Osias. Son père arrivait aux Gonaïves à peu près à la même époque où plusieurs personnes d’origine de la Syrie fuyaient leur pays pour diverses raisons, venaient s’établir en Haïti. Un groupe d’entre eux avait découvert le charme d’une ville accueillante, propre et remplie d’opportunité, alors ils s’établissaient en se lançant dans le commerce. Gonaïves devenait leur ville d’adoption.
Brasil Khader (père du défunt) vendait des tissus divers, Raphael Frino offrait des sandales « bata » et des souliers « step over », les frères Elias dans l’hôtellerie le Royal bar, Isaac dans les chaussures en plastique (fabnak), les Zureik dans les magasins à article divers (Le Flamengo) et le divertissement le Roxy Ciné, les frères Catini dans les magasins, Mr et Madame Alabi dans la quincaillerie, les Magofi dans des activités diverses. A l’époque, il y avait une classe économique florissante aux Gonaïves dominée en grande partie par ces nouveaux venus. C’étaient des gens très courtois, respectueux qui offraient leur service à la ville des Gonaïves et des zones environnantes.
William Zureik de son vivant était l’initiateur du mouvement de l’éventuelle usine de ciment aux Gonaïves. Il avait dépensé trois millions dollars américains pour l’étude du projet mais il n’avait pas pu le mettre en exécution, toujours la mainmise de la république de Port-au-Prince sur les autres cinq départements du pays. Tout par et pour Port-au-Prince.
Revenons à Elias Zikie Khader. Il est né aux Gonaïves et a fréquenté l’école des frères de l’instruction chrétienne derrière la savane Poudrière pour ses études primaires et le collège Jean Jacques Dessalines pour ses études secondaires. C’était un homme courtois, aimant les affaires comme son père. Il aimait aussi ses amis qui sirotaient l’alcool. Il y avait en Elias Zikie trois personnes : l’homme d’affaire, l’homme qui aimait ses rares amis, l’homme amoureux et sournois. C’était un passionné, un malade fou de sa ville natale où il a passé toute sa vie jusqu’à sa mort. Elias Zekie Khader était un ami et un grand supporteur de la Télé Radio Provinciale. A chaque fois que je venais passer quelques jours de vacances aux Gonaïves, je lui rendais une visite d’amitié dans sa boutique soit pour acheter quelques produits. Son accueil était toujours chaleureux. Je me souviens d’une expérience faite avec Zeki, c’est sur ce nom en général qu’on le connaissait. Après le tremblement de terre de 2010, au nom de la Télé Radio Provinciale, j’organisais une levée de fonds pour aider les journalistes de la Télévision Nationale d’Haïti, Zeki sans trompette était le premier à me donner une enveloppe de deux mille dollars pour supporter le projet. C’était un homme généreux pour les bonnes causes.
A la nouvelle de la mort de son ami Gracia Beaudin, Zeki qui souffrait déjà depuis plusieurs années de diabète a cassé hier après-midi sa pipe. Il est parti dans la ville qui l’a vu naitre en accomplissant le cycle complet de la vie.
Elias Zekie Khader, partez sans regrets, vous aviez rempli votre mission sur cette terre. Que Dieu veuille recevoir votre âme dans sa somptueuse et glorieuse maison.
Ing. Reynald Orival

