Par Vitalème ACCÈUS
Vendredi 4 octobre 2019 ((rezonodwes.com))– Qu’est ce qui explique l’apparition éclair de Jovenel Moise à la rue panaméricaine dans la commune de Petion-Ville, alors que personne ne sait qui a déclenché les hostilités, après trois semaines de paralysie des activités?
Cela ressemble, toutes proportions gardées, aux événements du premier trimestre de 1986. On savait qu’il allait se passer quelque chose après la visite de Jean Claude Duvalier au Bel – Air le 30 Janvier 1986.
Est-ce le cas pour Jovenel Moise aujourd’hui ?
En effet, interpréter les intentions de l’apparition éclair d’un président comme Jovenel Moise provenant d’un régime politique hermétique, violent et cynique, qui pratique depuis toujours une forme d’endogamie régressive au sommet de l’Etat, est un exercice difficile pour un président où la tentation paranoïaque est permanente. Cette visite est nourrie par une propagande visant à représenter ce régime sans visage après la dilapidation des Fonds Petro-Caribe comme un régime omniscient et omnipotent.
Aujourd’hui, le rejet du Président Jovenel Moise est inscrit au cœur d’une large majorité des Haïtiens. A force d’attiser le désespoir et l’exaspération d’une population déjà éprouvée à divers égards, la persistance de cet état de choses peut conduire à une crise de régime. Faut-il attendre avec résignation ?
Qui peut prétendre l’ignorer ? Aujourd’hui Jovenel Moise est le président le plus impopulaire que le pays n’ait jamais connu. Le président impopulaire a toujours peur de son propre peuple. Les vraies visites que la population attendaient aujourd’hui c’est la visite des victimes du massacre de La Saline et la visite des camarades de Badou, ce jeune militant assassiné par des bandits lourdement armés au niveau de Delmas et membre de Baz 47 dans la même commune.
Peut-on mesurer le baromètre de la popularité du président à une petite visite programmée de 30 secondes à des sympathisants proches de PHTK à la rue Panaméricaine de Petion Ville ?
Pourtant le problème se trouve au Cap-Haïtien à quelques kilomètres de la ville natale du président (Trou–du-Nord), où sous les yeux de la PNH des civils armés de Shada et Lafossette affrontent avec des armes à feu, des manchettes et des bâtons pour demander la démission du président, les agents n’ont pas essayé de mettre fin à cette action et personne n’a été arrêté alors qu’il y a eu près d’une vingtaine de personnes touchées par les projectiles.
En plus, à Mirebalais, les agents de l’Unité Départementale de Maintien d’Ordre (UDMO) ont tiré à balles réelles et à hauteur d’homme tout en empêchant à une personne touchée par des projectiles d’aller recevoir les soins que nécessitait son cas.
Dans la zone métropolitaine, la PNH a mobilisé ses effectifs pour protéger les entreprises de Petion-Ville et de haut Delmas et n’a pas protégé les biens de tous les citoyens violant ainsi le principe d’égalité, régulant le fonctionnement des institutions publiques.
Ce sont les pauvres qui payent tout le prix de la violence et des troubles socio- politiques aujourd’hui. Les quartiers de Petion-Ville sont plus ou moins épargnés par les actes de violence, les activités fonctionnent et ne sont pas totalement affectés, alors que la vie a cessé depuis plus de trois semaines dans les quartiers pauvres de la capitale. Le président Jovenel Moise n’imagine pas la vie de ces milliers de gens, djobeurs, petits marchands, qui sont obligés de se terrer chez eux, quand on sait que ces personnes vivent au jour le jour.
Pour faire plaisir à l’éditorialiste de Miami Herald qui questionne sur le leadership d’un président qui ne dirige rien, le président Jovenel Moise est donc soumis à une ultime épreuve : la mise en scène de la Rue Panaméricaine qui ne fait que décupler les doutes et la suspicion.
Vitalème ACCÈUS
Anthropo- Sociologue
E-mail : acceus2009@gmail.com


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