En sous-effectif pour affronter les gangs sur le front, la Police nationale d’Haiti voit ses unités spécialisées dévier de leur mission principale pour se mettre au service des officiels et figures du secteur privé des affaires. Le Syndicat de la Police nationale d’Haiti (SPNH-17) dénonce l’impuissance de la hiérarchie de la Police à redresser la situation.
Une crise interne latente secoue la PNH. Elle résulte dans la mauvaise répartition des agents de l’institution policière et le non-renforcement des juridictions policières en panne d’effectif. Selon le coordonnateur du SPNH-17, l’inspecteur Garry Jean-Baptiste, plus de 60% de l’effectif du corps policier est affecté à la garde rapprochée des officiels et des grands manitous du secteur privé haïtien.
Le constat est pour le moins alarmant. Avant la démolition du Commissariat de Marchand-Dessalines, pour garantir la sécurité d’une population de cent cinquante mille habitants, seulement six policiers y étaient affectés. Dans l’île de la Gonâve, seulement dix policiers mobilisés pour sécuriser la population insulaire. Il en est de même pour les commune de Chardonnières, Tiburon, Roche-à-Bateau, Mole Saint-Nicolas dans lesquelles la présence policière se révèle insignifiante.
À l’opposé de cette réalité qui tend à perdurer dans les provinces, le tableau se révèle différent à Port-au-Prince. Le cortège du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé regorge de policiers d’unités spécialisées, d’agents formés pour rétablir la paix et spécialisés au combat rapproché et aux opérations en milieu urbain. Cas similaire pour des hommes d’affaires, des ministres, des directeurs généraux qui s’offrent le service des policiers d’unités d’élite comme «bodyguard».
«Protéger et servir», passe d’une devise à un simple slogan. Des policiers fraîchement gradués préfèrent être engagés dans la sécurité privée d’une «VIP» plutôt que s’engager sur le front pour protéger la population civile, révèlent des anciens hauts placés de la PNH. Il suffit d’une lettre de recommandation d’un haut placé de l’État pour que la hiérarchie de l’institution policière perde le contrôle total d’un policier reconverti garde rapprochée.
Une prime additionnelle, le confort que procure le djob, le temps de travail limité, les privilèges sont pour autant la motivation derrière cette ambition mesurée des policiers, confient des anciens gardes du corps. Dans le même registre, des anciens officiels de l’État, même démissionnaires ou révoqués continuent de bénéficier du service d’un policier «bodyguard», confient des sources policières. Transformée en un business privé, la PNH est confrontée à une crise d’autorité, concluent les deux syndicats. Les différents appels à faciliter une meilleure répartition des policiers sont restés sans suite.

