Alerte rouge sur la République ! Barricadez les coffres-forts et cachez vos fillettes : le « Papa charogne » est de retour en ville ! Pour se prémunir contre cette résurgence tragi-comique digne d’un Eugène Marin Labiche de mauvais goût, la prudence exige que le Trésor public se déclare en faillite préventive pendant que ses partisans exhument leurs habits bariolés pour un carnaval licencieux.
Quant aux oreilles chastes, fuyez sans tarder, sans vous retourner. Le « Bandit légal », sa majesté autoproclamée de la fange, de la vulgarité crasse et de l’obscénité érigée en programme de gouvernement, vient de s’inscrire officiellement comme candidat à une élection renvoyée aux calendes grecques. Pour la deuxième fois, parce que le premier viol de la démocratie n’avait pas satisfait ses goûts orgiaques.
En principe, le châtiment doit toujours suivre le crime. Chez nous, la pratique nous présente l’impunité comme un fertilisant miracle qui fait germer les plus beaux spécimens de scélérats. Sous le coup des sanctions internationales, jugé « infréquentable » par la moitié de la planète, Ti Simone s’en contrefiche et fonce à brides abattues vers la reconquête de son dû. Car le pouvoir lui appartient. C’est lui qui l’a dit, et un Roi Charles Oscar de la déchéance ne ment jamais.
C’est donc au son du « vaksin » d’un rara en transe que Sweet Micky a fendu la foule de Port-au-Prince pour aller déposer sa candidature à des élections dont personne ne connaît la date, mais dont tout le monde devine déjà le dénouement tragi-comique. Un spectacle d’une telle pureté dans l’horreur qu’il ferait passer Molière pour un auteur de tragédies austères.
On le sait, quand le « Papa charogne » débarque, il ne s’embarrasse pas de la discrétion d’un voleur de nuit. Pourquoi se cacher quand on peut piller en plein jour sous les applaudissements des partisans écervelés ? Son retour promet un ouragan d’immondices verbales, un déluge de décibels de caniveau prêt à doucher la bienséance.
C’est que l’artiste est complet : à sa kleptomanie légendaire s’ajoute une tuyauterie buccale d’où les pires monstruosités fusent à la vitesse d’une kalachnikov que porterait un Lanmò-100 jou ou un Barbecue.
La rumeur n’était donc pas une fake news. Comment ce champion de la dégueulasserie aurait-il pu résister à l’appel d’un cirque électoral déjà peuplé de clowns dont le pays regorge ?
À l’annonce de son retour, les cyniques ont sabré le champagne, les nostalgiques bromidrophiles ont frétillé de joie, et les comptables de l’État ont été pris de sueurs froides et de diarrhées spontanées.
Que cherche donc à prouver ce cher Micky ? Sa toxicité est de notoriété publique et la longueur de ses doigts ferait rougir de jalousie un Mobutu. Reviendrait-il simplement pour traire les mamelles déjà desséchées, flasques et squelettiques de la pauvre vache nationale ? Hélas, l’animal est à l’infirmerie, agonisant. Son banquet de 2012 a été si gargantuesque qu’il n’y a plus une goutte de lait pour fabriquer le beurre dont ce gros matou est si friand.
Depuis le grand siphonage des caisses de l’État – ce chef-d’œuvre qui a vu s’évaporer plus de quatre milliards de dollars PetroCaribe –, la tirelire nationale ressemble à une peau de chagrin. Pourtant, comme pour féliciter un braqueur d’avoir vidé la banque en un temps record, Sweet Micky s’attend à ce qu’on lui remette à nouveau les clés du coffre. Le bon sens populaire rappelle qu’on ne confie pas la garde de la mantèque au chat, mais apparemment, une partie de la population semble souffrir d’amnésie.
Le revoilà donc, dans nos murs comme un mort-pion politique. Fatigué de son exil doré chez l’Oncle Sam où sa petite famille menait la vie de château, grâce aux dollars débloqués et enfouis dans ses poches, il revient pour achever le travail du dernier coup de truelle pour l’inhumation du cadavre qu’est devenue notre République.
Il vient réclamer la paternité exclusive des gangs, donner des cours de « vivre-ensemble » à coups de machettes et débloquer ce que lui et ses propres héritiers ont bloqué. Qui sait, sa simple présence sur le trône suffira peut-être à étancher la soif de sang de ses lieutenants légaux et illégaux. « Se mèt chen an ki manyen tèt chen an ».
Quel doux métier que celui de président : les liasses de billets verts donnent le vertige et, comme il le hurle si bien, « Sak pa kontan, anbake ! » (Que ceux qui ne sont pas contents fichent le camp !).
Le manque de diplômes ? Un détail pour esprits étroits ! Ce qui compte ici, c’est de parler couramment le langage des égouts et de posséder une maîtrise en grivoiserie. Les cortèges de bagnoles blindées, les per diem astronomiques, les privilèges princiers et les voyages d’agrément aux frais du contribuable sont la juste récompense d’un leader qui a su élever la corruption au rang du patrimoine national.
Avec Sweet Micky, c’est le retour du show total, de la foire aux chimères où le sérieux est fusillé sur la place publique pour laisser place aux promesses de villas de luxe avec vue sur la misère comme toile de fond. Les micros saturent, les basses font vibrer les murs des maisons déjà chancelantes, et le peuple oscille frénétiquement entre le rire jaune, l’hypnose collective et l’overdose de cynisme.
Les derniers idiots utiles attendaient peut-être un homme d’État, oubliant ce vieux proverbe de notre chère Afrique qui dit que le tigre ne se débarrasse jamais de sa tigritude. À la place, ils retrouvent le même provocateur en chef, toujours prêt à distribuer ses insultes fleuries avec une affinité toute particulière pour la gent féminine, sa cible favorite.
Quelques rabat-joie osent encore poser des questions sur son bilan ou sur l’argent de la reconstruction qui s’est volatilisé dans ses poches. Mais à quoi bon s’emmerder avec des chiffres et des rapports d’audit quand on peut faire danser une foule affamée sur des ruines, en lui distribuant un billet de 1000 gourdes pour prix de sa dignité ?
Le décor est planté, les courtisans se bousculent dans les couloirs de la décharge pour mendier un regard ou une miette du festin scatologique. On applaudit l’audace du crétinisme, on encense l’indécence, en faisant semblant de ne pas entendre les casseroles judiciaires qui résonnent pourtant plus fort que les tambours du rara. Haïti devient ce coin de terre où défilent les prostitués politiques qui laisseront comme héritage des cicatrices qui feront honte à nos petits-enfants.
Au bout du compte, quand le rideau tombe et que l’odeur miasmatique émanant de Sweet Micky se dissipe, il reste cette nausée tenace. L’impression d’avoir assisté au tour de magie le plus vulgaire de l’histoire, un rituel de Gede de fin de soirée où le spectateur, hébété et dépouillé, regarde ses propres poches vides en se demandant s’il doit éclater de rire ou crever de honte.
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Professeur Ducasse Alcin

