PORT-AU-PRINCE — Près de six millions d’Haïtiens sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, selon une analyse publiée le 28 octobre par le système IPC, un dispositif international soutenu par plusieurs agences des Nations unies. Près de deux millions de personnes se trouvent en situation d’urgence alimentaire. L’Associated Press rapporte que la violence des gangs, les déplacements de population et la hausse des prix aggravent la crise.
Cette détresse donne un relief particulier aux interrogations sur les déplacements du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Son récent voyage au Mexique, que des médias haïtiens attribuent à un mariage, aurait été effectué à bord d’un jet privé. Radio Télé Métronome, cité par Le Placentin, affirme que la location de l’appareil aurait été payée par l’État, au tarif d’environ 4 500 dollars l’heure.
Le coût annoncé du jet n’est qu’un volet des dépenses qui appellent des explications. La Fondasyon Je Klere (FJKL) évalue à 52 millions de dollars pour un an le contrat de sécurité conclu avec Windward Wyoming, société associée à Erik Prince. L’organisation affirme que 35,5 millions de dollars auraient déjà été décaissés au cours des huit premiers mois. Elle précise ne pas avoir obtenu la version signée du contrat et conteste les résultats de l’accord, alors que des groupes armés continuent de contrôler des axes et des zones stratégiques.
À cette somme s’ajoute le contrat de lobbying conclu avec Drake Ventures, la firme de Roger Stone : les documents rapportés par la presse américaine prévoient jusqu’à 780 000 dollars sur douze mois, soit 65 000 dollars par mois. Cette dépense intervient alors que des organisations haïtiano-américaines demandent au gouvernement d’expliquer la mission confiée au cabinet et les objectifs visés.
Le gouvernement avait pourtant instauré des mesures d’austérité, réservant les voyages à l’étranger des responsables publics aux missions essentielles autorisées par le Premier ministre. Entre cette règle, les déplacements en jet et les engagements financiers de plusieurs millions, la question de la reddition de comptes devient pressante : qui vérifie les dépenses, publie les contrats et évalue les résultats ?

