
Samedi 10 octobre 2026
Au cœur des célébrations de la Fête nationale de Taïwan, entre protocole, rencontres diplomatiques et perspectives pour Haïti
Le samedi 10 octobre 2026, j’ai pris part aux célébrations officielles de la 115e Fête nationale de Taïwan, une journée marquée par un protocole rigoureux, des démonstrations impressionnantes et de nombreuses rencontres diplomatiques. Au-delà de la découverte de l’organisation taïwanaise et de son attachement à la démocratie, cette expérience m’a permis d’échanger avec plusieurs diplomates sur les perspectives de coopération avec Haïti, notamment dans les domaines de l’éducation, de la technologie et du développement. J’en retiens une conviction essentielle : des possibilités existent pour Haïti, mais leur concrétisation exige une volonté politique affirmée et un suivi efficace.
Une journée officielle placée sous le signe de la rigueur et de l’organisation
Le samedi 10 octobre 2026 était consacré à la célébration officielle de la 115e Fête nationale de la République de Chine (Taïwan). Pour cette journée importante, notre rendez-vous était fixé à 8 heures, au rez-de-chaussée de l’hôtel. À l’heure prévue, nous avons pris le véhicule qui devait nous conduire au National Day Celebration organisé sur la place située devant le Bureau présidentiel, où se déroulaient les principales activités officielles.
Cette célébration se distinguait par son niveau de préparation, la rigueur de son protocole et la précision de son organisation. Chaque étape semblait avoir été soigneusement planifiée afin d’assurer le bon déroulement des activités et de faciliter la participation des invités.
À notre arrivée, nous avons présenté nos cartes d’invitation aux agents de sécurité, qui procédaient à la vérification des identités. Nous avions déjà été informés des consignes à respecter pour faciliter les contrôles. Les agents ont vérifié nos invitations et nos noms sur les listes officielles, avant de nous laisser poursuivre notre parcours en délégation.
Nous avons ensuite été dirigés vers une grande salle où se tenait une première réception réunissant des dignitaires, des ambassadeurs de différents pays, des représentants officiels et d’autres personnalités invitées. Nous avons salué plusieurs diplomates et dignitaires présents dans la salle.
C’est dans ce cadre que j’ai eu le plaisir de saluer l’ambassadeur d’Haïti à Taïwan, M. Roudy Stanley Penn, qui participait lui aussi à cette célébration. J’en ai profité pour le présenter à certaines personnes que j’avais eu l’occasion de rencontrer au cours de mon séjour à Taïwan. Ces échanges informels contribuaient à créer une atmosphère propice aux rencontres et au rapprochement entre les participants.
Un protocole minutieux pour saluer les plus hautes autorités de Taïwan
Après cette première réception, les organisateurs ont procédé à l’appel des invités, un par un, suivant l’ordre établi sur la liste officielle. Chaque personne devait se placer en ligne et attendre que son nom soit prononcé avant d’avancer. Cette procédure a été répétée afin de s’assurer que tous les participants connaissaient le protocole à suivre.
Une fois cette étape terminée, nous nous sommes de nouveau mis en ligne. À l’appel de son nom, chaque invité avançait vers la salle principale pour saluer les plus hautes autorités de l’État taïwanais.
Lorsque mon tour est arrivé, j’ai d’abord salué le président de Taïwan, M. Lai Ching-te, puis le Premier ministre, M. Cho Jung-tai. J’ai ensuite salué l’épouse du président, le ministre des Affaires étrangères ainsi que deux autres membres du gouvernement.
Je figurais pratiquement à la fin de la liste des invités. Une rencontre m’a particulièrement surpris : la dernière personne que j’ai saluée, sachant que j’étais Haïtien, m’a adressé quelques mots en créole haïtien. Surpris, je n’étais pas certain d’avoir bien entendu. Mon interlocuteur a alors insisté en répétant : « Kòman ou ye ? » Je doutais encore, mais j’ai finalement répondu : « Ça va, merci ! »
Cette brève conversation m’a agréablement étonné. Elle m’a fait comprendre que certaines personnes à Taïwan connaissent quelques mots de créole haïtien, signe que les échanges et les contacts entre les peuples peuvent parfois laisser des traces inattendues.
Une cérémonie nationale suivie par le public
Après les salutations officielles, nous avons traversé une autre salle qui débouchait sur l’espace réservé à la célébration publique. Nous nous sommes ensuite dirigés vers la rue située à proximité du palais présidentiel pour assister aux activités du National Day, notamment aux défilés et aux démonstrations organisés devant le public.
L’ensemble du dispositif était remarquablement structuré. La circulation dans la rue principale, où se déroulait l’événement, était bien encadrée. Les forces de sécurité étaient nombreuses et des scouts étaient également présents pour assurer le cordon de sécurité et contribuer à l’encadrement des spectateurs.
À notre arrivée dans cette zone, plusieurs hôtesses ont vérifié nos noms avant de nous conduire directement aux places qui nous avaient été réservées. Chaque invité de marque disposait d’un numéro d’identification correspondant à son siège. Cette méthode permettait aux organisateurs de diriger les participants sans confusion et de maintenir l’ordre tout au long de la cérémonie.
Un sac contenant différents cadeaux nous a également été remis. Il comprenait notamment une casquette destinée à nous protéger du soleil. Cette attention témoignait du souci des organisateurs de prendre en considération les besoins des invités.
Le drapeau taïwanais dans le ciel et l’émotion de l’hymne national
À 10 heures précises, trois hélicoptères sont apparus dans le ciel, volant en formation triangulaire. Le premier transportait le drapeau taïwanais, offrant un spectacle impressionnant aux personnes rassemblées pour assister à la cérémonie.
Selon le programme officiel, tout le monde devait se lever à l’arrivée du chef de l’État. Nous nous sommes donc mis debout pour accueillir le président et participer aux moments solennels qui allaient suivre.
L’hymne national de la République de Chine (Taïwan) a ensuite été entonné. Tandis que nous étions tous debout, le public a chanté l’hymne dans une atmosphère empreinte d’émotion et de fierté nationale.
Cette séquence m’a permis de mesurer l’importance accordée aux symboles nationaux et à la mémoire collective. La célébration ne se limitait pas à un événement protocolaire : elle représentait également un moment de rassemblement autour de l’identité nationale et des valeurs auxquelles la population est attachée.
Le discours du président Lai Ching-te : démocratie, sécurité et prospérité
Après l’hommage national, connu sous le nom de National Day Tribute, le président Lai Ching-te a prononcé son discours à l’occasion de la 115e Fête nationale.
Son intervention était principalement axée sur la défense de la démocratie, le renforcement de la sécurité nationale et la poursuite du développement économique et technologique de Taïwan.
Le chef de l’État a rappelé le chemin parcouru par Taïwan pour devenir une société démocratique, libre et prospère. Il a souligné que cette évolution reposait sur la résilience de sa population, son attachement à la liberté et sa volonté de construire un avenir meilleur pour les générations futures. Il a également insisté sur le rôle que Taïwan entend continuer à jouer dans la communauté internationale, notamment en contribuant à la paix, à la stabilité et au progrès.
Sur le plan de la sécurité, le président a évoqué la nécessité de renforcer les capacités de défense du territoire face aux menaces et aux pressions extérieures. Il a insisté sur l’importance de la préparation, de la vigilance et de la coopération avec les partenaires internationaux pour préserver la paix. Il a également souligné la nécessité de maintenir le statu quo dans le détroit de Taïwan, tout en défendant la souveraineté et le mode de vie démocratique de la population.
Le développement économique et technologique a constitué un autre volet important de son intervention. Le président a mis en évidence le rôle stratégique de Taïwan dans l’économie mondiale, notamment dans les domaines des semi-conducteurs, des hautes technologies et de l’innovation. Il a plaidé pour le renforcement de la compétitivité économique, la diversification des partenariats commerciaux et le développement de nouvelles industries.
Il a également rappelé que la prospérité devait bénéficier à l’ensemble de la population, grâce à une croissance durable, à de meilleures perspectives d’emploi et à une plus grande justice sociale.
Enfin, son discours a mis l’accent sur la solidarité nationale, la protection des droits et des libertés ainsi que la responsabilité collective dans la construction de l’avenir. Le président a invité les Taïwanais à dépasser leurs divisions, à préserver les acquis démocratiques et à faire preuve de détermination face aux défis régionaux et mondiaux.
En résumé, le message central de Lai Ching-te était clair : Taïwan doit protéger sa démocratie et sa sécurité, consolider son économie et son avance technologique, et préserver son unité afin de construire un avenir de paix, de liberté et de prospérité.
Une parade mettant en valeur les institutions et les services nationaux
Après le discours présidentiel, les invités sont restés sur place pour assister à une prestation musicale, suivie d’un défilé mettant en valeur différentes unités et institutions qui contribuent à la défense, à la sécurité, à la protection civile et au fonctionnement des services publics de Taïwan.
Cette parade a permis au public de découvrir les représentants de plusieurs corps et services nationaux, notamment les forces armées, les forces spéciales, les unités de l’aviation, la police, les pompiers et les équipes de secours. Des services auxiliaires relevant du ministère de l’Intérieur ainsi que des représentants du Service des parcs nationaux, le National Park Service, figuraient également parmi les participants.
Le défilé a mis en lumière la diversité des missions assurées par ces institutions : défendre le territoire, maintenir l’ordre public, porter secours aux personnes en difficulté, prévenir les incendies et protéger le patrimoine naturel du pays. Certaines unités ont présenté des équipements et des moyens opérationnels utilisés dans l’exercice quotidien de leurs fonctions.
Cette démonstration a constitué un moment important des célébrations du 10 octobre 2026. Elle a permis aux spectateurs d’apprécier la contribution des différents services à la sécurité nationale, à la protection de la population et à la préservation des ressources du pays.
Mes observations sur l’organisation de la cérémonie
Dans l’ensemble, j’ai trouvé l’organisation de cette journée particulièrement réussie. Chaque étape semblait avoir été préparée avec soin, depuis l’accueil des invités et les contrôles de sécurité jusqu’au déroulement des activités officielles et à la gestion des places réservées.
Un détail mérite toutefois d’être signalé : les conditions météorologiques. À certains moments, le soleil était particulièrement intense et la chaleur devenait difficile à supporter. Heureusement, le ciel était souvent couvert, ce qui nous a permis de mieux supporter les conditions climatiques.
Pour une prochaine édition, il pourrait être utile de prévoir des tentes dotées de protections latérales plus larges, afin de mieux protéger les visiteurs du soleil et des gouttes de pluie qui tombaient par moments. La distribution d’ombrelles ou de parasols portant l’emblème de Taïwan pourrait également constituer une initiative appréciable.
Ces quelques suggestions ne diminuent en rien la qualité générale de l’organisation. Elles découlent plutôt de mon observation personnelle et de l’intérêt que je porte aux détails pratiques susceptibles d’améliorer l’expérience des participants.
J’ai surtout constaté que la Fête nationale représente un événement auquel les Taïwanais accordent une importance considérable. Il s’agit d’une journée de fierté, de rassemblement et de célébration nationale, que les autorités comme la population prennent très au sérieux.
Ma participation à cette cérémonie m’a permis de découvrir davantage l’ingéniosité, la créativité, le professionnalisme et le sens de l’organisation des Taïwanais. J’ai également été frappé par leur volonté de continuer à développer leur pays et à maintenir sa place parmi les acteurs importants de la technologie mondiale.
Un déjeuner au centre commercial Q Square de Taipei
À la fin de la cérémonie, nous sommes retournés au point de départ avant de nous rendre au centre commercial Q Square, situé sur Chengde Road, dans le district de Datong, à Taipei. Nous devions y prendre part à un déjeuner sous forme de buffet.
Ce repas a été l’occasion d’une rencontre particulièrement intéressante. J’ai eu le plaisir de retrouver M. Vincent Lu, un diplomate qui avait travaillé comme troisième secrétaire à l’ambassade de Taïwan en Haïti entre 1996 et 1999.
Au cours de notre conversation, il m’a demandé des nouvelles de plusieurs amis qu’il avait connus en Haïti. Il se souvenait encore de la beauté du pays durant son séjour professionnel et évoquait avec intérêt cette période de sa carrière diplomatique.
Cette rencontre m’a rappelé qu’à Taïwan, il est possible de croiser, de temps à autre, des personnes qui connaissent Haïti, qui ont visité le pays ou qui y ont travaillé dans le cadre de missions humanitaires ou d’autres initiatives de coopération.
Ces retrouvailles sont particulièrement enrichissantes. Elles permettent de partager des souvenirs, de confronter des expériences et de découvrir les liens qui unissent parfois, de manière inattendue, Taïwan et Haïti.
À la découverte d’un grand centre commercial spécialisé en électronique
Après le déjeuner, je me suis rendu dans un grand centre commercial spécialisé dans les produits électroniques afin d’effectuer quelques achats.
Cet établissement m’a impressionné par ses dimensions et par son organisation. Il compte plusieurs étages, avec des espaces consacrés à différentes catégories de produits. Chaque section semble se spécialiser dans un type précis d’équipement ou d’accessoires électroniques. On y trouve ainsi une grande variété d’articles regroupés par secteur.
Cette visite m’a permis de constater l’importance de ce type de commerce dans l’environnement urbain taïwanais et la diversité des produits proposés aux consommateurs.
J’ai toutefois remarqué que l’anglais n’était pas parlé par tout le monde. Dans certains magasins, je suis tombé sur deux ou trois personnes qui ne parlaient pas du tout cette langue. Cette situation peut compliquer les échanges pour un visiteur étranger, surtout lorsqu’il souhaite obtenir des renseignements précis sur un produit.
En matière de transport, j’ai également constaté que les services de type Uber étaient disponibles à Taïwan. Il restait néanmoins possible de faire appel à un taxi traditionnel dans la rue, ce qui offrait une autre solution pour se déplacer dans la ville.
Après ces emplettes, nous sommes retournés à l’hôtel afin de nous préparer pour notre prochain rendez-vous.
Une réception officielle à la Taipei Guest House
À 17 heures, nous devions nous rendre à la Taipei Guest House pour participer à la réception organisée dans le cadre de la Fête nationale de la République de Chine (Taïwan).
Cette nouvelle activité représentait une autre occasion de rencontrer des personnalités issues des milieux diplomatiques, économiques et institutionnels. Au cours de cette réception, j’ai eu l’occasion de converser avec plusieurs personnes et de faire la connaissance de représentants francophones qui se sont intéressés à notre présence.
Parmi eux figurait le Dr Allen Lien, qui avait travaillé en Haïti après le tremblement de terre de 2010 et qui en avait gardé de bons souvenirs. Il collabore aujourd’hui avec Acer Medical, une entreprise active dans le domaine des technologies médicales.
Cette rencontre m’a particulièrement intéressé, car elle témoignait une nouvelle fois des liens humains et professionnels qui se sont créés entre Haïti et Taïwan à la faveur de missions de coopération et d’interventions dans des circonstances difficiles.
Des rencontres avec des responsables francophones à Taipei
Au cours de la réception, plusieurs francophones nous ont entendus converser en français et sont venus spontanément échanger avec nous. J’ai ainsi eu le plaisir de faire la connaissance de M. Lex Kaufhold, directeur exécutif du Bureau du commerce et des investissements du Grand-Duché de Luxembourg à Taipei (Luxembourg Trade and Investment Office).
Nous avons également conversé avec M. Lutz Gullner, chef du bureau de l’Union européenne à Taipei, relevant de l’Office économique et commercial européen (European Economic and Trade Office).
Nous avons aussi eu l’honneur d’être abordés par M. Frédéric Laplanche, ambassadeur de France à Taïwan, ainsi que par d’autres diplomates francophones qui semblaient bien informés de la situation en Haïti.
Ce qui m’a particulièrement étonné au cours de ces échanges, c’est de constater que de nombreuses personnes à Taïwan connaissent l’histoire d’Haïti et suivent l’actualité de notre pays. Malgré la distance géographique, Haïti n’est donc pas totalement inconnu de ces interlocuteurs, dont certains ont eu des contacts directs avec notre pays ou s’intéressent à son évolution politique, sociale et économique.
Ces rencontres m’ont offert l’occasion d’aborder plusieurs sujets liés aux relations internationales, à la coopération et aux perspectives de développement pour Haïti.
Des échanges sur les relations entre la France et Haïti
Au cours de mes conversations avec des diplomates francophones, nous avons notamment discuté des relations entre la France et Haïti, ainsi que des possibilités de renforcer leur coopération.
J’ai évoqué le vaste plan d’appui au développement qu’avait annoncé le président français François Hollande lors de sa visite en Haïti. Il avait alors promis des réalisations importantes, notamment dans le domaine de l’éducation. J’ai souhaité comprendre les obstacles qui avaient empêché la concrétisation de certaines initiatives envisagées.
Mes interlocuteurs m’ont expliqué que l’insécurité constituait l’un des principaux freins à la mise en œuvre de projets de cette envergure.
J’ai reconnu que la situation sécuritaire représentait un problème majeur, particulièrement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Toutefois, j’ai fait remarquer que certaines initiatives auraient peut-être pu être lancées dans des villes de province moins touchées par l’insécurité. À mes yeux, les difficultés rencontrées dans la capitale ne devraient pas nécessairement conduire à suspendre toute possibilité d’intervention dans les autres régions du pays.
J’ai également souligné l’intérêt particulier que la France pourrait avoir à soutenir Haïti en raison de nos liens historiques, culturels et linguistiques. Haïti occupe une place singulière dans la Caraïbe en tant que pays francophone. J’ai estimé que, si notre pays parlait l’espagnol ou l’anglais, les rapprochements culturels et linguistiques avec certains de nos voisins caribéens pourraient être plus naturels.
Dans cette perspective, j’ai défendu l’idée que la France avait tout intérêt à soutenir Haïti, malgré les difficultés et les différends hérités de l’histoire, afin de contribuer à la préservation et au rayonnement de la langue française dans la région.
J’ai également évoqué l’exemple du Rwanda, qui a progressivement accordé une place importante à l’anglais dans ses institutions et son système éducatif. Cette évolution m’a amené à souligner qu’un changement linguistique majeur pourrait, à terme, être envisageable en Haïti si les circonstances et les orientations nationales venaient à évoluer.
Nos échanges ont porté sur plusieurs autres sujets. J’en ai retenu une idée importante : l’insécurité et l’instabilité politique constituent des obstacles sérieux à la concrétisation de certains projets proposés ou soutenus par des partenaires étrangers.
Les possibilités de bourses et de formation à l’étranger
Cette réception m’a également permis de discuter avec plusieurs diplomates des possibilités d’études et de formation offertes aux jeunes Haïtiens dans différents pays.
Nous avons notamment évoqué des possibilités en Inde ainsi que dans la Caraïbe, où des partenariats pourraient être envisagés avec l’University of the West Indies, connue sous le nom de West Indies University dans certains échanges.
Ces conversations m’ont conduit à une réflexion essentielle : les possibilités de coopération et de formation existent, mais leur concrétisation dépend souvent de la capacité des responsables haïtiens à établir des contacts, à présenter des demandes précises et à assurer un suivi rigoureux.
Je suis convaincu que l’éducation devrait occuper une place centrale dans la diplomatie haïtienne. De nombreuses nations seraient disposées à apporter leur contribution à la formation des jeunes Haïtiens, notamment par l’intermédiaire de bourses d’études, de programmes universitaires, de formations techniques ou de partenariats institutionnels.
Un gouvernement dynamique et visionnaire devrait rechercher activement ce type d’opportunités à travers le monde. Il devrait pouvoir identifier les programmes existants, établir des relations avec les institutions concernées et faciliter l’accès des jeunes aux possibilités de formation disponibles.
L’objectif serait de permettre aux étudiants haïtiens de se former à l’étranger, d’acquérir des connaissances et des compétences, puis de revenir mettre leur savoir-faire au service de leur patrie.
Plusieurs pays ont investi dans la formation de leurs citoyens à l’étranger et ont pu tirer profit des compétences acquises par ces derniers. Haïti pourrait, lui aussi, bénéficier d’une politique éducative et diplomatique qui accorde une place importante à la formation internationale de sa jeunesse.
Ces rencontres ont ainsi constitué des occasions d’échanger avec des représentants de la communauté diplomatique et économique internationale et d’explorer de nouvelles pistes de contact susceptibles de contribuer, à terme, au développement des relations de coopération en faveur d’Haïti.
Mes échanges avec l’ambassadeur d’Haïti à Taïwan
En raison de mon calendrier particulièrement chargé, je n’ai malheureusement pas pu, comme je l’aurais souhaité, me rendre à l’ambassade d’Haïti à Taïwan pour rencontrer les membres de son personnel. J’ai toutefois eu l’occasion de rencontrer à deux reprises l’ambassadeur d’Haïti à Taïwan, M. Roudy Stanley Penn, notamment dans le cadre des célébrations de la Fête nationale taïwanaise.
Nos échanges ont été particulièrement enrichissants. Nous avons discuté de la signification de cette célébration, de la résilience de la démocratie taïwanaise, des relations diplomatiques entre Haïti et Taïwan ainsi que des perspectives de coopération dans plusieurs domaines, notamment l’éducation, l’agriculture, la technologie, le commerce et les infrastructures.
L’ambassadeur Penn m’a également présenté plusieurs contacts susceptibles de contribuer à la recherche de nouvelles opportunités pour Haïti, en particulier dans le domaine de l’éducation et de l’accès des jeunes Haïtiens aux études supérieures et aux bourses de formation à Taïwan.
Profitant de ces rencontres, j’ai engagé avec lui une conversation plus approfondie sur les perspectives de coopération entre les deux pays et sur les possibilités qui pourraient être offertes à la jeunesse haïtienne.
La résilience démocratique taïwanaise et les relations haïtiano-taïwanaises
Interrogé sur la signification de la Fête nationale et sur le symbole que représente la citoyenneté taïwanaise, l’ambassadeur Roudy Stanley Penn a souligné le parcours politique de Taïwan, qui a évolué d’une période marquée par des restrictions des libertés vers un système démocratique. Selon lui, cette transformation témoigne de la résilience du peuple taïwanais et de son attachement à la démocratie.
Il a également évoqué les différences entre les philosophies politiques de la République de Chine (Taïwan) et de la République populaire de Chine. Pour le diplomate haïtien, participer à cette célébration, en tant que représentant d’un pays démocratique comme Haïti, revient à célébrer avec un pays ami la résilience de sa démocratie.
L’ambassadeur a expliqué que sa présence aux festivités nationales revêtait une signification particulière, compte tenu des relations diplomatiques que les deux pays entretiennent depuis près de 70 ans. Il y voit un témoignage du soutien d’Haïti à la démocratie taïwanaise, dans un environnement régional marqué par d’importants enjeux géopolitiques.
Une coopération qui progresse dans plusieurs secteurs
Abordant l’état des relations haïtiano-taïwanaises, Roudy Stanley Penn les a décrites comme très bonnes sur le plan politique. Il a également fait état d’une amélioration de la coopération économique, en se référant aux chiffres des dernières années.
Il a rappelé que les deux pays avaient développé des relations dans plusieurs domaines, notamment l’éducation, l’agriculture et les investissements étrangers. Des investissements taïwanais existent également en Haïti. Pour le diplomate, ces échanges illustrent la solidarité entre les deux peuples.
En ce qui concerne les perspectives d’avenir, l’ambassadeur a réaffirmé la volonté d’Haïti de continuer à soutenir Taïwan et de renforcer la coopération bilatérale. Il a particulièrement insisté sur les possibilités offertes par les secteurs de la technologie et du commerce, soulignant que des avancées avaient été réalisées récemment, notamment grâce à la signature d’accords.
Selon lui, ces progrès ouvrent la voie à de nouvelles initiatives susceptibles de consolider les relations entre les deux pays.
Davantage de bourses d’études pour les jeunes Haïtiens
La coopération éducative a occupé une place importante dans notre entretien. Interrogé sur les possibilités offertes aux étudiants haïtiens, l’ambassadeur Penn a indiqué que le nombre de bourses d’études avait augmenté et que des discussions avec l’Agence taïwanaise de coopération internationale et de développement, connue sous le sigle ICDF, laissaient espérer une augmentation supplémentaire l’année suivante.
Cette évolution devrait permettre à un plus grand nombre de jeunes Haïtiens remplissant les conditions requises, notamment sur le plan linguistique, de poursuivre leurs études dans les universités taïwanaises.
L’ambassadeur a ainsi mis en avant l’importance de l’éducation comme levier de développement et comme domaine privilégié de coopération entre les deux pays.
Des projets d’infrastructures freinés par l’insécurité
Sur la question des investissements et des projets d’envergure que Taïwan pourrait soutenir en Haïti, le diplomate a expliqué que l’encouragement des entrepreneurs taïwanais et des acteurs politiques à s’engager dans des projets importants faisait partie de son travail.
Il a évoqué des projets à caractère financier, structurel et infrastructurel, susceptibles de contribuer au développement d’Haïti. Il a notamment cité la participation taïwanaise à des projets liés au réseau électrique haïtien.
Toutefois, il a précisé que la situation sécuritaire en Haïti constituait un obstacle à l’avancement de certaines initiatives. Malgré ces difficultés, il estime que les perspectives restent positives, à condition que les deux pays continuent à entretenir leurs relations diplomatiques et à renforcer leur coopération.
Un message de solidarité et une invitation à étudier l’expérience taïwanaise
En conclusion de notre entretien, l’ambassadeur Roudy Stanley Penn a adressé un message aux peuples taïwanais et haïtien.
Aux Taïwanais, il a rappelé qu’ils pouvaient continuer à compter sur le soutien de la diplomatie haïtienne, qui défend, selon lui, l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination des peuples.
À l’intention des Haïtiens, il a invité la population à s’intéresser davantage à l’expérience taïwanaise. Il a estimé que Taïwan, dont les dimensions présentent certaines similitudes avec celles d’Haïti, avait réalisé des progrès dont les Haïtiens pourraient tirer des enseignements. Il a donc encouragé une meilleure connaissance de la société taïwanaise et une étude approfondie de son parcours de développement.
L’ambassadeur Penn met en évidence sa volonté de consolider les liens entre Haïti et Taïwan, tout en soulignant le potentiel de coopération dans plusieurs secteurs stratégiques. Il a également rappelé l’intérêt d’examiner l’expérience taïwanaise en matière de développement, d’éducation et d’innovation afin d’identifier des pistes susceptibles d’inspirer les efforts de progrès en Haïti.
Perspectives : des possibilités à explorer, mais surtout un suivi à assurer
Au terme de cette journée particulièrement riche en rencontres et en découvertes, je suis arrivé à une conviction : il existe de nombreuses possibilités de collaboration et d’ouverture pour Haïti, mais leur concrétisation dépendra largement du suivi qui leur sera accordé.
En tant que membre de la société civile et citoyen privé, je ne suis pas le mieux placé pour conduire directement ce type de coopération, puisque je ne fais pas partie du gouvernement. Je considère toutefois qu’un gouvernement doté d’un leadership efficace, dynamique et visionnaire, véritablement déterminé à contribuer au progrès d’Haïti, devrait rechercher activement des possibilités de partenariat à travers le monde.
Taïwan mérite une attention particulière en raison des relations diplomatiques que les deux pays entretiennent et des possibilités de rapprochement, notamment dans le domaine de l’éducation.
Le plus important, à mes yeux, reste le suivi. Il arrive souvent que des possibilités de coopération se présentent, que des interlocuteurs manifestent leur intérêt et que des pistes prometteuses soient évoquées, sans que les démarches nécessaires soient entreprises pour les concrétiser.
Mon séjour à Taïwan, les échanges avec les responsables des différentes institutions rencontrées et les conversations avec les diplomates m’ont permis de constater que des possibilités existent. Cependant, les partenaires étrangers ne peuvent pas, à eux seuls, décider de venir implanter des projets en Haïti. Il faut que les autorités haïtiennes prennent l’initiative, définissent leurs priorités, formulent des demandes précises et mettent en place les mécanismes nécessaires pour assurer le suivi des propositions.
Je suis convaincu qu’un gouvernement responsable et visionnaire devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour tirer pleinement profit des relations diplomatiques avec Taïwan et avec les autres partenaires internationaux d’Haïti. Cela suppose une diplomatie active, capable d’identifier les besoins du pays, de rechercher les possibilités de financement et de formation, puis de transformer les contacts établis en projets concrets.
L’éducation devrait notamment constituer l’un des piliers de cette démarche. Les bourses d’études, les formations techniques, les échanges universitaires et les partenariats entre institutions représentent autant de possibilités susceptibles de contribuer au développement du pays. En permettant aux jeunes Haïtiens de se former à l’étranger avant de revenir mettre leurs connaissances et leurs compétences au service de leur patrie, Haïti pourrait renforcer progressivement ses ressources humaines et sa capacité à relever ses défis.
Mon rôle, au cours de ce voyage, a été de découvrir des pistes, de rencontrer des interlocuteurs, de recueillir des informations et de mettre en évidence des possibilités de coopération. Le travail de prospection et de sensibilisation est important, mais il ne saurait remplacer les démarches institutionnelles nécessaires à la réalisation des projets.
Le suivi effectif doit désormais se poursuivre au niveau des autorités compétentes, dans le cadre d’une coopération de gouvernement à gouvernement. C’est à ce niveau que les possibilités identifiées pourront être examinées, négociées et, éventuellement, transformées en programmes concrets au bénéfice de la population haïtienne.
En définitive, mon séjour à Taïwan m’a permis de découvrir un pays dont l’organisation, les progrès technologiques et l’expérience de développement méritent une attention particulière. Il m’a également convaincu que des possibilités existent pour Haïti, notamment dans le domaine de l’éducation et de la formation de sa jeunesse. Mais pour que ces possibilités deviennent des résultats tangibles, il faudra une volonté politique réelle, une diplomatie dynamique et, surtout, un suivi rigoureux.
Dr Joel Lorquet

