Opinion — Par Patrick Prézeau Stephenson
Le dernier décret électoral d’Haïti du 5 octobre n’est pas un texte de loi. C’est une gifle. Une manœuvre éhontée, signée par un appareil de transition qui ressemble de moins en moins à un gouvernement et de plus en plus à un cartel doté d’un papier à en‑tête officiel.
Adopté le 2 juin, réécrit le 5 octobre, et toujours en mutation, ce décret est devenu la preuve la plus flagrante que les institutions du pays ne protègent plus la démocratie : elles la contournent, la retardent et la manipulent pour survivre. Le Conseil électoral provisoire (CEP) et le gouvernement ont pris en otage un processus national, se cachant derrière un jargon juridique pour masquer une opération politique d’une transparence affligeante.
Soyons clairs : ce décret est dicté par des bandits légaux — des acteurs qui opèrent au cœur de l’État, drapés d’autorité, mais redevables à personne.
Le premier tour des élections, prévu pour le 13 décembre, a été repoussé dans le néant. Le second tour, censé se tenir en février, a disparu. Aucune nouvelle date. Aucun calendrier. Aucune justification. Haïti est désormais gouverné par un agenda fantôme.
Pendant ce temps, les inscriptions des candidats sont prolongées jusqu’au 31 octobre, les exigences assouplies, et la période de campagne repoussée sans qu’une nouvelle fenêtre soit définie. Ce ne sont pas des ajustements techniques. Ce sont des tactiques de retardement — celles qu’emploient ceux qui craignent l’urne plus que les gangs qui ravagent les rues.
Puis est venue la résolution gouvernementale d’octobre promettant une « stricte neutralité ». La neutralité ? De la part d’un exécutif qui réécrit les règles en pleine course ? La déclaration est si creuse qu’elle frôle la comédie.
La population ne s’y trompe pas. Les Haïtiens savent que la neutralité ne se proclame pas : elle se prouve. Et rien, ces derniers mois, n’indique un État prêt à laisser les citoyens choisir librement leurs dirigeants. Au contraire, le décret ressemble à un bouclier politique — un moyen de prolonger la transition tout en prétendant préparer des élections.
Le drame, c’est qu’Haïti a désespérément besoin d’un scrutin crédible. Le pays suffoque sous l’insécurité, les déplacements massifs et l’effondrement institutionnel. Mais un processus contrôlé par des acteurs qui modifient les décrets dans l’ombre n’est pas une voie démocratique : c’est une mise en scène destinée à maintenir le pouvoir exactement là où il est.
Le décret du 5 octobre révèle une vérité brutale : la démocratie haïtienne n’est pas simplement retardée. Elle est étouffée par ceux-là mêmes qui devraient la protéger.
Et le pays connaît leurs noms. Ce ne sont pas des réformateurs. Ce ne sont pas des sauveurs. Ce sont des bandits légaux — et ce sont eux qui écrivent les règles.
*Patrick Prézeau Stephenson is a Haitian scientist, policy analyst, financial advisor and author specializing in Caribbean security and development.
Contact Médias Patrick Prézeau Stephenson: Éditeur manifeste1804@gmail.com
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Kilès nouye : Manifeste L’Appel du Lambi – Unité et Action pour Haïti
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