Le 6 octobre 2026, Fanmi Lavalas sort un communiqué qui sent le recyclage. On y déroule les formules habituelles : « Pa gen demokrasi san lapè nan tèt ak lapè nan vant », « Yon peyi pa ka viv san sekirite », on pleure les victimes, on exige des élections libres, et on referme avec le slogan éculé « Yon sèl nou fèb, Ansanm nou fò… ». Tout cela sonne noble. Tout cela est mensonger.
Car ce pacte national du 22 février 2026, Lavalas ne l’a pas signé dans un moment de pureté démocratique. Il l’a signé après le départ du Conseil présidentiel de transition, avec le Premier ministre de facto Fils-Aimé. Un arrangement de pure opportunité, sans base constitutionnelle solide, conclu avec un pouvoir déjà contesté. Et Lavalas a non seulement signé : il a accepté de siéger dans ce gouvernement. Il a mis sa caution politique au service de cette transition de fortune. Aujourd’hui, le même Lavalas découvre, scandalisé, que le pays s’enfonce dans le chaos. Quelle surprise !
Il fallait oser. Oser participer à l’installation d’un exécutif de facto, puis, six mois plus tard, se draper dans la toge du censeur moral pour dénoncer « le fémén de la sélection » et l’absence d’élections. C’est plus que de l’amnésie. C’est du cynisme. On veut bien les places, les microphones et les apparences de responsabilité. On refuse d’assumer le désastre qu’on a soi même cautionné.
Le passage sur la sécurité est particulièrement indécent. « Kidonk, tout moun mande sekirite », écrit Lavalas. Vraiment ? Où était cette exigence impérieuse le 22 février, quand il s’agissait de signer avec Fils-Aimé ? Où était-elle pendant que le gouvernement auquel Lavalas participait laissait Port-au-Prince et Pétion-Ville se fermer un peu plus chaque jour, pendant que les kidnappings et les massacres continuaient ? Aujourd’hui seulement, quand la catastrophe est consommée, on sort la carte de l’indignation. Trop tard. Et trop calculé.
Le ton compassionnel du texte aggrave encore l’affaire. On invoque les « victimes de l’insécurité, de la violence, de la pauvreté ». On appelle à « se respecter mutuellement ». Admirable. Sauf que cette compassion de papier arrive après avoir validé un dispositif qui a prolongé l’impunité, l’instabilité et la souffrance. Fanmi Lavalas n’est pas un observateur désintéressé. Il est co-responsable. Et il a le culot de se présenter comme le sauveur d’un pays qu’il a contribué à enfoncer.
Haïti n’a que faire de ces pirouettes. Un parti qui signe un pacte avec un Premier ministre de facto après l’échec du CPT, qui entre dans le gouvernement, puis qui se lave les mains en publiant un communiqué indigné, ne mérite ni crédit ni respect. Il mérite d’être confronté à sa propre signature.
Si Fanmi Lavalas estime maintenant que ce pacte était une erreur, qu’il le dise sans détour. Qu’il reconnaisse sa part de responsabilité dans le chaos actuel. Qu’il explique pourquoi il a accepté de cautionner un pouvoir de facto qu’il dénonce aujourd’hui. Sinon, ce texte du 6 octobre n’est qu’un exercice de pure hypocrisie politique : on dénonce le désordre qu’on a aidé à produire, on réclame des élections après avoir validé le cadre qui les a rendues impossibles, on parle de « remettre le pays sur le bon chemin » alors qu’on a soi-même tenu le volant pendant qu’il dérapait.
La population qui meurt, qui fuit, qui se fait enlever n’a pas besoin de slogans ni de leçons de morale. Elle a besoin d’acteurs qui cessent enfin de jouer sur les deux tableaux. Fanmi Lavalas, pour l’instant, continue de le faire. Et c’est exactement pour cela que sa parole ne pèse plus rien.

