En Haïti, le marché des télécommunications mobile bascule. Natcom revendique désormais 60 % des parts (55 % selon le Conatel) et prétend contrôler 52 % des transferts électroniques mobiles. Cette progression n’est pas le fruit du hasard ni uniquement de la qualité du réseau. L’une des causes majeures de cette accélération réside dans le déséquilibre créé, il y a six à huit mois, entre les deux portefeuilles électroniques MonCash (Digicel) et NatCash (Natcom).
MonCash a imposé la traçabilité des dépôts et transferts. Pour effectuer une opération, l’utilisateur doit se présenter chez un agent avec un téléphone disposant d’un numéro activé MonCash et fournir les informations relatives à la personne qui réalise le dépôt ou le paiement. NatCash, elle, continue d’opérer en mode non-traçable : il suffit d’avoir l’argent. Pas besoin de téléphone activé ni d’identification de l’expéditeur.
Cette différence, apparemment technique, a des conséquences concrètes et immédiates. Imaginez-vous en pleine rue : un ami, loin de vous, a besoin de 1 000 gourdes en urgence. Avec NatCash, l’argent suffit. Avec MonCash, il faut l’argent et votre téléphone activé. Dans ces conditions, le choix d’un nouveau SIM devient évident pour beaucoup. La commodité l’emporte. NatCash attire, et avec elle les numéros Natcom.
Dans un pays où des zones entières échappent au contrôle de l’État, cette non-traçabilité représente aussi une attirance certaine pour des milieux qui privilégient l’opacité. On comprend difficilement comment le Conatel et la BRH ont laissé se développer, pendant près de huit mois, une situation qui facilite potentiellement la circulation d’argent issu du trafic de drogue ou du kidnapping. Les exigences de traçabilité de MonCash sont probablement liées aux standards du marché américain ; Natcom, elle, a choisi de rester plus accommodante.
Si rien ne change, la dynamique est claire. Dans un an, NatCash risque de s’emparer de l’essentiel du marché des portefeuilles électroniques mobiles. La traçabilité des transferts et dépôts pourrait alors disparaître presque totalement en Haïti. La commodité sans contrôle aura alors achevé de déséquilibrer durablement le secteur.
La concurrence est saine. L’absence de règles minimales de traçabilité, en revanche, ne l’est pas.

