— L’État haïtien en est arrivé à ce point d’abaissement : faute de réponse des institutions, des étudiants s’adressent désormais à des chefs de gangs pour obtenir la libération d’un haut cadre de l’appareil public. Cette scène, autrefois inimaginable, condense une longue désagrégation de l’autorité étatique, amorcée bien avant mais fortement accentuée au cours de la séquence politique ouverte avec Michel Martelly et prolongée sous les gouvernements issus du courant Tèt Kale.
PORT-AU-PRINCE, 23 septembre 2026 — D’anciens et actuels étudiants ont lancé mercredi un appel public à plusieurs chefs de groupes armés afin qu’ils interviennent pour obtenir la libération du professeur James Boyard et de sa famille.
Leur note interpelle notamment Jimmy Chérizier, « Barbecue », Johnson André, dit « Izo », « Krisla » et « Lanmò 100 jou ». Les signataires précisent qu’il ne s’agit « ni d’un ordre ni d’une exigence », mais d’une demande d’intervention humanitaire.
James Boyard, professeur d’université, inspecteur général de la PNH et chef de cabinet du ministre de la Défense Mario Andrésol, a été enlevé le 11 juin à Bourdon. Plus de trois mois après le rapt, plusieurs sources indiquent qu’il demeure en captivité. Ses étudiants le décrivent comme un enseignant qui accompagne les jeunes, conseille les universitaires et apporte une assistance à ceux disposant de faibles ressources.
L’appel intervient quelques jours après la participation de Mario Andrésol à une table ronde consacrée notamment à la sécurité en Haïti, organisée le 20 septembre à New York. Le ministre de facto de la Défense y a discuté des enjeux sécuritaires alors que son propre chef de cabinet demeure aux mains de ravisseurs depuis juin. La famille de James Boyard avait pourtant rencontré Andrésol le 1er septembre pour solliciter son intervention ; aucune communication officielle consultée n’a depuis annoncé la libération du professeur.

