Par Robert Berrouët-Oriol
Linguiste-terminologue
Ancien responsable de la coopération inter-universitaire à la Banque de terminologie du Québec (Gouvernement du Québec, Office québécois de la langue française).
Ancien enseignant à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti.
Conseiller spécial, Conseil national d’administration du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH).
Konseye pèmanan, Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA).
Membre du Comité international de suivi du Dictionnaire des francophones.
Montréal, le 22 septembre 2026
Résumé
Cet article propose une analyse critique des récentes mutations du Festival entènasyonal literati kreyòl (FEL) en l’inscrivant dans un cadre plus large, celui de l’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti, de la Créolophonie et de l’État de droit. La réflexion analytique sur les récentes mutations du FEL s’articule à la notion de citoyenneté linguistique et aux obligations constitutionnelles du bilinguisme de l’équité des droits linguistiques (articles 5 et 40 de la Constitution de 1987) et elle soutient la perspective selon laquelle la culture doit contribuer à la consolidation de l’État de droit. Le texte promeut également l’indépendance du champ culturel face aux tentatives d’instrumentalisation des pouvoirs politiques, en particulier celles du PHTK néo-duvaliériste dont l’« arme d’intervention stratégique », dans le champ culturel, est le Fonds national de l’éducation (FNE) connu comme une véritable « industrie » de la corruption et du détournement des finances de l’État. L’analyse reproduit et soumet à l’analyse critique un document clé : le message public d’Anivence Jean Baptiste daté du 17 septembre 2026 et dans lequel le FEL célèbre l’ancien ministre PHTKiste Nesmy Manigat, rédacteur de FELmagazine, au titre de modernisateur du système éducatif national. Le message public du président-fondateur du FEL, Anivence Jean Baptiste, atteste explicitement l’alignement idéologique et politique du Festival entènasyonal literati kreyòl sur les positions politico-idéologiques du PHTK ainsi que l’instrumentalisation de la nébuleuse « Créolophonie scientifique » –pourtant dépourvue de fondements scientifiques et pédagogiques–, comme rhétorique de légitimation politique. L’article expose en l’illustrant à l’aide d’un tableau thématique que le bilan de Nesmy Manigat à la direction de l’Éducation nationale se caractérise par plusieurs échecs majeurs, notamment en ce qui a trait à l’aménagement du créole dans le système éducatif national.
La pensée critique désigne (…) la faculté d’examiner rationnellement un énoncé en évaluant la validité de ses prémisses, la cohérence de son raisonnement et la pertinence de ses preuves. Elle implique une mise à distance des opinions spontanées afin de soumettre toute affirmation à un jugement autonome et argumenté. Selon John Dewey (How We Think, D.C. Heath, 1910) et Robert Ennis (Critical Thinking, Prentice Hall, 1996), elle constitue un processus intellectuel discipliné orienté vers l’évaluation rigoureuse des idées.
La pensée critique et l’herméneutique se rejoignent dans l’idée que toute interprétation rigoureuse exige d’examiner les présupposés d’un texte avant d’en produire le sens, comme l’a montré Hans-Georg Gadamer dans Wahrheit und Methode [Vérité et méthode] (Tübingen, Mohr, 1960).
Première partie – À propos des mutations récentes du Festival entènasyonal literati kreyòl
Il y a trois ans, nous avons publié un article intitulé « Le “Festival entènasyonal literati kreyòl”, édition 2023, au rendez-vous de ses grands défis » (Rezonodwès, 25 novembre 2023).
Dans cet article, nous avons proposé une analyse critique du Festival entènasyonal literati kreyòl (FEL), édition 2023, en situant l’événement dans le champ plus vaste des politiques linguistiques haïtiennes, de la Créolophonie et de la structuration institutionnelle de la littérature créole. Cet article a exposé un argumentaire, amplement documenté, selon trois axes majeurs : (1) la nécessité d’un cadre méthodologique rigoureux pour la promotion du créole, (2) l’exigence d’une professionnalisation des pratiques littéraires et éditoriales, et (3) l’identification des défis structurels auxquels le Festival doit répondre pour devenir un véritable moteur de développement culturel.
La littérature créole, avons-nous rappelé, ne peut se développer durablement en dehors d’une politique linguistique cohérente articulée à une vision d’ensemble de l’aménagement du créole. Nous avons mis en lumière l’idée centrale que le Festival, en tant qu’espace de visibilité et de célébration, ne peut et ne doit pas se substituer aux institutions de planification linguistique : il peut toutefois contribuer à renforcer la légitimité du créole comme langue de création, de transmission et de réflexion critique. Et de manière liée, nous avons ciblé la nécessité d’inscrire toute initiative culturelle à vocation institutionnelle dans un cadre conceptuel solide, qui prend en compte l’apport général des sciences du langage et la constitutionnalité de l’aménagement simultané des deux langues du patrimoine linguistique historique d’Haïti, le créole et le français.
L’un des défis majeurs du Festival entènasyonal literati kreyòl, avons-nous soutenu dans cet article, est précisément de s’arrimer à cette vision et à ces exigences afin d’éviter de sombrer dans les dérives idéologiques et populistes que l’on observe encore de nos jours dans le champ créolophone : approximations linguistiques, totémisation, folklorisation et mytification du créole, absence de normes éditoriales, confusion entre promotion culturelle, propagande politique infantilisante, téléguidée et monnayée, et approche scientifique des activités culturelles.
En second lieu, nous avons mentionné l’importance d’une professionnalisation de la chaîne du livre créole. Nous avons rappelé que la littérature créole souffre encore d’un déficit de structuration : faiblesse des maisons d’édition spécialisées, rareté des collections dédiées, insuffisance de formation des auteurs et des éditeurs, absence de dispositifs de diffusion et d’un appareillage compétent de critique littéraire créole. Le FEL, sur ces registres, doit (devrait ?) devenir un lieu où ces questions sont abordées frontalement, non seulement par des activités de célébration ou de performance, mais par des ateliers, des conférences et des rencontres professionnelles permettant de consolider les compétences du milieu. Dans notre article du 25 novembre 2023), nous avons plaidé pour la survenue d’une vision où la littérature créole est envisagée comme un champ disciplinaire à part entière qui nécessite des outils, des normes et des pratiques comparables à celles des littératures francophones ou anglophones. Le FEL, dans cette perspective, devrait encourager la création de réseaux interactifs, la circulation des œuvres, la formation des acteurs et opérateurs culturels et la mise en place de standards éditoriaux.
En troisième lieu, nous avons identifié les défis structurels auxquels le Festival entènasyonal literati kreyòl aurait à faire face pour devenir un événement durable, influent et indépendant. Nous avons notamment mentionné la nécessité d’une gouvernance ouverte, d’une programmation cohérente, d’un financement transparent et stable et d’une articulation avec les institutions culturelles haïtiennes et internationales. Ainsi, nous avons soutenu l’idée que la Créolophonie, en tant qu’espace transnational, offre des opportunités considérables pour la diffusion de la littérature créole. Toutefois ces opportunités ne peuvent être saisies que si le Festival entènasyonal literati kreyòl adopte une stratégie claire : partenariat avec des institutions diverses et complémentaires, y compris les universités, collaboration avec les maisons d’édition, intégration des chercheurs et des critiques littéraires, ouverture à la diaspora. Dans notre article nous insistions également sur l’importance de la mémoire littéraire : le Festival entènasyonal literati kreyòl doit documenter ses activités, produire des actes, archiver les interventions et contribuer à la constitution d’un corpus nominatif, thématique et critique sur la littérature créole contemporaine.
Enfin, l’article se conclut par une réflexion plus large relative à la place du créole dans la société haïtienne. Avec clarté, nous avons soutenu la perspective que la promotion de la littérature créole ne peut être dissociée des enjeux de citoyenneté linguistique, d’accès à l’éducation, de reconnaissance institutionnelle, de lutte contre les inégalités symboliques et de combat citoyen pour un État de droit en Haïti. Le Festival entènasyonal literati kreyòl, dans cette optique, doit être enraciné sur un socle, celui d’un espace de mobilisation intellectuelle et culturelle capable de contribuer à la transformation des représentations sociales du créole et à la valorisation de ses usages dans les domaines de la création, de l’enseignement et de la recherche. L’article appelle l’adoption d’une vision ambitieuse où la littérature créole est pensée comme un vecteur de développement culturel, un outil de cohésion sociale et un champ de production symbolique à part entière.
Deuxième partie – Le Festival entènasyonal literati kreyòl et l’État de droit comme horizon normatif du champ culturel haïtien
I. L’État de droit comme horizon normatif du champ culturel haïtien : fondements constitutionnels, exigences citoyennes et responsabilité institutionnelle
Toute réflexion structurante relative au champ culturel haïtien doit s’inscrire dans une vision rigoureuse de l’État de droit tel que défini par la Constitution de 1987. À l’entame cette mise en perspective rappelle que la culture n’est pas un OVNI, un domaine « autonome » flottant dans l’espace social mais plutôt un champ structuré qui comprend ses propres dispositifs de production normée ainsi que des obligations constitutionnelles dès lors que l’on entend les inscrire dans le combat citoyen pour un État de droit en Haïti.
La Constitution de 1987, texte fondateur de la République post-duvaliériste, établit un cadre normatif où la citoyenneté, la participation démocratique et la responsabilité institutionnelle sont indissociables de toute action publique ou parapublique. Les acteurs culturels –les écrivains, les éditeurs, les organisateurs de festivals, les responsables d’institutions, etc.–, ne peuvent prétendre à une légitimité durable s’ils ne s’arriment pas à cette architecture constitutionnelle qui garantit les libertés fondamentales, la transparence administrative et l’égalité des citoyens devant la loi.
Les articles 5 et 40 de la Constitution de 1987, qui consacrent le créole et le français comme langues co-officielles, impose à l’État et aux institutions culturelles une obligation normative : promouvoir le bilinguisme de l’équité des droits linguistiques, respectueux de l’égalité jurilinguistique, et garantir l’accès de tous les citoyens aux productions culturelles dans la langue de leur choix. L’obligation constitutionnelle du bilinguisme de l’équité des droits linguistiques est, depuis 2011, au cœur de nos travaux de recherche sur l’aménagement linguistique en Haïti : la « citoyenneté linguistique » est un droit constitutionnel et non une faveur administrative et/ou politique. NOTE – Le tout premier des 9 livres de linguistique que nous avons publiés a précisément pour titre : « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » (Éditions de l’Université d’État d’Haïti et Éditions du Cidihca, 2011 ; ouvrage réédité en 2023 par le Ciidihca France, avec le facsimilé de la version créole officielle de la Constitution de 1987).
L’article 40 de la Constitution de 1987, qui impose à l’État l’obligation de diffuser les lois, décrets et règlements dans les deux langues officielles, constitue un autre point d’ancrage essentiel : il institue une prescription régalienne selon laquelle la diffusion du savoir, de l’information publique et des productions intellectuelles doit être pensée dans une perspective citoyenne, inclusive et démocratique.
Dans ce cadre, les initiatives culturelles doivent être conçues comme des instances rassembleuses, des prolongements novateurs de la citoyenneté active. Elles ne peuvent se réduire aux apparences publicitaires d’événements festifs ou à des opérations de maquillage médiatique. Elles doivent contribuer à la consolidation de l’État de droit, à la formation du jugement critique, à la circulation des idées et à la construction d’un espace public pluraliste.
Cette exigence constitutionnelle implique également une responsabilité institutionnelle accrue. Les acteurs et opérateurs culturels doivent s’assurer que leurs initiatives ne contredisent pas les principes de transparence, de responsabilité et de participation citoyenne. Ils doivent veiller à ce que leurs actions ne renforcent pas les inégalités symboliques ou linguistiques, mais contribuent au contraire à la démocratisation de l’accès à la culture. Dans cette perspective, la culture devient un espace de construction citoyenne, un lieu où se forge le sens de la responsabilité collective et un outil de consolidation de l’État de droit.
II. L’indépendance du champ culturel haïtien : une obligation éthique, institutionnelle et historique
Dans un pays marqué par des décennies d’instabilité politique, de clientélisme et de captation des ressources publiques par des groupes d’intérêts, les acteurs et opérateurs culturels doivent se tenir à distance de toute forme d’asservissement politique. Cette exigence est au cœur de la pensée critique haïtienne depuis Jacques Roumain dans Gouverneurs de la rosée (Éditions sociales haïtiennes, Port-au-Prince, 1944), où il suggère en pointillé que la création littéraire ne peut s’épanouir que dans un espace affranchi de l’exclusion sociale.
L’indépendance culturelle implique une autonomie financière, intellectuelle et institutionnelle. Elle suppose que les festivals, les maisons d’édition, les revues littéraires et les associations professionnelles refusent toute instrumentalisation politique, qu’elle soit directe ou indirecte.
Cette posture rejoint les analyses de Lyonel Trouillot dans Parabole du failli (Port-au-Prince, C3 Éditions, 2013), où il montre que la littérature haïtienne doit demeurer un espace de résistance aux dérives autoritaires. Lyonel Trouillot construit la figure du « failli » comme une métaphore de l’individu et de la collectivité haïtienne confrontés à l’échec structurel : faillite des institutions, faillite morale des élites, faillite des promesses démocratiques. Le « failli » n’est pas seulement celui qui échoue, mais celui que les structures sociales condamnent à l’échec. Cette idée centrale permet à Trouillot de penser la littérature comme un espace de dévoilement des mécanismes de reproduction de la misère et de la domination.
Dans ce contexte, les initiatives culturelles doivent se prémunir contre les tentatives de récupération par des gouvernements, des partis ou des groupes politico-économiques. L’histoire récente d’Haïti montre que les régimes politiques successifs ont souvent cherché à instrumentaliser la culture comme un outil de légitimation en finançant des événements ou en s’associant à des projets culturels pour masquer l’absence de politiques publiques cohérentes.
L’indépendance du champ culturel haïtien doit également être pensée dans une perspective historique. Le duvaliérisme, qui a marqué Haïti pendant près de trois décennies, a utilisé la culture comme un outil massif et permanent de propagande, en contrôlant les institutions culturelles et en censurant les voix dissidentes. Le néo-duvaliérisme contemporain, incarné par le PHTK, reproduit en les actualisant certaines de ces pratiques en cherchant à capter les espaces symboliques pour renforcer sa légitimité. Dans ce contexte, les acteurs et opérateurs culturels doivent se montrer particulièrement vigilants en refusant toute association avec des figures politiques controversées ou impliquées dans des scandales de corruption.
III. Se tenir à contre-courant de la propagande du cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste
Durant plus d’une décennie, le cartel politico-mafieux du Parti haïtien tèt kale (PHTK) a mis en place une stratégie de communication visant à capter les espaces symboliques. Cette stratégie repose sur la confusion entre action culturelle et propagande politique, sur la mise en scène de figures publiques associées au pouvoir et sur la récupération d’initiatives citoyennes pour les intégrer dans une narration politique favorable au régime.
NOTE — Le PHTK peut être qualifié de cartel politico-mafieux en raison de la structure extra-budgétaire illégale du Fonds national de l’éducation (FNE) –créé par Michel Martelly et Laurent Lamothe. Le FNE échappe à toute reddition de comptes en violation directe des articles 136, 200 et 233 de la Constitution de 1987 (obligation de transparence, contrôle parlementaire, reddition de comptes). Les sanctions officielles du Canada (SOR/2022-231) et des États-Unis (Executive Order 14059) contre Martelly et Lamothe pour financement de gangs armés et corruption grave renforcent juridiquement la qualification de cartel politico-mafieux du PHTK. Le PHTK reproduit les mécanismes du duvaliérisme : concentration du pouvoir, instrumentalisation de la culture, propagande d’État, clientélisme et usage de forces armées illégales, pratiques contraires aux articles 19, 24, 25 et 276-2 de la Constitution, qui garantissent les droits fondamentaux et prohibent les milices. Le caractère néo-duvaliériste du PHTK découle de la reprise des méthodes du régime de François Duvalier : captation des institutions publiques, usage de la violence armée comme outil politique, confusion entre État et parti, violation systématique des principes de l’État de droit définis aux articles 8, 17, 40, 59 et 59-1 de la Constitution de 1987. Les enquêtes de Transparency International et de l’OCI (2020-2025) documentent un système de corruption systémique, de détournement de fonds publics et de criminalisation de l’appareil d’État caractéristiques d’un cartel politico-mafieux opérant sous façade partisane. Les rapports de Transparency International et, singulièrement, ceux de l’Observatoire de la corruption et de l’impunité (OCI), publiés entre 2020 et 2025 montrent que le PHTK a systématiquement utilisé les institutions culturelles pour légitimer son pouvoir,en finançant des événements ou en s’associant à des projets culturels afin de masquer l’absence de politiques publiques cohérentes. Les enquêtes de la Plateforme ETICO – IIEP UNESCO (rapport du 19 février 2025) montrent que le Fonds national de l’éducation (FNE) a été dès sa naissance structuré au profit des réseaux politico-mafieux du PHTK, mettant en péril l’éducation de quatre millions d’écoliers.
Dans ce contexte, les acteurs et opérateurs culturels doivent mettre en œuvre une ample vigilance citoyenne et inscrire leurs actions à contre-courant de toute stratégie de manipulation/instrumentalisation politique. Les acteurs et opérateurs culturels doivent impérativement refuser toute association avec des figures politiques impliquées dans des scandales de corruption, des violations des droits humains ou des détournements de fonds publics. Ce positionnement critique est indispensable pour préserver l’intégrité du champ culturel et pour garantir que la culture demeure un espace de liberté, de réflexion et de résistance.
IV. LE MESSAGE D’ANIVENCE JEAN BAPTISTE SUR WHATSAPP ET FACEBOOK DATÉ DU 17 SEPTEMBRE 2026 : UN RÉVÉLATEUR DE L’ALIGNEMENT ET DE L’ASSERVISSEMENT IDÉOLOGIQUE ET POLITIQUE DU FESTIVAL ENTÈNASYONAL LITERATI KREYÒL DEVENU PORTE-PAROLE DU CARTEL POLITICO-MAFIEUX DU PHTK NÉO-DUVALIÉRISTE
Publié sur WhatsApp et Facebook, le message d’Anivence Jean Baptiste daté du 17 septembre 2026 se lit comme suit : « Mwen kontan rankontre jodi a ansyen minis edikasyon nasyonal Ayiti, Nesmy Manigat ki se aktyèlman Anvwaye wo nivo Patenarya Mondyal pou Edikasyon (Global Partenership for Education – GPE). Mizapa li se redaktè magazin Festival entènasyonal literati kreyòl la (FELmag), etan minis edikasyon, li te pran plizyè desizyon enpòtan pou modènizasyon sistèm edikatif ayisyen an ki pa kite dèyè kesyon kreyolofoni syantifik ak kreyolofoni literè fètefouni Festival entènasyonal literati kreyòl ap pwone depi kreyasyon li an 2019. Nou te gen yon bèl echanj tou sou yon bèl pwojè li genyen nan kizin ». [Le souligné en italiques et gras est de RBO.] Ce message est assorti de la photo suivante de Anivence Jean Baptiste et de Nesmy Manigat, ancien ministre de l’Éducation nationale :

Les deux séquences majeures de la déclaration du fondateur-directeur du Festival entènasyonal literati kreyòl sont /1/ [Nesmy Manigat] « li se redaktè magazin Festival entènasyonal literati kreyòl la (FELmag), etan minis edikasyon ; /2/ [Nesmy Manigat] li te pran plizyè desizyon enpòtan pou modènizasyon sistèm edikatif ayisyen an ». En clair, Anivence Jean Baptiste annonce publiquement que Nesmy Manigat a été l’un des rédacteurs de FELmagazine alors qu’il dirigeait l’Éducation nationale… Cette première déclaration est suivie d’une seconde, qui est une prise de position ouvertement propagandiste en faveur du PHTK néo-duvaliériste : Anivence Jean Baptiste affirme –sans apporter la moindre preuve à son erratique et délictueuse assertion–, que Nesmy Manigat aurait pris « plusieurs importantes décisions pour moderniser le système éducatif haïtien ». Ce qui est faux et nous l’avons démontré dans plusieurs articles amplement documentés, notamment dans « Un haïtien au cœur de la gouvernance éducative mondiale : Nesmy Manigat promu par le GPE ou l’éloge de la corruption, du népotisme et de l’impunité » (FONDAS KREYÒL, 15/09/2025) et dans « La ‘’créolophonie scientifique’’ du PHTK néo-duvaliériste est une mystification, une arnaque à géométrie variable » (FONDAS KREYÒL, 17/05/2025).
NOTE – Il est juridiquement fondé d’affirmer que Nesmy Manigat figure parmi les ministres de l’Éducation nationale les plus gravement mis en cause dans des affaires de corruption, de détournement de fonds publics et de violation des obligations constitutionnelles.
La responsabilité juridique d’un ministre est définie par les articles 136, 200, 233 et 239 de la Constitution de 1987, qui imposent la reddition de comptes, la transparence administrative et le contrôle parlementaire. Durant les deux mandats (2014–2016 ; 2021–2023) de Nesmy Manigat à la direction politique et administrative du ministère de l’Éducation nationale, le PSUGO (Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire) a été rigoureusement ausculté par l’ULCC, l’Unité de lutte contre la corruption, et par la Cour supérieure des comptes. Ces institutions ont établi que le PSUGO est un programme caractérisé par des écoles fictives, des paiements frauduleux (chèques zombi) et le détournement massif des finances de l’État en violation des articles 217 et 218 de la Constitution de 1987 sur la gestion des finances publiques. La dérive du programme LIV INIK AN KREYÒL, promu par Nesmy Manigat et dépourvu de cadre normatif conforme aux articles 5 et 40 (obligation de bilinguisme et de diffusion des documents administratifs dans les deux langues officielles d’Haïti), illustre une violation directe des obligations constitutionnelles en matière de politique linguistique éducative. La responsabilité de Nesmy Manigat est également engagée dans la gestion du Fonds national de l’éducation (FNE), entité extra-budgétaire créée en 2011, légalisée en 2017, et qui qui échappe à tout contrôle de la Cour supérieure des comptes alors même que le FNE est l’un des 9 organismes d’État juridiquement et statutairement rattaché au ministère de l’Éducation nationale. Le caractère extra-budgétaire du Fonds national de l’éducation est en contradiction avec les articles 200-1, 233 et 239 de la Constitution de 1987. Les enquêtes de Transparency International et de la Plateforme ETICO–UNESCO (rapport du 19 février 2025) ont documenté des détournements de centaines de millions de dollars, une opacité systémique et l’absence de tout mécanisme de reddition de comptes. En tant que ministre de tutelle du FNE, Nesmy Manigat avait l’obligation constitutionnelle d’assurer la transparence et la conformité légale de cet organisme. L’absence de rapports publics, de normes linguistiques, de cadres pédagogiques et de contrôles financiers constitue une violation des articles 136, 200 et 233 de la Constitution de 1987 qui définissent les devoirs du ministre et les principes de l’État de droit. Ainsi, le cumul du scandale du PSUGO, de la faillite du LIV INIK AN KREYÒL, et de la corruption documentée au FNE permet d’établir, sur base juridique explicite, que Nesmy Manigat a exercé ses fonctions en contradiction avec les obligations constitutionnelles fondamentales, ce qui conforte les analyses le présentant comme l’un des ministres les plus gravement impliqués dans des pratiques de corruption au sein du ministère de l’Éducation nationale d’Haïti.
Les « grands stratèges » du PHTK néo-duvaliériste – De gauche à droite de la photo : Michel Martelly, fondateur du PHTK et du Fonds national de l’éducation (FNE), et Nesmy Manigat, ministre de l’Éducation nationale dont dépend juridiquement et staturairement le Fonds national de l’éducation.

V. La « Créolophonie scientifique » version FEL/PHTK : une mystification politico-idéologique
V. 1. La rhétorique de légitimation politique : une Créolophonie instrumentalisée
Au creux de son discours sur la « Créolophonie scientifique », le Festival entènasyonal literati kreyòl met en œuvre un dispositif énonciatif fallacieux et délictueux, une rhétorique abusive qui présente Nesmy Manigat comme un acteur majeur de la modernisation du système éducatif national. Cette rhétorique repose sur une inversion du réel. Durant les deux mandats (2014–2016 ; 2021–2023) de la « vedette médiatique » du PHTK à la direction de l’Éducation nationale, aucune politique linguistique éducative n’a été adoptée, aucun cadre normatif n’a été produit pour encadrer et standardiser la production d’ouvrages pédagogiques en créole et pour la didactisation du créole, aucune réforme structurelle durable n’a été mise en route pour garantir l’égalité jurilinguistique dans le système éducatif haïtien.
La « Créolophonie scientifique » version FEL/PHTK se présente ainsi comme une coquille vide dépourvue d’assises théoriques/linguistiques explicites. Par-delà le slogan « créolophonie scientifique » –répété en bavardes boucles et en dehors de la moindre référence à une production scientifique créole identifiable et consultable–, la « Créolophonie scientifique » version FEL/PHTK constitue un outil de propagande politique pro-PHTK destiné à légitimer une figure politique et non un projet linguistique fondé sur la recherche ciblant la pédagogie et la didactique de la langue maternelle créole. Le constat est riche d’un enseignement de premier plan : la Créolophonie instrumentalisée à l’aune d’une pseudo scientificité est en réalité une mystification qui repose sur une stratégie discursive bien connue : la valorisation symbolique d’un acteur politique à travers un discours pseudo-scientifique destiné à masquer l’absence de réalisations concrètes.
Dans Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media publié en 1988 chez Pantheon Books, le linguiste Noam Chomsky montre que les pouvoirs politiques contemporains s’appuient sur des mécanismes sophistiqués de production idéologique du consentement où les institutions culturelles et les médias deviennent des opérateurs centraux de la manipulation politique. La « fabrique du consentement » cible différents écosystèmes symboliques, entre autres à l’aide de la mise en scène médiatique de figures politiques (comme Nesmy Manigat dans le dispositif énonciatif du Festival entènasyonal literati kreyòl).
La « fabrique du consentement » s’inscrit dans une tradition de manipulation idéologique bien documentée dans l’histoire politique haïtienne. Le duvaliérisme, puis le néo-duvaliérisme contemporain, ont souvent utilisé le langage de la modernisation pour masquer des pratiques autoritaires. Le PHTK, en reprenant cette stratégie, cherche à capter les espaces symboliques pour renforcer sa légitimité.
RAPPEL – Dans plusieurs articles, publiés sur Rezonòdwès, Fondas kreyòl et Madinin’art et que nous avons consacrés au bilan des deux passages de Nesmy Manigat à la direction de l’Éducation nationale, nous avons mis en lumière :
- L’absence totale de politique linguistique éducative durant les deux mandats de Manigat.
- L’absence de production d’outils pédagogiques en créole malgré les obligations constitutionnelles (article 40 de la Constitution de 1987).
- L’opacité et les dérives systémiques au Fonds national de l’éducation : une véritable « industrie de la corruption et du détournement des finances de l’État » dépourvue de mécanismes de reddition de comptes.
- L’instrumentalisation politique de la « créolophonie scientifique » utilisée comme rhétorique propagandiste de légitimation.
Ces quatre axes constituent la base documentaire et conceptuelle la plus solide pour analyser le rôle de Nesmy Manigat dans l’effondrement du système éducatif haïtien.
Tableau descriptif et thématique du bilan de Nesmy Manigat à la direction du ministère de l’Éducation nationale d’Haïti
| Axe thématique | Description analytique |
|---|---|
| Politique linguistique éducative | Durant ses deux mandats (2014–2016 ; 2021–2023), Nesmy Manigat n’a produit aucune politique linguistique éducative conforme aux standards internationaux. Comme nous l’avons démontré dans plusieurs articles parus sur dans Fondas kreyòl, Madinin’art et Rezonòdwès, le MENFP n’a élaboré aucun cadre normatif pour la didactisation du créole, en violation des articles 5 et 40 de la Constitution de 1987. Cela s’explique par l’absence de planification linguistique, contribuant ainsi à maintenir l’École haïtienne dans un régime d’inégalité jurilinguistique structurelle où le créole demeure marginalisé malgré son statut de langue officielle. |
| Outils pédagogiques standardisés en créole | Aucun outil pédagogique majeur n’a été produit durant les deux mandats de Nesmy Manigat à l’Éducation nationale : ni grammaire scolaire, ni dictionnaire pédagogique, ni guide de rédaction, ni manuel de didactique. Nous avons démontré que l’absence d’outils pédagogiques standardisés en créole impacte la mise en place d’une didactique du créole conforme aux exigences constitutionnelles. L’absence de ressources linguistiques fondamentales a contribué à l’échec massif des apprentissages en lecture et écriture dans les écoles du pays. |
| Gestion du Fonds national de l’éducation (FNE) | Les enquêtes de l’Unité de lutte contre la corruption ainsi que celles de la Plateforme ETICO – IIEP UNESCO (19 février 2025) ont documenté une corruption généralisée au FNE, organisme placé sous juridiction du MENFP et où Manigat n’a jamais instauré de mécanismes de reddition de comptes. Cette opacité managériale systémique a un impact direct sur la scolarisation de quatre millions d’écoliers : faible financement des infrastructures, faible soutien financier aux écoles publiques, quasi-absence de programmes de formation des enseignants. Le bilan de Manigat est marqué par une absence de gouvernance financière transparente, ce qui est incompatible avec l’État de droit. |
| Cadre d’orientation curriculaire | Dans un article majeur, « Essai d’analyse critique du “Cadre d’orientation curriculaire” du système éducatif haïtien : imposture méthodologique, absence de politique linguistique éducative et dérives institutionnelles » (Fondas kreyòl, 27 juillet 2022), nous avons démontré que le « Cadre d’orientation curriculaire » élaboré sous Manigat est une imposture méthodologique : absence de fondements linguistiques, absence de terminologie structurée, absence de méthodologie curriculaire, absence de cohérence interne. Le document ne respecte aucun standard international (UNESCO, IIEP, OCDE). Il constitue un bilan négatif majeur, car il a été présenté comme une « réforme » alors qu’il ne possède aucune valeur opérationnelle. |
| Créolophonie scientifique | Nous avons démontré que la « Créolophonie scientifique » promue par Manigat et le Festival entènasyonal literati kreyòl est une imposture et mystification idéologique. Le petit catéchisme intitulé « Créolophonie scientifique » ne repose sur aucune production scientifique identifiable et consultable, aucun outil pédagogique créole, aucun cadre normatif. Il sert essentiellement à légitimer politiquement des acteurs du MENFP et du PHTK. La « Créolophonie scientifique » version Manigat/FEL est un instrument de communication politique et non pas une politique éducative conceptualisée et mise en œuvre de manière explicite et identifiable |
| Reddition de comptes et gouvernance | Le MENFP sous Manigat n’a produit aucun bilan financier annuels, aucun audit des états financiers annuels validé par la Cour supérieure des comptes. Il n’a produit aucun audit de programmes, aucune évaluation indépendante des prétendues « réformes », aucune publication bilingue conforme à l’article 40 de la Constitution de 1987. Cette absence de reddition de comptes constitue une violation des principes de l’État de droit et un élément central du bilan critique établi que nous avons élaboré dans plusieurs articles. |
| Qualité de l’éducation | Les deux mandats (2014–2016, 2021–2023) de Nesmy Manigat n’ont donné lieu à aucune amélioration mesurable de la qualité de l’éducation : taux d’échec scolaire inchangé, faible de formation des enseignants, absence de modernisation des programmes, absence de production d’outils pédagogiques. Le bilan global est celui d’une stagnation, voire d’une régression dans la qualité de l’éducation publique. |
| Instrumentalisation du champ culturel | Avec Nesmy Manigat, le PHTK a utilisé le champ culturel –notamment le Festival entènasyonal literati kreyòl–, comme outil de légitimation politique. Le message du 17 septembre 2026 émis par Anivence Jean Baptiste, où le FEL célèbre Manigat, constitue un exemple de récupération pavlovienne : valorisation automatique d’une figure politique, absence de distance critique et déni de l’indépendance des opérateurs culturels. Cette instrumentalisation est incompatible avec l’indépendance du champ culturel. |
Ce tableau descriptif et thématique du bilan de Nesmy Manigat à la direction du ministère de l’Éducation nationale d’Haïti atteste un constat et montre que le bilan est marqué par (1) une absence de politique linguistique éducative, (2) une absence d’outils pédagogiques en créole, (3) une opacité financière au FNE, (4) une errance curriculaire, (5) une mystification dénommée « Créolophonie scientifique », (6) une absence de reddition de comptes, (7) une stagnation de la qualité de l’éducation et (8) diverses actions d’instrumentalisation politique du champ culturel.
V. 2. La corruption au Fonds national de l’éducation : un contexte incompatible avec toute prétention scientifique
La corruption généralisée au Fonds national de l’éducation, qui met en péril la scolarisation de quatre millions d’écoliers, est incompatible avec toute prétention à une « Créolophonie scientifique ». Cette corruption, amplement documentée par les diverses enquêtes d’institutions nationales et internationales, montre que les ressources destinées à l’éducation ont été détournées au profit de réseaux politico-mafieux.
Dans ce contexte, toute valorisation de la « Créolophonie scientifique » est une délictueuse imposture. Le FEL, en associant son image à celle d’un ancien ministre juridiquement et statutairement responsable de la gestion Fonds national de l’éducation, ignore volontairement les scandales documentés. Cette association révèle une stratégie de récupération culturelle typique du PHTK néo-duvaliériste : utiliser la culture pour masquer la corruption ainsi que les dérives administratives et financières.
RAPPEL — Le Fonds national de l’éducation a été créé en 2011 par les deux plus puissants caïds du cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste, l’ancien Président Michel Martelly et l’ex-Premierministre Laurent Lamothe. Il a été légalisé en 2017 sur le modèle de la Régie du tabac et des allumettes de François Duvalier au titre d’une entité extra budgétaire : en raison de ses statuts, le FNE est frauduleusement dispensé de toute reddition de compte à la Cour supérieure des comptes ou au Parlement haïtien…
NOTE — Les anciens président et Premier ministre Michel Martelly et Laurent Lamothe ont été sanctionnés en 2022 et 2024 par le Canada et les États-Unis pour corruption grave, abus de fonction, participation au financement de gangs. Ils sont interdits de séjour au Canada.
Michel Martelly et Laurent Lamothe ont été sanctionnées simultanément par le gouvernement du Canada en novembre 2022.
Référence officielle
- Canada Gazette, Partie II
- Règlement modifiant le Règlement sur les mesures économiques spéciales visant Haïti
- Numéro : SOR/2022-231
- Date d’enregistrement : 17 novembre 2022
- Date de publication : 7 décembre 2022
Contenu de la sanction
Les deux hommes sont ajoutés à la liste des personnes visées par la Loi sur les mesures économiques spéciales (Haïti) pour :
- Soutien ou financement d’activités de gangs armés en Haïti.
Les États-Unis ont sanctionné Michel Martelly en 2024
Référence officielle
- U.S. Department of the Treasury – Office of Foreign Assets Control (OFAC)
- Communiqué de presse : “Treasury Sanctions Former Haitian President for Drug Trafficking”
- Date : 20 août 2024
- Base légale : Executive Order 14059 (15 décembre 2021)
Contenu de la sanction
Martelly est sanctionné pour :
- Participation au trafic international de drogues,
- Blanchiment de produits illicites,
- Soutien à des gangs armés haïtiens.
Il est ajouté à la Non-SDN Menu-Based Sanctions List (NS-MBS List).
DOSSIER ACTUALISÉ DE LA CORRUPTION AU FONDS NATIONAL DE L’ÉDUCATION D’HAÏTI (FNE) : LES ENQUÊTES MENÉES PAR PLUSIEURS INSTITUTIONS HAÏTIENNES ATTESTENT QUE LE FNE EST LE PLUS VASTE SYSTÈME DE CORRUPTION DE TOUTE L’HISTOIRE DE L’ÉDUCATION EN HAÏTI
Le 20 juin 2026, nous avons publié un document synthèse amplement documenté et intitulé « Dossier actualisé de la corruption au Fonds national de l’éducation d’Haïti ». Ce dossier est paru sur Rezonòdwès et Madinin’art et il a été diffusé, en Haïti, sur les 17 plateformes régionales du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) et sur le fil info de l’Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA). Il s’agit d’un dossier analytique majeur retraçant la chronologie complète de l’invisibilisation de la corruption et du détournement des finances de l’État entre 2011 et 2025. Dans ce dossier nous faisons la démonstration de l’opacité systémique qui caractérise la gestion du FNE, du détournement massif des ressources financières issues de la taxation des appels téléphoniques entrant en Haïti, de l’absence totale d’états financiers au FNE, de l’absence totale d’audits des états financiers au FNE et du rôle politique du PHTK dans la création d’un Fonds extra-budgétaire propice à la corruption. En voici les grandes lignes.
- 2015–2016 – Premières critiques structurées. Des organisations de la société civile haïtienne et des analystes commencent à parler du Fonds national de l’éducation comme d’un instrument politique et clientéliste, sans traçabilité des fonds.
2017–2020 – Période d’« invisibilité comptable »
- 2017–2020 et 2017 à 2025 – Absence totale d’états financiers et d’audits des états financiers. Les enquêtes de l’ULCC, de la Cour supérieure des Comptes, de l’organisme « Ensemble contre la corruption » ainsi que les travaux de recherche de Robert Berrouët-Oriol documentent que :
- il n’existe aucun état financier publié par le FNE pour l’ensemble de ces années
- il n’existe aucun audit des états financiers publié par le FNE pour l’ensemble de ces années
- le FNE fonctionne sur le mode d’un « système mafieux de corruption » au sommet d’une vaste entreprise de détournement des ressources éducatives.
2021–2023 – Consolidation des critiques et silence institutionnel
- 2021–2023 – Montée des dénonciations publiques
- Multiplication d’articles, tribunes et interventions médiatiques sur les caractéristiques kleptocratiques et opaques du FNE.
- Mise en parallèle avec le PSUGO, autre dispositif éducatif massivement corrompu.
- Toujours aucun audit public. Malgré les changements de gouvernement et la crise politique
- ni la Cour supérieure des comptes,
- ni le Parlement (quand il fonctionnait) n’ont produit de rapport exhaustif sur le FNE.
2024 – Rupture discursive : le FNE qualifié de « système mafieux »
- Avril–mai 2024 – Série d’articles de Robert Berrouët-Oriol élaborés dans le prolongement des enquêtes de l’ULCC, de la Cour supérieure des Comptes et de l’organisme « Ensemble contre la corruption » (qui regroupe neuf institutions haïtiennes des droits humains).
- Publication de l’article : « Le Fonds national de l’éducation en Haïti, un système mafieux de corruption créé par le PHTK néo-duvaliériste », puis de « La corruption au Fonds national de l’éducation en Haïti : ce que nous enseignent l’absence d’états financiers et l’inexistence d’audits comptables entre 2017 et 2024 ».
- Ces textes établissent, documents à l’appui, que :
- le FNE ignore totalement la reddition de comptes pourtant prévue par la législation haïtienne
- les montants collectés sont énormes mais le total des sommes engrangées par le CONAEL pour le compte du FNE demeure opaque et inconnu : l’invisibilisation de la corruption et du détournement des finances de l’État entre 2011 et 2025 est mise en œuvre à travers les maillons d’une chaîne, d’un système opaque allant du CONATEL à la BRH, de la BRH au FNE, du FNE au ministère de l’Éducation et aux directeurs d’écoles
- l’usage réel des fonds est inconnu car il ne fait pas l’objet de rapports annuels détaillés et vérifiés par la Cour supérieure des comptes
- au FNE la corruption est structurelle, non accidentelle.
2024–2025 – Rapports élaborés en Haïti par l’ULCC (l’Unité de lutte contre la corruption et aggravation du scandale
- Fin 2024 – Début 2025 – Rapports de l’ULCC. L’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) finalise des rapports sur la gestion récente du FNE :
- mise en cause publique de Jean Ronald Joseph, ex-directeur du FNE
- identification de subventions illégales ou irrégulières pour plus de 162 millions de gourdes sur la période octobre 2024 – février 2025
- soupçons de détournement de fonds publics, enrichissement illicite, blanchiment d’argent.
- 19 février 2025 – Article sur la plateforme de l’IIEP-UNESCO (ETICO)
- Publication de l’article synthèse de Robert Berrouët-Oriol intitulé « En Haïti, la corruption généralisée au Fonds national de l’éducation met en péril la scolarisation de 3 millions d’écoliers » (Rezonòdwès, 18 février 2025).
- L’article :
- reprend les constats de corruption systémique
- souligne l’impact direct sur l’accès à l’éducation de quatre millions d’écoliers haïtiens
- met en avant les rapports de l’ULCC comme preuve institutionnelle de la corruption au FNE.
Lecture d’ensemble de la période 2011–2025
- Phase 1 (2011–2014) : création politique d’un Fonds extra-budgétaire, sans cadre de transparence juridique et administrative.
- Phase 2 (2015–2020) : montée de l’opacité managériale, absence d’états financiers et d’audits des états financiers ; le FNE devient un puissant système de captation de ressources issues de la collecte des taxes de 1,50 $ sur les appels téléphoniques entrant en Haïti et les transferts d’argent de la diaspora vers Haïti.
- Phase 3 (2021–2023) : consolidation des dénonciations publiques, mais silence des institutions de contrôle.
- Phase 4 (2024–2025) :
- bascule vers une mise en accusation explicite (discours de « système mafieux »)
- entrée en scène de l’ULCC, qui documente enfin des cas précis de détournement de 162 millions de Gourdes.
- internationalisation du dossier de la corruption au FNE via le site Web de l’IIEP-UNESCO.
Synthèse juridique
Le Fonds national de l’éducation (FNE) viole plusieurs obligations constitutionnelles et légales haïtiennes. D’abord, son fonctionnement extra-budgétaire contrevient aux articles 200, 200-1 et 233 de la Constitution de 1987, qui imposent la reddition de comptes, le contrôle parlementaire et l’audit obligatoire par la Cour supérieure des comptes. L’absence de publication régulière des états financiers enfreint l’article 40, qui impose la publication des actes administratifs dans les deux langues officielles. Le mode de perception des taxes sur les appels internationaux et les transferts viole les articles 218 et 219, qui exigent que toute taxe soit établie par une loi et intégrée au budget national. La gestion opaque du FNE contrevient à l’article 136, qui impose à l’Exécutif d’administrer et de gouverner l’État selon les lois du pays. Les détournements documentés par l’ULCC violent la Loi du 12 mars 2014 sur la prévention et la répression de la corruption, notamment les articles relatifs à l’abus de fonction, au détournement de biens publics et à l’enrichissement illicite. L’absence de cadre linguistique et pédagogique dans les programmes financés par le FNE (PSUGO, LIV INIK AN KREYÒL) viole les articles 5 et 32-3, qui imposent une politique linguistique éducative cohérente. La non-conformité structurelle du FNE en ce qui a trait à sa propre loi organique (Le Moniteur n°30, 22 septembre 2017) révèle une violation interne de ses obligations de gouvernance, de transparence et de conformité administrative.
Tableau thématique récapitulatif des obligations violées
| Domaine juridique | Obligation violée | Référence |
|---|---|---|
| Transparence administrative | Absence de publication des états financiers | Constitution, art. 40 |
| Contrôle budgétaire | Non-soumission aux audits obligatoires | Constitution, art. 200, 200-1, 233 |
| Légalité fiscale | Taxes perçues hors cadre légal | Constitution, art. 218–219 |
| Bonne gouvernance | Opacité, absence de reddition de comptes | Constitution, art. 136 |
| Anti-corruption | Détournements, abus de fonction | Loi anticorruption, 12 mars 2014 |
| Politique éducative | Absence de cadre linguistique conforme | Constitution, art. 5, 32-3 |
| Conformité institutionnelle | Non-respect de la loi de création du FNE | Moniteur n°30, 22 sept. 2017 |
V. 3. L’absence de soutien à la production d’outils pédagogiques en créole : une contradiction majeure
Durant les deux mandats (2014–2016 ; 2021–2023) de Nesmy Manigat à la direction de l’Éducation nationale, aucun programme rigoureux, structurant et durable n’a été standardisé pour produire des outils pédagogiques en créole selon les normes internationales pourtant connues en Haïti. Amplement documentée, cette absence d’ outils pédagogiques standardisés en créole contredit directement le discours propagandiste du Festival entènasyonal literati qui présente Nesmy Manigat comme un promoteur de la « Créolophonie scientifique ».
En réalité, le système éducatif haïtien demeure dépourvu de ressources linguistiques et pédagogiques fondamentales : absence de grammaires scolaires, absence de dictionnaires unilingues créoles et bilingues français-créole, absence de guides de rédaction créoles, d’outils pédagogiques et de manuels didactiques créoles. Cette absence révèle la nature idéologique de la pseudo « Créolophonie scientifique » version FEL/PHTK : un discours mystificateur et démagogique destiné à masquer l’absence de réalisations concrètes et mesurables.
Il faut prendre toute la mesure de la gravité de ce constat qui impacte la scolarisation de quatre millions d’écoliers haïtiens : elle est d’autant plus grave que la production d’outils pédagogiques en créole est au cœur de la consolidation de l’État de droit car la Constitution de 1987, en son article 32, dispose que l’éducation est un droit. Les ressources linguistiques et pédagogiques doivent contribuer à garantir l’égalité jurilinguistique, favoriser la démocratisation de l’accès à l’éducation et également contribuer à la construction d’un espace public pluraliste. Dans ce contexte, l’absence de soutien à la production d’outils pédagogiques en créole constitue une violation des principes constitutionnels.
V. 4. La récupération/instrumentalisation pavlovienne du Festival entènasyonal literati par le PHTK : une stratégie de captation symbolique
Le message du 17 septembre 2026 montre que le Festival entènasyonal literati adopte une posture pavlovienne : toute figure associée au pouvoir politique est immédiatement valorisée. Cette posture révèle une stratégie de captation symbolique typique du PHTK : utiliser les institutions culturelles pour renforcer sa légitimité.
En s’inscrivant dans cette dynamique, le FEL renonce à son indépendance, à sa mission culturelle et à sa responsabilité citoyenne. Cette récupération pavlovienne constitue une menace majeure pour le champ culturel haïtien, qui doit se tenir à distance des réseaux politico-mafieux afin de préserver son intégrité.
La stratégie de captation symbolique s’inscrit dans une tradition de manipulation idéologique bien documentée dans l’histoire politique haïtienne. Le duvaliérisme, puis le néo-duvaliérisme contemporain, ont souvent utilisé la culture comme un outil de propagande. Le PHTK, en reprenant cette stratégie, cherche à capter les espaces symboliques pour renforcer sa légitimité.
En guise de conclusion : faire la lumière sur les zones opaques du Festival entènasyonal literati kreyòl
Le champ culturel haïtien ne peut et ne doit en aucun cas adopter « la posture de l’imposture », celle des dérives idéologiques ou des compromissions politiques par choix idéologique, choix clanique ou sous couvert de subventions aussi discrètes que bien monnayées… Le champ culturel haïtien doit se conformer aux prescrits de la Constitution de 1987, cultiver l’indépendance institutionnelle, cultiver la résistance citoyenne à la propagande politico-mafieuse et consolider son action dans une vision citoyenne de la culture. Le message du 17 septembre 2026 montre que le Festival entènasyonal literati kreyòl s’en éloigne dangereusement : une telle dérive constitue une menace majeure pour l’intégrité du champ culturel haïtien qui doit se tenir à distance des réseaux politico-mafieux afin de préserver son rôle dans la construction de l’État de droit.
La presse indépendante haïtienne, en Haïti comme en diaspora, doit interpeller publiquement le Festival entènasyonal literati kreyòl : elle doit l’inviter à produire ses bilans financiers annuels –depuis sa création en 2019 jusqu’en 2026–, assortis de l’audit de ses bilans financiers annuels. La presse indépendante haïtienne doit inviter la Cour supérieure des comptes à se prononcer sur la sincérité et la légalité des bilans financiers annuels et des audits des bilans financiers annuels du Festival entènasyonal literati kreyòl. La presse indépendante haïtienne doit interpeller l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) qui a élaboré, en 2024-2025, un dossier fort bien documenté sur la corruption au Fonds national de l’éducation. Avec les mêmes exigences de rigueur et de rectitude, l’Unité de lutte contre la corruption devrait se pencher sur la sincérité et la légalité des bilans financiers annuels et des audits des bilans financiers annuels du Festival entènasyonal literati kreyòl.

