15 septembre 2026
Le Fonds des dividendes de la paix face aux enlèvements de responsables et aux rançons 
Actualités Société

Le Fonds des dividendes de la paix face aux enlèvements de responsables et aux rançons 

Au moment où de nombreuses familles haïtiennes endeuillées par les gangs armés pleurent  encore leurs morts, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a lancé le Fonds des dividendes  de la paix en Haïti (FDPH). Présenté le 14 septembre 2026 à la Villa d’Accueil comme une «  alliance historique » avec les Nations unies, ce mécanisme vise le désarmement, le  démantèlement des groupes armés et la réintégration des populations touchées par la violence  communautaire. 

L’intention affichée est noble. Pourtant, le contexte immédiat force une question brûlante :  quel rapport existe-t-il entre la gestion des membres du gouvernement et de hauts  responsables enlevés par les gangs — avec les demandes de rançon qui les accompagnent — et la création de ce fonds ? 

Les faits récents sont éloquents. En juin 2026, James Boyard, directeur de cabinet du  ministère de la Défense, inspecteur général de la Police nationale et expert en sécurité de haut  rang, a été enlevé à Port-au-Prince avec son épouse et leur fille de six ans (citoyenne  américaine). Des rançons auraient été payées, mais selon certaines informations, lui et sa fille  restaient encore détenus des mois plus tard. Peu avant le lancement du fonds, le 7 septembre  2026, Stéphanie Paultre, directrice générale de l’Office national de partenariat en éducation  (ONAPE), et Me Caleb Jean-Baptiste ont été enlevés dans l’Artibonite alors qu’ils rentraient  d’une activité officielle liée à la rentrée scolaire. Des chefs de gangs ont ensuite diffusé des  vidéos et accusations controversées à leur sujet. 

Ces cas s’inscrivent dans une réalité plus large : des enlèvements ciblés de cadres et de  proches de l’appareil d’État, des rançons élevées, et une opacité sur la manière dont l’exécutif  gère ces crises. Pendant que des familles ordinaires enterrent leurs morts sans fanfare, des  négociations se déroulent dans l’ombre pour libérer des personnalités liées au pouvoir. C’est  précisément dans ce climat que le Premier ministre annonce un fonds « dividendes de la paix  ». 

Que peut cacher cette démarche ? Le FDPH est-il un outil sérieux de désarmement et de  réintégration, ou un écran de fumée destiné à détourner l’attention pendant que l’État continue  de composer, parfois par des paiements, avec les mêmes gangs qu’il prétend combattre ?  Créer un fonds pour « racheter » la paix tout en gérant des rançons pour des proches du  pouvoir peut donner l’impression d’une double logique : d’un côté, le langage de la fermeté et  du partenariat international ; de l’autre, la réalité de transactions et de négociations qui  renforcent le modèle économique des gangs. Si des fonds publics ou des ressources étatiques  ont été mobilisés pour des rançons, comment justifier la création d’un nouveau mécanisme  sans transparence totale sur ces flux ? 

Sur le plan légal, la création de fonds publics reste strictement encadrée. La Constitution de  1987 (révisée) prévoit que les finances de la République sont régies par la loi, que les impôts  ne peuvent être établis que par la loi, et que le budget est voté par le pouvoir législatif. Les  organismes autonomes et fonds spéciaux doivent répondre à des règles de gestion, de contrôle  de la Cour supérieure des comptes et de reddition de comptes. En l’absence de Parlement,  l’exécutif agit par décret, mais cela n’exonère pas de l’obligation de transparence et de  contrôle. Un fonds partenarial avec l’ONU peut échapper en partie à ces contraintes s’il est  purement international, mais dès qu’il touche aux ressources ou à la responsabilité de l’État  haïtien, il doit être clairement défini, traçable et soumis à audit. L’absence de chiffres précis 

sur le montant, les contributeurs et les mécanismes de gouvernance du FDPH au moment de  son lancement laisse un flou inquiétant. 

Les familles qui pleurent n’ont pas besoin d’un nouveau sigle. Elles ont besoin de savoir si  l’État traite de la même manière les otages ordinaires et les responsables haut placés, si les  rançons payées (ou non) alimentent ou affaiblissent les gangs, et si le Fonds des dividendes de  la paix servira réellement à désarmer et réinsérer, ou seulement à habiller d’un vernis  international une gestion opaque de la violence. Tant que ces questions resteront sans réponse  claire, le doute planera : ce fonds est-il un instrument de paix, ou un détour diplomatique face  à l’incapacité — ou au refus — de rompre réellement avec la logique des rançons et des  négociations dans l’ombre ? 

La paix ne se construit ni par des fonds annoncés sous les projecteurs, ni par des rançons  discrètes. Elle exige cohérence, transparence et justice égale pour tous.

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