Alors que l’année fiscale touche à sa fin, un profond sentiment d’abandon et d’injustice gagne les résidents en pharmacie en Haïti. Déployés dans les établissements hospitaliers à travers le pays, souvent loin de leurs familles et dans des zones où les conditions de vie sont particulièrement difficiles, ces jeunes professionnels de santé continuent pourtant d’assurer leur mission au service de la population. Mais jusqu’à présent, une question demeure sans réponse : quand l’État honorera-t-il enfin son engagement financier envers eux?
La situation est d’autant plus préoccupante que les conditions dans lesquelles ces résidents accomplissent leur résidence sont loin d’être idéales. Certains sont affectés dans des départements très éloignés de leur lieu de résidence, parfois dans des zones difficiles d’accès ou présentant d’importants problèmes de sécurité. Pourtant, ils doivent s’y rendre et y travailler sans bénéficier d’un véritable accompagnement de l’État en matière de logement, de nourriture ou de transport.
Imaginons un jeune résident vivant à Port-au-Prince et affecté dans le Nord-Ouest ou dans la Grand’Anse. L’hôpital qui l’accueille ne dispose d’aucune possibilité de logement pour lui. Il ne possède pas non plus les moyens financiers nécessaires pour louer une chambre, se nourrir quotidiennement et assurer ses déplacements. Pis encore, il n’a aucun membre de sa famille dans la région susceptible de l’héberger. Comment cet étudiant, déjà engagé dans une formation exigeante, est-il censé survivre et continuer à offrir des soins de qualité?
Un « frais » dérisoire, mais même ce minimum n’est pas payé à temps
L’État haïtien prévoit un frais mensuel d’environ 10 000 gourdes pour les résidents. Une somme qui, dans le contexte économique actuel, est loin de permettre à un jeune professionnel de couvrir convenablement ses besoins essentiels.
Pourtant, même ce montant déjà insuffisant n’est pas versé régulièrement.
Selon la réalité vécue par les résidents, plusieurs mois peuvent s’écouler avant le paiement de ces frais. Dans certains cas, les retards peuvent atteindre huit mois, voire une année entière. De plus, les montants dus sont généralement versés en deux tranches, ce qui accentue davantage les difficultés financières auxquelles ces jeunes professionnels sont confrontés.
Il faut donc se poser une question simple : comment peut-on demander à un résident de consacrer environ 48 heures par semaine à la prise en charge des patients tout en le laissant sans ressources pendant plusieurs mois ?
Derrière les chiffres se trouvent des hommes et des femmes qui doivent payer leur nourriture, leur logement, leur transport, leurs documents académiques et leurs autres dépenses quotidiennes. Ce sont aussi des jeunes qui, malgré leurs difficultés personnelles, continuent de se présenter dans les hôpitaux et de répondre aux besoins des patients.
Les résidents en pharmacie : les oubliés parmi les oubliés ?
La situation devient encore plus préoccupante lorsqu’on considère le cas des résidents en pharmacie.
Les groupes de résidents en pharmacie sont généralement parmi ceux qui se sentent les plus discriminés dans le système de résidence en service social. Alors que l’année fiscale arrive à son terme, ces résidents affirment n’avoir encore reçu aucun paiement au titre de leurs frais.
Cette situation soulève de sérieuses interrogations sur l’équité dans la gestion des résidents des différentes filières.
Il ne s’agit pas ici de réclamer un privilège. Il s’agit de demander l’égalité de traitement, le respect des engagements et la reconnaissance du travail accompli.
Le pharmacien résident n’est pas un simple étudiant observateur. Dans les établissements de santé, il participe à la dispensation sécurisée des médicaments, à la gestion pharmaceutique, à la prévention des erreurs médicamenteuses, à l’éducation des patients et à plusieurs autres activités indispensables au fonctionnement du système de santé.
Son travail contribue directement à la qualité des soins offerts à la population.
Servir son pays ne devrait pas signifier vivre dans la précarité
Il est difficile de demander à une génération de jeunes professionnels de rester engagée au service de leur pays si les institutions publiques ne sont pas capables de garantir les conditions minimales nécessaires à leur survie.
Le patriotisme ne doit pas devenir un prétexte à l’exploitation de la jeunesse.
Ces résidents ont accepté de quitter leur environnement familial, de s’exposer à des conditions difficiles et de travailler dans des établissements parfois dépourvus de ressources suffisantes. Ils ont choisi de servir une population qui, elle-même, fait face à d’énormes difficultés d’accès aux soins.
Mais servir son pays ne devrait pas contraindre un jeune professionnel à choisir entre manger, se loger ou se rendre à l’hôpital.
Il est particulièrement préoccupant que certains résidents puissent se retrouver dans des situations où ils doivent chercher par eux-mêmes un endroit où dormir, alors qu’ils sont officiellement affectés par l’État dans le cadre d’une mission de service public.
Un appel au sens des responsabilités
Face à cette situation, il est temps que les responsables concernés prennent leurs responsabilités.
Le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) doit veiller à ce que les conditions de résidence soient réellement compatibles avec la mission confiée aux jeunes professionnels. Le Ministère de l’Économie et des Finances, pour sa part, doit prendre les dispositions nécessaires afin que les engagements financiers de l’État envers les résidents soient honorés dans des délais raisonnables.
Il est également urgent de revoir en profondeur le mécanisme d’accompagnement des résidents en service social.
Un système digne de ce nom devrait notamment prendre en compte les réalités liées au logement, au transport, à l’alimentation, à la sécurité et au paiement régulier des frais, particulièrement pour les résidents affectés loin de leur département d’origine.
Il ne devrait exister aucune filière de résidence considérée comme moins importante qu’une autre.
L’État doit entendre ce cri d’alarme
À l’approche de la fin de l’année fiscale, le silence institutionnel devient difficilement acceptable.
Les résidents en pharmacie ne demandent pas la charité. Ils demandent le respect d’un engagement de l’État.
Ils demandent simplement que le travail qu’ils accomplissent soit reconnu et que les ressources qui leur sont destinées leur soient effectivement versées.
Derrière chaque résident se trouve un jeune professionnel qui a investi plusieurs années de sa vie dans sa formation, qui a choisi de servir son pays et qui, aujourd’hui, se retrouve parfois dans une situation financière extrêmement précaire.
L’État ne peut pas demander à ses jeunes professionnels de sauver son système de santé tout en les abandonnant à leur propre sort.
Ce cri d’alarme mérite donc d’être entendu. Les autorités concernées doivent agir, non seulement pour régler les sommes dues aux résidents en pharmacie, mais aussi pour réformer durablement le système d’accompagnement des résidents en service social, afin que plus aucun résident ne soit contraint de choisir entre sa survie et sa mission professionnelle.
Servir la population est un devoir. Respecter ceux qui la servent est aussi une responsabilité de l’État.
Wildlin ETIENNE
Résident en Pharmacie

