Flashback | Saint-Jean-Bosco, Antoine Izméry, Ground Zero : les mémoires du 11 septembre
PORT-AU-PRINCE / NEW YORK, 11 septembre 2026 — Le 11 septembre ne renvoie pas uniquement, dans la mémoire collective, aux attentats perpétrés aux États-Unis en 2001. En Haïti, cette date porte également la trace de deux épisodes majeurs de violence politique : le massacre de Saint-Jean-Bosco en 1988 et l’assassinat d’Antoine Izméry en 1993.
Le 11 septembre 1988, des hommes armés attaquent l’église Saint-Jean-Bosco, à Port-au-Prince, pendant une messe célébrée par le père Jean-Bertrand Aristide, alors figure emblématique de l’opposition populaire au pouvoir militaire. Des fidèles sont tués ou grièvement blessés, l’édifice est incendié et Aristide échappe à l’attaque. Les rapports internationaux de l’époque feront état de 13 morts et de dizaines de blessés, dans un contexte marqué par les violences politiques et l’impunité.
Cinq ans plus tard, le 11 septembre 1993, l’homme d’affaires et militant politique Antoine Izméry, partisan du retour du président Aristide renversé par le coup d’État de 1991, est assassiné à Port-au-Prince. Présent à une cérémonie commémorative en mémoire des victimes de Saint-Jean-Bosco, il est extrait de l’église du Sacré-Cœur de Turgeau avant d’être abattu. Des enquêtes internationales attribueront cette exécution à des acteurs liés à l’appareil militaire de l’époque.
Huit ans plus tard, le 11 septembre 2001, la date prend une dimension mondiale. Quatre avions commerciaux sont détournés aux États-Unis par 19 membres d’Al-Qaïda. Deux appareils percutent les tours du World Trade Center, à New York, un troisième frappe le Pentagone et le quatrième s’écrase en Pennsylvanie. 2 977 victimes sont recensées, hors terroristes. Les attaques redéfinissent durablement la politique étrangère américaine, les dispositifs de sécurité et la doctrine internationale de lutte contre le terrorisme.
Vingt-cinq ans après Ground Zero, ce 11 septembre 2026 réunit ainsi plusieurs mémoires. Pour les Haïtiens, la date rappelle Saint-Jean-Bosco et Antoine Izméry; pour les États-Unis et le reste du monde, elle demeure indissociable des tours effondrées de Manhattan. Des événements différents par leur ampleur, leurs auteurs et leur contexte juridique, mais reliés par une même obligation historique : conserver les faits, identifier les responsabilités et empêcher que l’impunité ou l’oubli ne deviennent la dernière version de l’histoire.

