9 septembre 2026
Haïti | Dessalines disait : « Laissons en paix respirer nos voisins » — deux siècles plus tard, la CARICOM arbitre-t-elle la souveraineté haïtienne ?
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Haïti | Dessalines disait : « Laissons en paix respirer nos voisins » — deux siècles plus tard, la CARICOM arbitre-t-elle la souveraineté haïtienne ?

PORT-AU-PRINCE — Le 1er janvier 1804, Jean-Jacques Dessalines formulait une doctrine extérieure d’une étonnante sobriété : « Laissons en paix respirer nos voisins ». Le fondateur de l’État haïtien invitait les révolutionnaires à ne pas devenir des « législateurs des Antilles » ni à troubler le repos des îles voisines. L’indépendance conquise devait ainsi préserver la souveraineté d’Haïti sans prétendre administrer celle des autres.

Deux cent vingt-deux ans plus tard, l’histoire autorise une interrogation autrement mordante : ces petites puissances caribéennes auxquelles Dessalines promettait la non-ingérence sont-elles devenues les arbitres institutionnels d’Haïti ? Le 11 mars 2024, sous médiation de la CARICOM et en présence de partenaires internationaux, fut arrêtée l’architecture d’un Conseil présidentiel de transition de neuf membres — sept votants et deux observateurs. La CARICOM présente cette formule comme issue de compromis entre acteurs haïtiens ; juridiquement et politiquement, demeure néanmoins la question de savoir jusqu’où une médiation extérieure peut intervenir dans la fabrication du pouvoir exécutif d’un État souverain.

Le CPT fut officiellement installé le 25 avril 2024 avec pour mandat déclaré de conduire le pays vers la sécurité, la légitimité démocratique et des élections. Or son passage catastrophique au pouvoir n’a pas permis de restaurer durablement l’autorité territoriale de l’État ni d’achever la transition électorale qui fondait sa justification. Son héritage politique se prolonge aujourd’hui sous Alix Didier Fils-Aimé : peut-on raisonnablement présenter comme retour à l’ordre constitutionnel un processus électoral dont la représentativité, les conditions sécuritaires et l’inclusivité demeurent fortement contestées ?

Dessalines avertissait précisément contre la tentation de s’ériger en « législateurs des Antilles ». La formule prend aujourd’hui la valeur d’un miroir historique : Haïti, premier État indépendant de la Caraïbe issu d’une révolution antiesclavagiste, peut-il continuer à recevoir de l’extérieur l’architecture de ses transitions tout en invoquant sa souveraineté ? Et si les élections annoncées deviennent partisanes, exclusives ou matériellement impraticables, faudra-t-il encore les qualifier d’exercice démocratique — ou reconnaître qu’une urne, sans consentement politique suffisamment large, sans sécurité et sans confiance institutionnelle, ne suffit pas à fabriquer la légitimité ?

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