Récit de voyage/ Belgique
Mercredi 2 septembre 2026
Entre patrimoine royal, bande dessinée et rencontres inattendues
Par : Joël Lorquet, PhD
Mercredi 2 septembre 2026, mon séjour à Bruxelles s’est poursuivi sous le signe de la découverte et des rencontres inattendues. Après un réveil plus tardif que prévu et une matinée consacrée à mon séminaire de formation sur l’Advocacy in the Media, j’ai profité de l’après-midi pour poursuivre mon exploration de la capitale belge. Sur mon chemin, le majestueux Palais royal m’a offert une nouvelle occasion de m’arrêter, d’observer et de prendre quelques photographies avant de poursuivre vers le Musée de la Bande Dessinée.
Mais, comme cela arrive souvent au cours d’un voyage, les plus belles expériences ne sont pas toujours celles que l’on avait planifiées. Cette journée m’a ainsi permis de faire des rencontres aussi diverses qu’intéressantes : un accordéoniste roumain qui gagne sa vie en jouant dans les rues de Bruxelles et une Américaine originaire d’Atlanta, ancienne hôtesse de l’air, qui avait déjà eu l’occasion de se rendre plusieurs fois en Haïti. Entre patrimoine, culture, gastronomie et échanges humains, cette journée m’a une fois de plus rappelé que voyager, c’est aussi se laisser surprendre par les histoires et les personnes que l’on rencontre en chemin.
Un réveil plus tardif que prévu
Ce jour-là, comme d’habitude, je me suis réveillé, mais cette fois un peu plus tard que prévu. J’avais programmé mon réveil pour 7 heures du matin, mais je ne sais pas s’il a effectivement sonné ou si, tout simplement, je ne l’ai pas entendu. J’étais particulièrement fatigué, d’autant plus que je m’étais réveillé subitement au cours de la nuit et que j’avais eu quelques difficultés à me rendormir.
Habituellement, la sonnerie de mon réveil me réveille sans problème, mais cette fois-ci, je n’en avais absolument pas conscience. Lorsque j’ai finalement ouvert les yeux, il était déjà 8 heures du matin. Il ne me restait donc que très peu de temps pour me préparer et me rendre au séminaire de formation consacré à l’Advocacy in the Media, auquel je participais depuis plusieurs jours.
Je me suis rapidement baigné, puis je me suis empressé de m’habiller. Je n’ai même pas eu le temps de passer au restaurant de l’hôtel pour prendre mon petit-déjeuner. J’ai donc quitté l’hôtel directement pour me rendre au cours, comme d’habitude.
Un déjeuner rapide avant de retourner en classe
À l’heure du lunch, je suis allé déjeuner en compagnie d’un collègue africain originaire de Zambie. Nous avons choisi un petit restaurant situé à moins d’un bloc du lieu où se déroulait le séminaire.
J’y ai pris une soupe aux carottes, du pain et du jus d’orange, suivis d’un café. Ce café avait pour moi une certaine importance : je le voulais particulièrement fort afin de ne pas avoir envie de dormir pendant la suite de la formation.
Après le déjeuner, nous sommes retournés en classe. Ce jour-là, nous avons été libérés un peu plus tôt que d’habitude, vers 15 heures.
Sur mon chemin, le Palais royal de Bruxelles a retenu mon attention
Comme je souhaitais retourner au Musée de la Bande Dessinée, j’ai pris la route. Mais cette fois, au lieu d’emprunter mon itinéraire habituel, j’ai décidé de changer de parcours et de passer notamment par la rue de la Régence, afin de me rendre du côté du Palais royal de Bruxelles.
Je voulais profiter de cette occasion pour revoir cet imposant édifice et, surtout, prendre quelques photographies. Comme moi, de nombreux touristes s’arrêtaient pour admirer le bâtiment et le photographier.
Le Palais royal de Bruxelles : un lieu chargé d’histoire
Situé au cœur de Bruxelles, face au Parc de Bruxelles et à proximité du Palais de la Nation, le Palais royal de Bruxelles est l’un des édifices les plus emblématiques de la monarchie belge. Avec le Palais de la Nation, siège du Parlement fédéral, il constitue l’un des symboles de la monarchie constitutionnelle belge.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le Palais royal de Bruxelles n’est pas la résidence privée du Roi. Il constitue principalement son lieu de travail et de représentation officielle. Le Roi y exerce ses fonctions, y reçoit notamment des représentants des institutions politiques, des ambassadeurs, des chefs d’État étrangers et diverses personnalités.
Le Palais abrite également plusieurs services de la Maison du Roi ainsi que de prestigieux salons utilisés à l’occasion de réceptions officielles, de réunions, de concerts, de déjeuners et d’autres activités liées à la vie institutionnelle du pays.
Une architecture intimement liée à l’histoire belge
L’histoire du Palais royal est étroitement liée à celle de la monarchie belge. Plusieurs de ses espaces intérieurs témoignent des différentes périodes de l’histoire du pays.
La Grande Antichambre, notamment, remonte à la période où les territoires du Nord et du Sud des Pays-Bas furent réunis sous le règne de Guillaume Ier. Elle rappelle ainsi une période historique qui précède la création de la Belgique indépendante en 1830.
Sous le règne du roi Léopold II, le Palais connut d’importantes transformations. L’architecte Alphonse Balat participa notamment à la conception de plusieurs espaces majestueux, dont l’escalier d’honneur et le vestibule.
Le bâtiment abrite également la Grande Galerie et la Salle du Trône, qui témoignent de la volonté de donner au Palais un caractère monumental et représentatif de la monarchie.
Parmi les espaces les plus remarquables figure aussi la Salle des Glaces. Sa construction fut entreprise sous Léopold II et achevée sous le règne du roi Albert Ier. Elle possède une histoire particulière, notamment en raison de ses références au Congo et de l’œuvre contemporaine Heaven of Delight, réalisée en 2002 par l’artiste Jan Fabre à partir d’environ un million et demi d’élytres de scarabées.
Un palais ouvert au public seulement durant l’été
Bien que le Palais royal soit aujourd’hui un lieu de travail et de représentation de la monarchie, il existe depuis 1965 une tradition d’ouverture au public pendant la période estivale.
Chaque année, durant quelques semaines, les visiteurs peuvent découvrir certains salons et espaces qui ne sont normalement pas accessibles au public. Cette ouverture constitue donc une occasion exceptionnelle de pénétrer à l’intérieur de ce bâtiment historique.
En 2026, les visites publiques se sont déroulées du 3 juillet au 16 août inclus. Le 2 septembre, lorsque je me trouvais à Bruxelles, cette période était donc déjà terminée. Il était par conséquent possible d’admirer le Palais depuis l’extérieur, mais pas de le visiter intérieurement dans le cadre de l’ouverture estivale habituelle.
Une impression de calme surprenante
En contemplant cet imposant et somptueux édifice, j’avais presque du mal à croire qu’il s’agissait réellement du Palais royal. Ce qui m’a particulièrement surpris, c’est l’absence apparente de dispositifs de sécurité visibles.
À première vue, on ne remarque pratiquement rien : pas de soldats postés devant l’entrée, pas de policiers visibles en permanence, rien qui donne immédiatement l’impression d’être devant un palais royal aussi important. L’ensemble paraît presque tranquille, comme une grande maison qui pourrait donner l’impression d’être vide.
Évidemment, cela ne signifie pas qu’il n’existe aucune mesure de sécurité. Mais pour un visiteur qui découvre le lieu depuis l’extérieur, cette discrétion contraste fortement avec l’image que l’on peut avoir d’un palais royal.
À la découverte du Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles : entre patrimoine belge et influence américaine
J’ai ensuite poursuivi mon chemin pour me rendre, comme prévu, au Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles.
En chemin, j’ai également eu l’occasion de constater une autre particularité de la vie bruxelloise : ici aussi, certains chauffeurs de taxi utilisent des voitures relativement luxueuses, notamment des Mercedes, Audi, BMW, etc.
Une fois arrivé au musée, j’ai été orienté vers la chargée de communication, Mlle Marie Neess, qui m’a chaleureusement accueilli. Elle m’a permis de faire le tour du musée et m’a fourni de nombreuses informations sur son histoire, ses activités et ses collections.
Une plongée dans l’univers de la bande dessinée
Le Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles est l’un des lieux culturels qui témoignent de l’importance de la bande dessinée dans la culture belge. Au cours de ma visite, j’ai eu le plaisir d’être guidé par la charmante Marie Ness, qui m’a accompagné à travers les différents espaces du musée. Cette rencontre m’a permis de mieux comprendre la manière dont les œuvres sont présentées au public, mais aussi de découvrir comment certaines bandes dessinées étrangères ont trouvé leur place dans les collections et les expositions de l’institution.
Une ouverture sur la bande dessinée internationale
Dès la visite, plusieurs éléments ont particulièrement retenu mon attention. Parmi eux figure notamment un livre apparu dans une bande dessinée américaine et reproduit au Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles.
Cette présence est révélatrice de l’ouverture du musée sur le monde. L’institution ne se limite pas uniquement à la production belge. Elle s’intéresse également à la bande dessinée internationale et aux liens qui existent entre les différentes traditions de la bande dessinée.
Au fil de notre parcours, Marie Ness m’a présenté différents espaces consacrés à des bandes dessinées et à leurs planches. Ces présentations permettent de découvrir la diversité des œuvres, des personnages et des univers créés par les auteurs.
Des planches et des séries qui évoluent avec le temps
Certaines séries peuvent être présentées de façon permanente, tandis que les contenus et les thèmes évoluent au fil du temps. L’objectif demeure toutefois de mettre constamment en valeur l’univers et la création de la bande dessinée.
— Le thème reste essentiellement celui de la bande dessinée, tout en permettant au public de découvrir différents mouvements, différents styles et différentes périodes, dit-elle.
Cette évolution permet au musée de renouveler régulièrement l’intérêt de ses expositions tout en conservant leur fil conducteur : faire découvrir au public la richesse, la diversité et l’évolution de la bande dessinée.
Quel rôle pour l’État dans le financement du musée ?
Au cours de notre échange, nous avons également abordé la question du financement du musée. Je me suis notamment interrogé sur la contribution éventuelle de l’État ou du gouvernement au fonctionnement de l’institution.
Mlle Marie Neess m’a laisser comprendre que le musée dispose de différentes sources de financement. Parmi celles-ci, les entrées payées par les visiteurs constituent notamment une source de revenus qui contribue à son fonctionnement.
La fréquentation du public joue donc un rôle important dans la vie de l’institution. Chaque visiteur qui franchit les portes du musée participe ainsi, indirectement, à la pérennité de cet espace consacré au neuvième art.
La bande dessinée américaine également mise en valeur
Notre entretien a également permis de revenir sur la place occupée par la bande dessinée américaine au sein du musée.
L’institution présente notamment des œuvres liées à la bande dessinée américaine ainsi que des éléments associés à des personnes qui ont travaillé dans ce domaine, contribuant à créer, reproduire et promouvoir ces œuvres.
Cette présence américaine illustre une nouvelle fois l’ouverture du musée aux différentes traditions de la bande dessinée.
La bande dessinée apparaît ainsi comme un véritable langage culturel qui dépasse largement les frontières de la Belgique. Les influences circulent d’un pays à l’autre, les personnages voyagent, les styles se rencontrent et les œuvres peuvent toucher des publics très différents.
Quand les animaux deviennent des personnages
Parmi les explications de Mlle Marie Neess figurait également un concept particulièrement intéressant : l’imagination d’animaux travaillant dans le monde des humains.
Ces personnages sont imaginés de manière à pouvoir évoluer ensemble et travailler collectivement dans un même univers.
Cette approche montre une fois encore la puissance de l’imagination dans la bande dessinée. Les auteurs peuvent créer des personnages, leur attribuer des caractéristiques humaines et les placer dans des situations qui permettent de raconter des histoires, de transmettre des messages ou simplement de divertir le lecteur.
L’animal devient alors un personnage à part entière. Il peut travailler, dialoguer, vivre avec d’autres personnages et évoluer dans un environnement inspiré du monde réel, tout en appartenant à un univers entièrement imaginé par le créateur.
Une création qui traverse les frontières
À travers les différentes explications reçues durant cette visite, j’ai également pu constater que la bande dessinée constitue un univers particulièrement vaste. Les œuvres peuvent être profondément liées à une culture nationale tout en étant influencées par des créations venues d’ailleurs.
La présence de références américaines au sein du musée en est une illustration. Elle montre que la bande dessinée belge s’inscrit dans un dialogue plus large avec les productions internationales.
Cette dimension internationale permet également au public de comprendre que les techniques de création, les personnages, les thèmes et les styles peuvent circuler entre les pays et nourrir l’imagination des auteurs.
Une visite qui permet de mieux comprendre la BD
Cette visite du Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles m’a ainsi permis de découvrir bien davantage que de simples dessins reproduits sur des planches.
À travers les œuvres présentées, les différentes séries, les influences étrangères, notamment américaines, le travail des auteurs et la manière dont certaines histoires sont imaginées et reproduites, j’ai pu mesurer l’importance de la bande dessinée comme véritable forme d’expression culturelle.
La rencontre avec Marie Ness et les explications qu’elle m’a données ont enrichi cette découverte. Derrière chaque planche, chaque personnage et chaque histoire se trouvent une démarche artistique, une imagination et parfois toute une culture.
La bande dessinée comme mémoire et patrimoine culturel
La visite du Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles s’est poursuivie avec la découverte d’un espace consacré à des personnages et à des univers imaginés par des artistes ayant travaillé sur la bande dessinée.
Mlle Marie Neess m’a expliqué que plusieurs personnes avaient participé à la réalisation et à la modélisation de ces œuvres.
— Nous avons travaillé avec des personnes qui ont travaillé dans la bande dessinée, qui ont reproduit et modélisé ces personnages. Ils les ont imaginés dans différents environnements, indique-t-elle.
L’idée est notamment de faire évoluer des animaux dans un monde qui ressemble à celui des humains. Ces personnages se réveillent dans une ville et sont ensuite imaginés dans différents pays et différents environnements.
— L’espace présente des animaux qui se réveillent dans un monde, dans une ville, et qui sont ensuite imaginés dans différents pays.
Chaque pays peut ainsi avoir son propre univers et ses propres références. Plusieurs représentations ont été imaginées, notamment autour du Japon et d’autres pays ou cultures.
Cette manière de présenter les personnages permet au visiteur de voyager à travers différents univers tout en restant dans le monde de la bande dessinée.
Du livre à la réalité
Au cours de notre visite, j’ai également pu constater une différence intéressante entre ce que l’on découvre habituellement dans les livres et ce qui est présenté physiquement dans le musée.
Nous avons l’habitude de voir les personnages et les histoires dans les livres. Ici, le visiteur peut véritablement découvrir certaines de ces représentations « pour de vrai », sous une forme matérielle et exposée.
Cette approche donne une dimension particulière à la visite et permet de mieux comprendre le travail réalisé par les artistes.
Un devoir de mémoire pour les générations futures
Au fil de la conversation, nous avons également abordé une question qui me paraît fondamentale : la conservation de la mémoire et du patrimoine.
Je lui ai fait remarquer que la préservation de la bande dessinée pouvait être considérée comme une forme de devoir de mémoire, puisque les créateurs et les institutions cherchent à laisser quelque chose aux générations futures.
— Je crois qu’il y a un devoir de mémoire. Les gens veulent laisser quelque chose, un héritage pour les générations à venir.
Mlle Marie Neess a reconnu cette idée.
— Oui, on peut dire ça.
Cette volonté de conserver les œuvres prend d’autant plus d’importance lorsqu’on compare les pays où l’histoire et le patrimoine sont moins bien conservés.
— Dans certains pays, il n’y a rien pour l’histoire, comme si on oubliait. Mais ici, on sait que cela va rester pendant de nombreuses années, dit-elle.
La conservation devient donc une manière de transmettre l’histoire et la culture aux générations suivantes.
Pour moi, c’est précisément ce qui donne au musée une dimension supplémentaire : il ne s’agit pas seulement d’exposer des bandes dessinées, mais aussi de préserver une partie de la mémoire culturelle.
La bande dessinée engagée
Nous avons également évoqué la question de la bande dessinée engagée et de la bande dessinée en général.
Certaines œuvres dépassent en effet le simple divertissement. Elles peuvent porter un message, témoigner d’une époque ou contribuer à la réflexion sur la société.
La conservation de ces œuvres prend alors une importance particulière, puisqu’elles deviennent également des témoignages historiques et culturels.
Un autre musée de la bande dessinée à Louvain-la-Neuve
Au cours de l’entretien, Mlle Marie Neess m’a également appris qu’il existe un autre musée consacré à la bande dessinée à Louvain-la-Neuve.
— Il y a aussi un autre musée à Louvain-la-Neuve.
Cette institution complète en quelque sorte l’offre culturelle consacrée à la bande dessinée en Belgique, tandis que le Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles demeure un lieu majeur consacré à cet art.
Un espace qui réunit musée, bibliothèque et magasin
La visite m’a également permis de découvrir que le lieu ne se limite pas aux espaces d’exposition.
Mlle Neess m’a informé qu’il existe également différents services et espaces permettant aux visiteurs et aux chercheurs de prolonger leur découverte.
— On a aussi un espace avec plus ou moins tous les services : une bibliothèque, un magasin et le musée, afirme-t-elle
La présence d’une bibliothèque constitue notamment un atout important pour les chercheurs, les écrivains, les étudiants ou simplement les passionnés de bande dessinée qui souhaitent approfondir leurs connaissances.
Il est donc possible de venir au musée non seulement pour regarder les expositions, mais aussi pour consulter des documents, effectuer des recherches, acheter des ouvrages et consacrer plusieurs heures à la découverte de cet univers.
— On peut passer la journée ici et faire plein de choses.
Cette diversité d’activités contribue à faire du musée un véritable espace culturel et pas uniquement un lieu d’exposition.
Une réflexion inattendue sur la Belgique
Au cours de notre conversation, j’ai profité de l’occasion pour partager une réflexion personnelle sur la Belgique.
Je lui ai expliqué que l’une des choses qui m’avaient étonné au sujet du pays était d’avoir appris, quelques années auparavant, que la Belgique avait fonctionné pendant une longue période sans gouvernement.
Je lui ai donc demandé comment un pays pouvait continuer à fonctionner dans une telle situation.
— J’ai appris il y a peut-être un an ou deux ans que le pays avait fonctionné sans gouvernement pendant plusieurs mois, voire environ un an. Et pourtant, cela a marché. Je ne connais pas exactement le mécanisme, mais il n’y a pas eu de problème majeur. Comment peut-on expliquer cela ?
La réponse de Mlle Marie Neess fut assez simple :
— C’est la structure. C’est autre chose.
Cette explication m’a fait réfléchir. Le fonctionnement d’un État ne dépend évidemment pas uniquement du gouvernement en place, mais également de l’ensemble de ses institutions, de son administration et de ses structures.
Je lui ai alors fait remarquer que cette situation n’aurait probablement pas été possible partout.
— Cela n’aurait pas pu arriver ailleurs, je vous le jure. Cela demande réellement une structure.
Cette courte discussion, qui dépassait largement le cadre de la bande dessinée, m’a permis de découvrir un autre aspect de la réalité belge : celui d’un pays dont les institutions et les structures administratives peuvent continuer à fonctionner malgré des périodes de blocage politique.
Au terme de cette rencontre, je suis reparti avec le sentiment que le Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles est bien davantage qu’un simple lieu consacré aux albums et aux personnages dessinés. C’est aussi un espace de conservation, de recherche, de transmission et de mémoire, où la bande dessinée est considérée comme une véritable composante du patrimoine culturel.
La visite m’a surtout rappelé qu’un musée ne sert pas uniquement à montrer le passé : il permet également de transmettre une mémoire aux générations qui viennent.
Mon échange avec la représentante du musée m’a également permis de mieux comprendre les efforts déployés pour conserver, présenter et promouvoir cet univers auprès du public.
La bande dessinée fait partie intégrante de l’identité culturelle de la Belgique, et le musée de Bruxelles constitue à cet égard un espace privilégié pour découvrir son histoire, son évolution et son ouverture sur le monde Cette visite m’a permis de découvrir plusieurs aspects de cet univers, notamment des planches, des séries et des œuvres provenant de différents horizons.
Au cœur de la bibliothèque du Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles : 50 000 ouvrages au service de la mémoire et de la recherche
Après avoir parcouru les différentes salles du Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles, ma visite m’a conduit vers sa bibliothèque, où j’ai eu l’occasion de poursuivre mon échange avec M. Grégory Shaw, bibliothécaire du musée, qui m’a fourni les informations nécessaires pour compléter mon reportage.
Une rencontre entre journalisme, voyage et bande dessinée
Je me suis d’abord présenté comme journaliste haïtien, originaire d’Haïti et de la Caraïbe, formé en France il y a une quarantaine d’années. Après quatre décennies, je suis revenu en Europe, notamment en France, et j’ai profité de ce séjour pour découvrir Bruxelles et son célèbre musée consacré à la bande dessinée.
C’est Mlle Marie Neess, chargée de la communication du musée, qui m’avait introduit auprès de la bibliothèque.
J’ai donc voulu en savoir davantage sur cet espace, son fonctionnement, ses collections et son rôle dans la recherche.
Une bibliothèque spécialisée dans la bande dessinée
M. Grégory Shaw m’a expliqué que la bibliothèque faisait partie intégrante du musée et qu’elle disposait de plusieurs espaces de documentation.
— Il y a deux salles de documentation. C’est vraiment la collection de bandes dessinées.
La bibliothèque permet ainsi aux visiteurs, aux passionnés, mais également aux chercheurs de consulter une importante collection consacrée à la bande dessinée.
En poursuivant la visite, j’ai également pu constater que les espaces de documentation sont directement liés aux expositions et aux autres activités du musée.
— On peut aussi regarder ici. C’est une exposition. Il y a également des ouvrages sur la bande dessinée.
La bibliothèque possède également une sélection destinée aux enfants, ce qui montre que l’institution cherche à s’adresser à différents publics.
Un fonds d’environ 50 000 ouvrages
L’une des questions qui m’intéressaient particulièrement concernait l’importance de la collection.
J’ai donc demandé combien d’ouvrages se trouvaient approximativement dans la bibliothèque.
La réponse a été impressionnante :
— Je crois que c’est environ 50 000 ouvrages.
Un tel fonds représente véritablement un univers consacré à la bande dessinée. Il ne s’agit pas seulement d’albums destinés au grand public, mais également de documents permettant d’étudier l’histoire, l’évolution et les différentes formes de cet art.
La collection continue par ailleurs de s’enrichir.
— On reçoit quasiment tous les jours des nouveautés.
Cela signifie que la bibliothèque n’est pas simplement un lieu de conservation du passé. Elle demeure également en contact avec la production contemporaine de la bande dessinée.
Un lieu pour les chercheurs, les mémoires et les thèses
La bibliothèque joue également un rôle important dans le domaine de la recherche.
J’ai demandé à M. Grégory Shaw si la bibliothèque conservait des travaux universitaires consacrés à la bande dessinée, notamment des mémoires et des thèses.
La réponse a été affirmative.
— Oui, on a des œuvres scientifiques, des mémoires et des thèses.
Certains travaux de recherche peuvent d’ailleurs donner naissance à des publications ou à des ouvrages.
Cette dimension scientifique m’a particulièrement intéressé, car elle montre que la bande dessinée ne doit plus être considérée uniquement comme une littérature destinée au divertissement.
Elle constitue également un objet d’étude pour les chercheurs, les universitaires et les spécialistes de la culture.
Un journaliste haïtien qui apporte aussi sa contribution
Au cours de notre conversation, j’ai expliqué que je travaillais moi-même sur un récit de voyage consacré à cette tournée européenne.
— Je suis en train de faire un récit de voyage aussi sur cette tournée. C’est vraiment un plaisir de découvrir votre bibliothèque.
J’ai également profité de cette rencontre pour parler de mon propre travail de pionnier dans le domaine de la bande dessinée et de mes publications.
J’ai expliqué qu’en Haïti, j’avais notamment travaillé avec un dessinateur de bande dessinée et que certains de mes ouvrages avaient été conçus sous cette forme.
Mes travaux ne sont cependant pas uniquement consacrés à des histoires fictives.
— Ce sont des ouvrages engagés. Ce ne sont pas simplement des histoires fictives. Ce sont des histoires sociopolitiques et engagées qui utilisent la bande dessinée, parce que la BD permet de mieux comprendre ce qu’on raconte. Il n’y a pas seulement le texte : il y a aussi les images.
Cette réflexion nous a naturellement conduits à évoquer le rôle de la bande dessinée dans la sensibilisation et dans l’éducation.
La bande dessinée comme outil d’éducation
J’ai rappelé que, dans le passé, la bande dessinée avait déjà été utilisée comme moyen d’éducation et de sensibilisation.
J’ai notamment évoqué mes propres expériences et certaines publications réalisées à une époque où il fallait sensibiliser les jeunes à des questions de société.
— En 1981, j’ai publié « Regret net », puis en 1983 « Dram Zafra ». En 1985, j’ai réalisé une bande dessinée sur le sida « Madichon 3H ». À l’époque, nous utilisions la BD pour sensibiliser les jeunes contre les MST.
Je lui ai alors demandé si la bande dessinée pouvait toujours être utilisée comme outil pédagogique.
La réponse fut claire :
— Oui, il y a beaucoup de BD qui peuvent être utilisées dans ce domaine. Il y a également beaucoup de BD-reportages. C’est un peu la mode.
Cette évolution témoigne d’un changement important dans la perception de la bande dessinée.
La BD n’est donc plus uniquement considérée comme un moyen de divertissement pour les enfants.
— La bande dessinée n’est plus seulement faite pour les enfants.
Elle s’adresse désormais à un public beaucoup plus large et peut traiter de sujets sociaux, politiques, historiques, culturels ou éducatifs.
Tintin, une référence incontournable en Belgique
Au cours de l’entretien, j’ai également abordé une image que j’avais de la bande dessinée belge avant de venir à Bruxelles.
Pour moi, lorsque l’on parle de bande dessinée en Belgique, un nom vient immédiatement à l’esprit : Tintin.
— Quand on parle de la Belgique, c’est ce que j’avais en tête. Je rêvais de venir voir un musée de la bande dessinée, mais pour moi, c’était Tintin. Comme si Tintin était la référence belge en matière de bande dessinée.
J’ai donc demandé à M. Grégory Shaw ce qu’il pensait de cette perception.
Il m’a expliqué que la réalité était beaucoup plus vaste et que la Belgique possédait une grande diversité de créateurs, de personnages, de styles et d’expériences dans le domaine de la bande dessinée.
— Il y a beaucoup de choses. Tintin fait partie de cette expérience, mais il y a vraiment beaucoup d’autres choses.
Je lui ai alors posé une autre question : quelles bandes dessinées contemporaines pourraient aujourd’hui servir de référence en 2026 ?
La réponse montre toute la difficulté de faire un choix dans un domaine aussi vaste.
— C’est compliqué. Effectivement, la BD est un gros vendeur et c’est aussi une référence internationale, mais ce n’est pas forcément la même chose partout. C’est compliqué de sélectionner encore.
La richesse de la production contemporaine rend donc difficile l’identification d’une seule œuvre ou d’un seul auteur qui pourrait représenter à lui seul la bande dessinée actuelle.
Des lecteurs réguliers et des abonnés
La bibliothèque accueille également un public régulier.
J’ai demandé s’il existait des lecteurs qui revenaient fréquemment consulter les collections.
— Oui, oui. Il y a des abonnés, dit-il.
Cette présence de lecteurs réguliers confirme que la bibliothèque constitue un véritable lieu de consultation et de recherche, et pas seulement un espace destiné aux visiteurs occasionnels du musée.
Un catalogue accessible en ligne
La question de l’accès aux collections sur Internet a également été abordée.
J’ai demandé si la bibliothèque disposait d’un catalogue permettant de consulter les références à distance.
— Oui, le catalogue permet de voir les références.
Cette possibilité est particulièrement utile pour les chercheurs qui souhaitent préparer une visite ou identifier à l’avance les ouvrages dont ils ont besoin.
Pour ma part, j’ai indiqué mon intention de contribuer à cette collection en faisant parvenir certains de mes propres ouvrages.
— Je vais m’arranger pour vous faire parvenir mes bouquins. Ce serait un honneur pour moi d’avoir mes livres ici en Belgique, lui dis-je.
J’ai également expliqué que certains de mes ouvrages avaient besoin d’être réimprimés et que je comptais prendre les coordonnées nécessaires afin de pouvoir les transmettre ultérieurement au musée.
Cette perspective m’a personnellement touché, car voir mes ouvrages haïtiens rejoindre une bibliothèque spécialisée en Belgique représenterait une forme de reconnaissance et de partage culturel entre Haïti et l’Europe.
Une revue consacrée à la bande dessinée
Avant de terminer l’entretien, j’ai demandé s’il existait une publication ou une revue liée au musée.
M. Grégory Shaw m’a parlé de la revue du musée « Le Dessableur/ Zandstraal », qui traite de différents sujets liés à la bande dessinée.
Cette publication peut notamment présenter des articles consacrés aux dessinateurs, aux albums, aux expositions et à différents thèmes liés à l’univers de la BD.
— On peut aussi y parler des dessinateurs, présenter des albums et développer des articles sur différents thèmes.
La revue ne se limite d’ailleurs pas à la bande dessinée contemporaine.
— Elle parle aussi de la bande dessinée et même de ce qu’il y avait avant la bande dessinée.
La publication est illustrée et existe dans les deux langues nationales principales du musée :
— Elle est en français et en néerlandais.
Les mêmes articles sont ainsi proposés dans les deux langues, même si les images peuvent parfois varier selon les versions.
Une publication qui évolue
J’ai également voulu savoir à quelle fréquence cette revue était publiée.
M. Grégory Shaw a fait état d’une évolution de sa périodicité.
— Elle est actuellement publiée de manière trimestrielle, mais cela va changer. Elle devrait devenir semestrielle, dit-il.
Cette évolution montre également que les publications culturelles doivent s’adapter à leur environnement et à leurs possibilités.
Nous avons enfin abordé la question de l’existence d’autres revues spécialisées dans la bande dessinée en Belgique.
La réponse a permis de nuancer l’idée selon laquelle il s’agirait de la seule publication consacrée à la BD dans le pays : il existe d’autres revues, notamment en français, même si leur périodicité et leur orientation peuvent être différentes.
Ma visite à la bibliothèque du Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles m’a permis de découvrir un aspect moins visible, mais essentiel, du monde de la BD : la conservation, la recherche, la documentation et la transmission.
Avec environ 50 000 ouvrages, des mémoires, des thèses, des publications scientifiques, des nouveautés reçues régulièrement, des lecteurs abonnés et un catalogue accessible en ligne, cette bibliothèque constitue un véritable centre de ressources consacré à la bande dessinée.
Pour moi, cette découverte revêt une signification particulière. En tant que journaliste et auteur haïtien, la possibilité d’y déposer mes propres ouvrages représente une belle passerelle entre la création haïtienne, la culture caribéenne et le patrimoine international de la bande dessinée.
Cette expérience m’a surtout permis de mesurer l’importance de la bande dessinée dans la culture belge et dans l’identité culturelle de Bruxelles. Elle n’est pas seulement un moyen de raconter des histoires à travers des dessins et des textes ; elle constitue aussi un patrimoine, un espace de création et un langage capable de rapprocher les peuples et les cultures.
Présentation succincte du Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles : un haut lieu du neuvième art
Installé dans les anciens magasins Waucquez, un édifice Art nouveau conçu par Victor Horta, le Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles a ouvert ses portes en 1989. Depuis plus de 35 ans, il met à l’honneur le neuvième art à travers des œuvres originales, des documents, des reconstitutions et différentes activités.
Les principales sections
Un siècle de BD belge — Cette exposition permanente retrace cent ans d’histoire de la bande dessinée belge et met en valeur ses auteurs, ses personnages et son évolution.
L’Art de la BD — Cette section présente les différentes étapes de création d’une bande dessinée, depuis le processus artistique jusqu’aux nombreux genres de la production européenne.
Les expositions temporaires — Le musée consacre régulièrement des espaces à des artistes, des personnages, des thèmes ou des courants particuliers de la bande dessinée.
La Gallery — Cet espace accueille des expositions consacrées à des œuvres, des auteurs ou des personnages spécifiques, permettant de renouveler régulièrement l’offre du musée.
La bibliothèque / bédéthèque — Elle constitue un important centre de documentation consacré à la bande dessinée, destiné notamment à la recherche, à la consultation et aux passionnés du neuvième art.
La section pédagogique — Elle propose des ressources pour les écoles, notamment des dossiers pédagogiques et des malles contenant des albums et du matériel permettant d’approfondir la découverte de la BD en classe.
Les activités et rencontres — Le musée organise également des ateliers, séances de croquis, rencontres avec des auteurs et différents événements autour de la bande dessinée.
La librairie — Les visiteurs peuvent prolonger leur découverte grâce à la librairie du musée, consacrée aux albums et à l’univers de la bande dessinée. Le billet d’entrée donne également accès aux expositions permanentes et temporaires ainsi qu’à la salle de lecture.
Ainsi, le Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles est bien davantage qu’un simple espace d’exposition. Il réunit patrimoine, création, conservation, recherche, pédagogie, documentation et rencontres, dans un cadre architectural exceptionnel signé Victor Horta.
Une visite aux Musées royaux des Beaux-Arts qui devra attendre
Après cette visite, je souhaitais me rendre aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, situés dans le quartier de la Place Royale et de la rue de la Régence.
Malheureusement, lorsque je suis arrivé dans le secteur, il était déjà 17 heures et les musées étaient fermés. Ma visite devait donc être remise à une autre occasion.
J’avais également en tête le fait que certains musées bruxellois proposent régulièrement des périodes ou des journées de gratuité. Le premier mercredi du mois, notamment, plusieurs musées participants ouvrent gratuitement certaines de leurs collections ou certains de leurs espaces. C’est une initiative intéressante qui encourage le public à découvrir les nombreux musées de Bruxelles.
Avec plus d’une centaine de musées dans la capitale, et plus de 125 institutions membres de Brussels Museums, Bruxelles offre véritablement un choix exceptionnel aux amateurs d’histoire, d’art, de culture, de sciences et de patrimoine.
Une rencontre inattendue avec un accordéoniste roumain
Entre-temps, avant de rentrer à l’hôtel, j’ai remarqué un homme qui jouait de l’accordéon dans la rue. À côté de lui se trouvait une petite marmite destinée à recueillir les dons des passants.
Je me suis rapproché de lui pour le filmer et essayer d’échanger quelques mots avec lui. Il m’a expliqué qu’il s’appelait Virgile, mais que son nom de famille était tellement difficile à prononcer qu’il préférait se faire appeler « Virgile Romania ».
Malheureusement, il ne parlait pas français et il ne pouvait donc pas m’accorder une véritable entrevue. Il m’a toutefois expliqué qu’il était originaire de Roumanie, qu’il vivait en Belgique depuis environ quinze ans et qu’il jouait de la musique dans la rue pour gagner sa vie.
Il m’a également indiqué qu’il pratiquait l’accordéon depuis une vingtaine d’années. Les passants qui apprécient sa musique peuvent ainsi lui laisser une contribution.
J’ai trouvé dommage de ne pas pouvoir réaliser une véritable entrevue avec lui. Il aurait été intéressant de connaître davantage son parcours, son expérience de la vie en Belgique, les raisons qui l’ont poussé à venir s’y installer et la manière dont il vit de sa musique.
J’ai néanmoins tenu à lui donner une contribution pour l’encourager dans cette façon, à mes yeux honorable, de gagner sa vie.
La Roumanie, un pays d’Europe de l’Est en pleine transformation
Cette rencontre m’a naturellement fait penser à la Roumanie, pays d’Europe de l’Est situé au carrefour de l’Europe centrale, orientale et du Sud-Est.
La Roumanie compte environ 19 millions d’habitants et couvre une superficie d’environ 238 400 km². Elle est membre de l’OTAN depuis 2004 et de l’Union européenne depuis 2007.
Le pays a connu d’importantes transformations économiques et sociales depuis la chute du régime communiste en 1989. Tout en demeurant profondément marqué par son histoire et son patrimoine, il s’est progressivement modernisé et occupe aujourd’hui une place importante en Europe orientale.
Cette courte rencontre avec Virgile m’a rappelé une fois de plus que les voyages sont aussi faits de ces rencontres imprévues, parfois très brèves, qui permettent de découvrir des parcours humains auxquels on ne s’attendait pas.
À la recherche d’un nouveau restaurant
Après cette rencontre, j’ai poursuivi ma route à la recherche d’un nouveau restaurant. Je m’étais fixé comme objectif, pendant mon séjour, de découvrir chaque jour un établissement différent situé à proximité de mon hôtel.
Pour moi, cette démarche ne consiste pas seulement à me nourrir. C’est aussi une façon de mieux comprendre l’art culinaire, les habitudes alimentaires et, plus largement, la culture du pays que je visite.
Une découverte culinaire au restaurant « La Kartchma »
Ce jour-là, je suis finalement entré dans le restaurant « La Kartchma », dont le nom est présenté comme signifiant « La pause miam ».
Le propriétaire m’a accueilli et je lui ai demandé si le restaurant était bien ouvert. Il m’a répondu avec simplicité : « Oui, bien sûr. »
Il n’y avait pas encore de serveur disponible et j’ai attendu deux ou trois minutes. Le propriétaire est ensuite venu me parler personnellement.
Après avoir consulté le menu, j’ai commandé du lapin accompagné d’une purée de pommes de terre, ainsi qu’un jus de citron. On m’a expliqué que le plat que j’avais choisi était de style ukrainien, même si la cuisine proposée par l’établissement était plutôt internationale.
Voyager, c’est aussi découvrir d’autres cuisines
Personnellement, je n’ai aucun problème avec la nourriture lorsque je voyage. Pour moi, les aliments peuvent être les mêmes d’un pays à l’autre ; c’est surtout la manière de les préparer qui change.
Je refuse donc de faire partie de ceux qui veulent absolument retrouver partout les mêmes habitudes alimentaires, notamment le riz et les pois, simplement parce qu’ils sont habitués à en consommer en Haïti.
Je m’adapte aux circonstances. Étant donné que je suis un voyageur international et que j’ai eu l’occasion de visiter de nombreux pays, je n’éprouve aucune difficulté particulière à découvrir d’autres aliments, à condition évidemment qu’ils soient bien préparés et respectent les normes d’hygiène et de gastronomie.
Au contraire, je considère que découvrir la cuisine d’un autre pays est une véritable opportunité. Cela permet non seulement de découvrir de nouveaux goûts et de nouvelles saveurs, mais aussi de comparer ces expériences avec sa propre cuisine locale et, souvent, de mieux apprécier cette dernière.
C’est également une façon d’expérimenter la gastronomie à une échelle beaucoup plus large.
Dans ce restaurant, le jus de citron m’a particulièrement intrigué. Il était servi de manière très concentrée, dans environ un quart du verre. C’était ensuite au client d’ajouter lui-même le sucre et la quantité d’eau qu’il souhaitait, selon son goût.
Une autre rencontre inattendue : Dayana, venue d’Atlanta
Après avoir terminé mon repas, j’ai demandé au serveur de m’indiquer où je pouvais acheter de l’eau. Il m’a expliqué que la boutique se trouvait en face.
Lorsque je suis sorti, j’ai cherché l’endroit, mais je ne l’ai pas trouvé immédiatement.
En cours de route, j’ai aperçu une femme noire à qui j’ai demandé mon chemin en français. Elle m’a répondu qu’elle ne parlait pas français. Je lui ai alors parlé en anglais et elle m’a montré l’endroit que je cherchais.
Il s’est avéré qu’elle se rendait elle aussi dans cette direction. Nous avons donc marché ensemble pendant un certain temps et avons commencé à discuter.
Elle m’a expliqué qu’elle s’appelait Dayana et qu’elle venait d’Atlanta, en Géorgie.
Elle m’a demandé d’où je venais, pensant que j’étais peut-être originaire des États-Unis. Je lui ai répondu que je venais plutôt d’Haïti.
Elle a été surprise, car elle connaissait déjà Haïti.
Je lui ai demandé comment elle connaissait le pays. Elle m’a expliqué qu’elle avait travaillé pour Delta Air Lines il y a environ dix ans et qu’elle avait été hôtesse de l’air. Dans le cadre de son travail, elle s’était rendue en Haïti à au moins cinq reprises.
Cependant, elle n’avait malheureusement pas vraiment eu l’occasion de visiter le pays. Elle était à chaque fois hébergée dans un établissement situé non loin de l’aéroport, ce qui limitait considérablement ses possibilités de découvrir Haïti.
Encore une fois, je me suis dit que le monde est réellement petit. Une personne rencontrée presque par hasard dans les rues de Bruxelles pouvait avoir un lien, même indirect, avec Haïti.
L’espoir de la revoir un jour en Haïti
Je lui ai dit que je souhaitais qu’elle puisse revenir en Haïti un jour, cette fois-ci non pas dans le cadre de son travail, mais véritablement comme touriste afin de découvrir le pays.
Elle m’a répondu qu’elle était au courant du fait que les avions internationaux ne desservaient plus directement Port-au-Prince comme auparavant.
Je lui ai répondu que c’était effectivement une réalité, mais que nous continuions à espérer et à prier pour que la situation s’améliore et que les conditions permettent un jour aux visiteurs internationaux de revenir en Haïti dans de meilleures conditions.
J’ai ensuite terminé mes emplettes et je suis retourné à l’hôtel.
Une journée riche en découvertes
De retour à l’hôtel, j’ai repris mon travail sur mon récit de voyage quotidien.
Cette journée du mercredi 2 septembre aura finalement été particulièrement riche, malgré un réveil tardif et un programme quelque peu bousculé. Entre la formation, la découverte du Palais royal, la visite du Musée de la Bande Dessinée, la rencontre avec un accordéoniste roumain, la découverte d’une nouvelle cuisine et cette conversation inattendue avec une Américaine ayant déjà séjourné en Haïti, j’ai une fois de plus constaté que voyager, ce n’est pas seulement visiter des lieux : c’est aussi rencontrer des personnes, découvrir des cultures et accumuler des expériences humaines inattendues.
Joël Lorquet, PhD

