PORT-AU-PRINCE, jeudi 3 septembre 2026 — Quelque 483 000 électeurs figurent à ce stade sur le registre destiné aux élections générales annoncées pour le 13 décembre 2026, selon les dernières données consultées jeudi matin par Rezo Nòdwès. Rapporté à un corps électoral potentiel estimé à environ 7,1 millions de personnes, ce volume représente moins de 7 % de l’électorat attendu et nourrit les interrogations sur la représentativité d’un scrutin maintenu à un peu plus de trois mois de l’échéance.
Le Conseil électoral (éternellement) provisoire (CEP), présidé par Jacques Desrosiers et Uder Antoine, a officiellement fixé au 13 décembre le premier tour de la présidentielle et des législatives. L’institution, publiquement, reconnaît, toutefois elle-même que le respect du calendrier demeure conditionné à l’existence d’un « climat sécuritaire acceptable » et aux ressources financières nécessaires. Au 1er septembre, le CEP indiquait disposer d’environ 1 200 Centres d’inscription et de vote (CIV) opérationnels à travers le pays.
La faiblesse du nombre d’inscrits, si le chiffre de 483 000 est confirmé et reste durablement éloigné du potentiel électoral national, pourrait alimenter un contentieux politique portant moins sur la seule légalité formelle du scrutin que sur sa légitimité démocratique, son inclusivité et la représentativité du corps électoral effectivement appelé aux urnes. Les opérations d’inscription n’ont d’ailleurs officiellement débuté que le 20 juillet, d’abord dans neuf départements, avant leur extension progressive à l’Ouest, affecté par de fortes contraintes sécuritaires.
À ces difficultés opérationnelles s’ajoutent les réserves techniques formulées par l’ingénieur Alex Saint-Gardien. Celui-ci affirme que le registre électoral comporterait environ 800 000 doublons et réclame un audit indépendant du système informatique électoral avant toute certification. Selon lui, l’intégrité du registre, l’unicité des inscriptions et la traçabilité du traitement des données doivent être établies avant qu’un scrutin puisse bénéficier d’une garantie technique suffisante.
Des signalements font également état de personnes découvrant leur nom associé à certaines démarches politiques ou partisanes sans avoir, selon leurs déclarations, communiqué volontairement leur numéro de Carte d’identification nationale aux structures concernées. Ces allégations, qui exigeraient une vérification individualisée et une enquête institutionnelle avant toute qualification de fraude, viennent renforcer les demandes d’audit du fichier électoral.
À cent jours environ du 13 décembre, l’équation demeure donc entière : le CEP peut-il transformer un registre comptant actuellement moins d’un demi-million d’inscrits en une base électorale suffisamment large, vérifiable et accessible pour garantir un scrutin national crédible ? Le calendrier existe juridiquement et administrativement ; sa capacité à produire une consultation représentative dépend désormais de l’ampleur des inscriptions, de la fiabilité du registre et des conditions de sécurité dans lesquelles plusieurs millions d’Haïtiens devraient pouvoir exercer leur droit de vote.
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